Un grand merci à Éléphant Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « La loi du silence » de Elliott Nugent.
« Il avait de la stature. Je l’aimais pour ce qu’il aurait pu être »
Dans les années 20, un jeune homme, Nick Carraway, s’installe dans la banlieue de New-York. Son voisin n’est autre que Jay Gatsby, dont l’immense maison surplombe celle de Nick. Gatsby donne fréquemment de somptueuses réceptions. Mais Nick ignore tout de cet homme, sujet des plus folles rumeurs…
« C’est l’argent à la banque qui parle partout, tout le temps »
Monument de la littérature américaine, considéré encore aujourd’hui comme l’un des romans les plus importants du vingtième siècle qu’il faut impérativement avoir lu, « Gatsby le magnifique » de Francis Scott Fitzgerald, a connu de nombreuses adaptations (théâtre, télévision), dont pas moins de quatre pour le grand écran. Une première, muette (de Herbert Brenon, 1926), reniée par l’auteur et portée disparue à ce jour. Et puis, il y a eu bien sûr la version la plus iconique et mondialement connue (Jack Clayton, 1974) incarnée par Robert Redford. Avant que ce ne soit l’australien Baz Luhrmann qui, dernier en date, en proposera une version exubérante et musicale (2013), portée par Leonardo DiCaprio. Mais bien avant ces deux versions qui demeurent à ce jour les plus célèbres, la première version parlante du film fut néanmoins réalisée en 1949. Longtemps en projet au sein de la Paramount, le film intéressa durant les années 30 Clarke Gable sans que cela ne se concrétise, avant d’être finalement repris à la fin des années 40 par le cinéaste John Farrow. Mais celui-ci ne parvenant par à imposer ses choix de casting à la production (il voulait notamment Gene Tierney dans le rôle principal féminin), il finit par jeter l’éponge. Finalement, le projet revint à Elliott Nugent, cinéaste aujourd’hui un peu oublié mais qui fut un prolifique artisan de la comédie américaine des années 30 et 40 où il dirigea de nombreuses vedettes comiques de l’époque telles que Bob Hope ou Danny Kaye.
« Tout homme à son prix. Quel est le vôtre ? »
Que serait le rêve américain sans le mythe du self made man ? Celui qui ne part de rien et qui, à force d'abnégation, de courage et de travail finit par bâtir sa fortune et son empire au pays de l'abondance et de la sacro-sainte liberté d'entreprendre. Mais la fortune fait-elle au final le bonheur ? Court par la taille, « Gatbsy le magnifique » n’en est pas moins un immense roman de par ce qu'il dit de la société américaine, de son hypocrisie et de l’univers impitoyable de ses plus hautes sphères. Sous les dehors d’un drame classique, Elliott Nugent signe un film plus complexe qu’il n’y parait et dont la relative discrétion ne doit pas masquer les ambitions. Car derrière une mise en scène en apparence classique, presque sage, Elliott Nugent s’attache avant tout à restituer la dimension tragique du récit de F. Scott Fitzgerald, en mettant l’accent sur la désillusion plutôt que sur le faste. Là où les adaptations ultérieures insisteront sur l’opulence, la démesure et la flamboyance visuelle, cette version de 1949 choisit au contraire une approche plus contenue, presque austère. Le luxe y est moins ostentatoire, les fêtes moins étourdissantes, comme si le cinéaste cherchait déjà à en dévoiler l’artificialité. Ce choix, loin d’appauvrir le propos, renforce au contraire le sentiment de vide qui entoure le personnage de Gatsby, figure aussi fascinante qu’insaisissable, dont la réussite sociale apparaît progressivement comme une illusion fragile. Car Gatsby a beau être riche, son argent ne lui permet pas d’être accepté par la haute société, ni à récupérer l’amour de sa vie. Si la critique sociale est acerbe, tout juste pourra-t-on reprocher au film son manque de lyrisme, notamment dans la relation entre Gatsby et Daisy, qui manque sans doute un peu d’intensité. La faute à l’interprétation particulièrement fade de l’actrice Betty Field. Mais cette retenue participe aussi de la tonalité générale de l’œuvre : celle d’un rêve qui se fissure, d’un idéal qui se heurte à la réalité. Méconnue et moins spectaculaires que ses héritières, cette adaptation n’en reste pas moins la plus mélancolique et sans doute aussi la plus fidèle au roman. Une jolie surprise.
***
Le blu-ray : Le film est présenté dans un nouveau Master Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français et anglais sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée par Jean-Pierre Dionnet (2024, 13 min.), d’une Bande-annonce originale (2 min.) ainsi que des Bandes-annonces de la collection.
Édité par Éléphant Films, « Le prix du silence » est disponible en combo blu-ray + DVD ainsi qu’en DVD depuis le 26 mars 2024. Il est disponible en édition blu-ray (simple) depuis le 9 juillet 2024.
Le site Internet d’Éléphant Films est ici. Sa page Facebook est ici.