Les forçats de la gloire

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Sidonis Calysta ainsi qu’à Arcadès pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Les forçats de la gloire » de William A. Wellman.

« C’est la première fois que je donne un ordre de repli. Quand va-t-on se mettre à gagner ? »

Correspondant de guerre, Ernie Pyle suit pendant un an, les soldats de la Compagnie C du lieutenant Walker, lors de moments cruciaux de la Seconde Guerre Mondiale : la campagne d’Afrique du Nord, puis la libération de la Sicile et de l’Italie. Comme eux, il risque sa vie. Comme eux, il surmonte sa peur de manière à rendre compte de la terrible réalité des affrontements. D’ailleurs, certains des soldats auxquels il s’attache, tombent pour ne jamais se relever. Malgré les morts, les traumatismes et les blessés, les hommes de la Compagnie C continuent à monter au front…

« Ma promotion ? J’ai survécu aux autres »

En cette année 1945, la seconde guerre mondiale touche à sa fin. Pour autant, Hollywood ne relâche pas son effort de guerre et continue de produire à tour de bras des films pour soutenir le moral des américains, qu’ils soient mobilisés sur le front ou à faire tourner l’économie de guerre. Un exercice auquel se prêteront tous les cinéastes ou presque. Vétéran de la première guerre mondiale, où il s’illustra comme aviateur au sein de la fameuse « Escadrille Lafayette », et cinéaste parmi les plus reconnus de sa génération (il a obtenu le premier Oscar du meilleur film de l’Histoire pour son spectaculaire « Wings » inspiré de sa propre expérience du combat aérien), William Wellman aura lui aussi participé, à sa mesure, à cet effort collectif. S’il réalise deux films purement de propagande (« Pilotes de chasse » en 1942 et « This man’s navy » en 1945), c’est surtout son film « Les forçats de la gloire » (1945) qui reste sa contribution la plus intéressante. Et pour cause, le film est une adaptation des chroniques de guerre du reporter Ernie Pyle, qui accompagna au plus près du front les G.I’s sur les théâtres nord-africains et italiens, et dont les écrits furent récompensés par le Prix Pulitzer en 1944. Le journaliste trouvera d’ailleurs la mort en avril 1945 en suivant la bataille d’Iwo Jima.

« Chaque pas en avant me rapproche de chez moi »

Avec « Les Forçats de la gloire », William A. Wellman dynamite les codes du film de guerre classique. Ici, pas de grandes envolées héroïques ni de récit structuré autour d’exploits individuels : la guerre est ramenée à une expérience brute, vécue à hauteur d’hommes, au plus près des corps fatigués et des esprits usés. Avec une approche quasi documentaire (la bataille de Monte Cassino est évoquée sans être nommée), Wellman ne cherche pas à raconter la guerre, mais à la faire ressentir dans ce qu’elle a de plus banal, répétitif et absurde. Le film adopte ainsi une forme fragmentée, presque erratique, faite de marches, d’attentes et de haltes sans finalité apparente. Cette absence de progression dramatique traditionnelle donne au conflit un visage profondément désenchanté : les soldats avancent sans gloire, disparaissent sans emphase, comme engloutis par une mécanique qui les dépasse. La mise en scène, volontairement dépouillée, privilégie les silences, les regards, et tout ce qui se joue hors champ. Les combats eux-mêmes importent moins que l’usure morale et physique qu’ils laissent derrière eux. Au détour d’un sourire, d’un moment d’ironie (la séduction d’une aubergiste pendant un bombardement, un mariage de campagne improvisé, un père qui tente d'écouter l'enregistrement phonographique de son nouveau-né), Wellman tente de capter les instants suspendus ces hommes retrouvent leur humanité, au milieu de l’atrocité de la guerre. Œuvre âpre et sans héroïsme, « Les forçats de la gloire » s’impose comme un jalon du genre, dont l’influence marquera des cinéastes comme Samuel Fuller et Terrence Malick. Un hommage sobre et profondément humain à ceux que l’Histoire laisse dans l’ombre.

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Le DVD : Le film est présenté dans un Master restauré Haute-Définition. Il est proposé en version originale américaine (2.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné d’une présentation signée Olivier Père (2025, 36 min.) ainsi que de la « La Bataille de San Pietro » : Documentaire de John Huston (« San Pietro », 1945, 32 min. VOST).

Édité par Sidonis Calysta, « Les forçats de la gloire » est disponible en DVD ainsi qu’en combo blu-ray + DVD depuis le 1er juillet 2025.

Le site Internet de Sidonis Calysta est ici. Sa page Facebook est ici.

Le site Internet d’Arcadès est ici. Sa page Facebook est ici.