Film Meta du SlasherWes Craven, créateur de Freddy dans « Les griffes de la nuit », avec « Scream » revisite et surtout réinvente un genre éculé dans l’horreur : le slasher. Ce genre qui avait fait les beaux jours des videos clubs des 80’s avec « Halloween », « Vendredi 13 » ou « Freddy » était tombé en désuétude avant celui-ci. Encensé par la critique de l’époque, il est vrai qu’il est délectable surfant entre humour noir et effroi. Et pourquoi ce genre daté parvient à renaitre de ses cendres ? L’innovation centrale de Scream tient à l’explicitation des règles du slasher. Dans une scène devenue iconique, Randy (Jamie Kennedy), cinéphile obsessionnel qui travaille dans un vidéoclub, énonce les règles pour survivre dans un film d’horreur : tu ne fais jamais l’amour (les vierges survivent, les autres meurent) ; tu ne bois jamais ; tu ne te drogues jamais ; tu ne dis jamais « Je reviens tout de suite ». Ces règles sont évidemment celles du slasher des années 80 : les adolescents sexuellement actifs meurent (punition puritaine), les personnages qui se séparent du groupe meurent (punition de l’individuation), ceux qui annoncent leur retour ne reviennent jamais (ironie dramatique). Williamson ne se contente pas d’observer ces règles. Il les énonce explicitement dans le film. Les personnages savent qu’ils sont dans un scénario de slasher. Ils essaient de s’y conformer pour survivre, ce qui, évidemment, ne fonctionne pas toujours. Cette conscience des codes fait de Scream un film postmoderne : il ne peut plus raconter naïvement une histoire de tueur masqué, il doit la raconter en sachant que le public connaît déjà tous les codes. Et ceci en fait un film révolutionnaire primé en 1997 au Festival de Gerardmer.
Le scénario est aussi très habile car, chose inhabituelle, il apporte une dimension policière. On cherche aussi le meurtrier qui semble faire partie des lycéens du film. Et il y a aussi cette scène d’ouverture qui est un chef d’œuvre de mise en scène du genre : jouant avec les espaces, les codes du genre. Drew Barrymore, seule actrice bankable du film, est sur l’affiche et est de cette première scène. Elle connait les codes du genre et va œuvrer pour ne pas se faire tuer. Et on pense que ce sera bien réellement la final girl du film (le seul personnage à rester vivant après nombre de massacres) ; et là, hop, Craven détourne les codes de son propre genre pour une ouverture étonnante et non conventionnel. Et il s’amuse beaucoup durant tout le film à donner les clés autour des références appuyés et savoureuses : y passe ceux cités précédemment mais aussi « Basic insctinct », « « Le silence des agneaux » ; « Evil dead » (le mythe fondateur) mais aussi « Psychose » au travers d’une réplique savoureuse et même un cameo de Freddy incarné par un homme de ménage.
Et puis il y a le tueur ; un personnage aussi bien loin des terreurs invincibles. Le tueur de Scream, surnommé Ghostface, masque blanc expressionniste inspiré du tableau Le Cri de Munch, est devenu icône culturelle. Mais il n’est pas vraiment effrayant. Contrairement à Michael Myers (Halloween), Jason (Friday the 13th), Freddy (Nightmare), Ghostface n’a aucune présence physique imposante. Il trébuche, tombe, se fait frapper par les victimes. Il est maladroit, presque comique. Ce choix est volontaire. Ghostface n’est pas entité surnaturelle. C’est un humain ordinaire sous un déguisement d’Halloween acheté en magasin. Il peut être blessé, fatigué, vaincu. Cette humanité du tueur démystifie le slasher. Ce ne sont pas des monstres invincibles, juste des personnes dérangées avec des couteaux. Mais cette démystification a un coût : Ghostface ne produit jamais la terreur primitive des grands tueurs du slasher classique. On ne le craint pas vraiment. On joue avec lui comme lui joue avec ses victimes. Cette égalité ludique entre spectateur et tueur est peut-être le vrai propos méta de Scream : nous sommes tous complices du spectacle, tous joueurs dans le jeu horrifique.
Et pour tout cela c’est un film incontournable.
Sorti en 1997
Ma note: 18/20