Une disparition passée sous les radars semble-t-il, pas un média qui un rendu hommage à l'un des acteurs allemands les plus passionnants, et c'est donc par accident que nous nous rattrapons après la mort de Mario Adorf survenu ce 08 avril dernier à l'âge de 95 ans.
Né en 1930 à Zurich (Suisse), le jeune Mario est le fils naturel de Alice Adorf, une assistante radio allemande et d'un chirurgien italien marié qu'il ne verra qu'une fois dans sa vie. Il grandit en Allemagne sur le secteur de la ville de Coblence et dans la région montagneuse de Eifel. Enfant il fréquente le jardin d'enfant des soeurs de Borromeo et l'école communale. Il est un enfant débrouillard mais qui doit faire avec une mère souvent absente pour son travail. Plus tard, il expliquera qu'elle était une maman douce quand il était jeune garçon mais qu'ensuite elle a très vite évité les contacts chaleureux et tendres. A la fin des années 30 il entre dans les Jeunesses Hitlériennes qu'il voyait alors comme une activité comme une autre et qui le travaillera plus tard devant un anti-nazi farouche. Il fait ensuite de la boxe en club et devient membre d'une troupe de théâtre. Après son bac il étudie la philosophie et le théâtre à l'université Johannes-Gutenberg de Mayence. En 1953 il part poursuivre ses études à l'université de Zurich et travaille comme figurant et assistant-metteur en scène au théâtre Schauspielhaus puis ensuite au théâtre Falkenberg de Munich. Il devient comédien pro à partir de 1954 au théâtre Kammerspiele où il jouera jusqu'en 1962.
Dans le même temps il obtient son premier rôle à l'écran pour la télévision avec le téléfilm "Meuterei auf der Caine" (1954) de Hans Schweikart, suivi aussitôt par le cinéma avec la trilogie "08/15" (1954-1955) de Paul May. désormais il sera un acteur omniprésent à la télévision non stop jusqu'en 2019, et surtout au cinéma où il enchaîne les films divers et variés. Il joue un clochard dans "Cerises dans le Jardin du Voisin" (1956) de Erich Engels, apparaît dans de petits rôles dans "Un Petit Coin de Paradis" (1957) de Josef Von Baky avec Romy Schneider et Horst Buchholz et Gert Fröbe, puis "Des Filles et des Hommes" (1957) de Frantisek Cap avec Marcello Mastroianni, mais il connaît son véritable virage avec le rôle principal de "La Nuit quand le Diable venait" (1957 - ci-dessous) de Robert Siodmak où il incarne un tueur en série dans l'Allemagne Nazie. Sa performance est saluée notamment par deux prix allemands du meilleur acteur.
Il tourne ensuite dans "Le Médecin de Stalingrad" (1958) de Géza Von Radvanyi, "La fille Rosemarie" de Rolf Thiele une histoire vraie tragique qui remporte le Golden Globes 1959 du meilleur film étranger, l'excellent "Les Mutins du Yorik" (1959 - ci-dessous) de Georg Tressler où il incarne l'un des deux rôles principaux aux côtés de Horst Buccholz, il joue ensuite dans "Rififi à Berlin" (1960) de Alfred Weidenmann aux côtés de Hardy Krüger, retrouve Robert Siodmak pour "Mon Ami d'Ecole" (1960) avant de joeur dans le magnifique "Le Joueur d'Echecs" (1960) de Gerd Oswald avec Curd Jürgens et Claire Bloom.
Les années 60 sont encore prolifiques même si cela reste souvent abonnées aux seconds rôles il devient une gueule qui s'impose et qu'on reconnaît. Il joue dans le biopic teinté d'espionnage "Qui êtes-vous, Monsieur Sorge ?" (1961) de Yves Ciampi, joue dans "Le Goût de la Violence" (1961) de et avec Robert Hossein, croise Nino Manfredi et Gian Maria Volonte dans "A Cheval sur le Tigre" (1961) de Luigi Comencini, fait partie des hommes séduit par Carroll Baker dans "La Blonde de la Station 6" (1962) de Seth Holt, participe à "La Nuit la Plus Longue" (1963) de Will Tremper qui remporte 4 Deutscher Filmpreis dont meilleur film, commence à tourner dans plusieurs westerns dont le chef d'oeuvre "Major Dundee" (1965) de Sam Peckinpah avec Charlton Heston, Richard Harris et James Coburn, participe au casting international du film collectif "Guerre Secrète" (1965) dans le segment avec Henry Fonda et Klaus Kinski, joue dans l'adaptation d'après Agatha Christie "Les Dix Petits Indiens" (1965) de George Pollock, fait partie de l'escorte de l'excellent "Des Filles pour l'Armée" (1965 - ci-dessous) de Valerio Zurlini avec Anna Karina, Lea Massari et Marie Laforêt, retrouve Horst Buccholz pour "L'Homme d'Istanbul" (1965) de Antonio Isasi-Isasmendi, puis croise Stefania Sandrelli dans "Je la Connaissais Bien" (1965) de Paolo Pietrangeli...
Il retrouve Nino Manfredi pour "Opération San Gennaro" (1966) de Dino Risi, puis Anna Karina pour le film d'espionnage "Tendres Requins" (1967) de Michel Deville, retrouve Nino Manfredi pour tomber sous le charme de Claudia Cardinale dans "Une Rose pour Tous" (1967) de Franco Rossi, croise les "Fantômes à l'Italienne" (1968 - ci-dessous) de Renato Castellani avec Marcello Mastroianni, Sophia Loren et Vittorio Gassman, joue dans les westerns spaghettis "Ciel de Plomb" (1968) de Giulio Petroni avec Giuliano Gemma et "Le Spécialiste" (1969) de Sergio Corbucci avec Johnny Hallyday, croise les séductrices Ursula Andress, Virna Lisi et Claudine Auger dans "Pas Folles, les Mignonnes" (1968) de Luigi Zampa puis tourne dans le film italo-soviétique "La Tente Rouge" (1969) de Mikhail Kalatozov où il retrouve Claudia Cardinale et Hardy Krüger.
Les seventies sont sûrement l'apogée de l'acteur, autant par la qualité des films que par sa présence en haut de l'affiche, soit en seconds rôles importants soit en rôle principal.
Il croise Bruno Cremer dans "Cran d'Arrêt" (1970) de Yves Boisset, incarne le fameux frère Tuck pour Giuliano Gemma dans "La Grande Chevauchée de Robin des Bois" (1970) de Giorgio Ferroni, aborde l'un des premiers Gialli avec "L'Oiseau au Plumage de Cristal" (1970) de Dario Argento, puis joue le rôle principal dans "Ces Messieurs aux Gilets Blancs" (1970) de Wolfgang Staudte et le singulier "Deadlock" (1970) de Roland Klick, multiplie les polars et thrillers politiques souvent dans le rôle de gangsters mais aussi parfois du bon côté dans "Société Anonyme Anti-Crime" (1972) de Steno, "Sans Sommation" (1973) de Bruno Gantillon avec Maurice Ronet et Bruno Cremer ou "La Lame Infernale" (1974) de Massimo Dallamano mais surtout il joue dans les deux films cultes "Milan Calibre 9" (1972 - ci-dessous) et "L'Empire du Crime" (1972) tous deux de Fernando Di Leo, avec entre temps d'autres genres avec "Roi, Dame, Valet" (1972) de Jerzy Skolimowski avec Gina Lollobrigida et David Niven, puis en incarnan le dictateur Mussolini dans "L'Affaire Matteotti" (1973) de Florestano Vancini.
Il joue le rôle principal dans "Citation Directe" (1974) de Lucio De Caro et "Les Faux Frères" (1976) de Nikos Perakis, incarne un représentant de la loi dans "L'Honneur perdu de Katharina Blum" (1975) de Volker Schlöndorff et Margarethe Von Trotta, joue aux côtés de Michel Piccoli et Ugo Tognazzi dans "La Faille" (1975) de Peter Fleischmann, croise le professeur fou Max Von Sydow dans "Coeur de Chien" (1976) de Alberto Lattuada, croise Ingrid Bergman et Liza Minnelli dans "Nina" (1976) de Vincente Minnelli, retrouve la justice dans "Un Juge en Danger" (1977) de Damiano Damiani, rencontre un Crépuscule dans "Fedora" (1978) de Billy Wilder avec Marthe Keller et William Holden avant de jouer l'un des rôles principaux du grand film "Le Tambour" (1979 - ci-dessous) de Volker Schlöndorff, Palme d'Or à Cannes et Oscar du meilleur film étranger.
Abonné aux rôles gangsters, contre-balancés par quelques rôles de magistrats, le statut de l'acteur change un peu au fil du temps, tournant un peu moins à partir des années 80, il va trouver de moins en moins de rôles principaux pour avoir des seconds rôles à la stature de patriarche.
Il joue aux côtés de Serge Reggiani et Andréa Ferréol dans "L'Empreinte des Géants" (1980) de Robert Enrico, participe dans un rôle presque de figuration au sein du casting prestigieux mené par Anthony Quinn pour "Le Lion du Désert" (1981) de Moustapha Akkad, retrouve Stefania Sandrelli dans "La Désobéissance" (1981) de Aldo Lado, joue dans "Lola, une Femme Allemande" (1981) de Rainer Werner Fassbinder, participe à "Invitation au Voyage" (1982) de Peter Del Monte, incarne un Pape dans "State Buoni se Potere" (1983) de Luigi Magni, joue dans ce qui est considéré comme l'un des plus belles adaptations d'une oeuvre de Kafka avec "Amerika, Rapports de Classe" (1984) de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, croise Michael Caine dans "Le Pacte Holcroft" (1985 - ci-dessous) de John Frankenheimer, citons ensuite entre autre "Momo" (1986) de Johannes Schaaf, "Nuit Italienne" (1987) de Carlo Mazzacurati, "Sauf votre Respect" (1989) de Guy Hamilton ou le biopic sur Saint François d'Assise "Francesco" (1989) de Liliana Cavani incarné par Mickey Rourke et où il retrouve Andréa Ferréol.
Mario Adorf ralenti encore plus le rythme, toujours très présent à la télévision il devient plus rare sur grand écran. Citons dans les années 90 "La Mère" (1990) de Gleb Panfilov, "Présumé Dangereux" (1990) de Georges Lautner avec Robert Mitchum et Marie Laforêt, "Jours Tranquilles à Clichy" (1990) de Claude Chabrol, "Mio Caro Dottor Gräsler" (1990) de Roberto Faenza avec Keith Carradine, Miranda Richardson et Kristin Scott Thomas, "Money" (1991) de Steven Hilliard Stern où il retrouve encore Bruno Cremer et Tomas Milian, retrouve un de ses derniers rôles principaux avec "Rossini" (1997 - ci-dessous) de Helmut Dietl et Patrick Süskind qui remporte 4 Deutscher Filmpreis, puis enfin "Smilla" (1997) de Bille August avec Julia Ormond, Gabriel Byrne, Vanessa Redgrave et retrouvant Richard Harris plus de trente ans après...
Malgré une présence au cinéma de moins en moins importante l'acteur tourne encore beaucoup pour la télévision. Pour le petit écran on peut citer la fameuse série TV "Les Aventures de Pinocchio" (1972) de Luigi Comencini, la série TV "Via Mala" (1985) pour laquelle il sera récompensé au Festival de Munich 1986, citons aussi les téléfilms "Sabbat : la Lune Noire" (1989), le dyptique "La Caverne de la Rose d'Or" (1991-1992), "Le Secret des Baleines" (2010) ou son retour dans une aventure de "Pinocchio" (2013) mais cette fois en Geppetto...
Le 21ème siècle reste une fin de carrière riche sur grand écran avec un rôle principal dans le très bon "La Nuit d'Epstein" (2002 - ci-dessous) de Urs Egger avec Bruno Ganz, Annie Girardot et Nina Hoss, citons encore "Same Same but Different" (2009) de Detlev Buck ou "Le Dernier des Hommes" (2014) de Pierre-henri Salfa, et surtout son rôle principal dans "Schubert in Love" (2016) de Lars Büchel, et tourne son dernier long métrage avec "Real Fight" (2023) de Ahmet Tas.
L'acteur est honoré aux Deutscher Filmpeis 2004 par un prix pour l'ensemble de sa carrière, puis au Festivald de Locarno 2016 avec un Léopard pour l'ensemble de sa carrière.
Dans les dernières années l'acteur se fait écrivain avec plusieurs livres, se produit comme chanteur, et devient président du festival Burgfestspiele de Mayence, ville de sa jeunesse.
Mario Adorf épouse Lis Verhoeven, fille du réalisateur hollandais Paul Verhoeven, avec qui il a une fille en 1963, Stella Maria, elle-même future actrice. Divorcée en 1964, il croise Brigitte Bardot sur un tournage en 1968 avec qui il devient ami, et qui lui présente une amie proche, Monique Faye, ancienne mannequin dont il tombe amoureux. Après 15 ans de vie commune ils se marient et resteront ensemble jusqu'à la fin...
Acteur aux plus de 220 rôles sur près de 70 ans, Mario Adorf aura été un acteur aussi éclectique que prolifique, globe-trotter du Septième Art il reste un des acteurs allemands majeurs du cinéma où il a su imposé un physique imposant dans tous les styles et tous les genres. Un grand acteur trop méconnu encore malheureusement...
Mario Adorf est mort ce mercredi 08 avril 2026 dans son appartement parisien à l'âge de 95 ans, mais inhumé au cimetière marin de Saint-Tropez non loin finalement d'une certaine BB...