Revenge (2018) de Coralie Fargeat

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Premier long métrage de Coralie Fargeat après le court métrage "Le Télégramme" (2003) et surtout le court métrage "Reality+" (2014) signé après sa formation à la Fémis et après avoir été lauréate des Audi Talents Awards. La réalisatrice-scénariste souhaitait avec ce film mettre en scène "une femme qui cristallise un regard sur elle et qui va s'en libérer, assumer complètement qui elle est. Je voulais un film que les femmes puissent aller voir, s'approprier, avec un vrai plaisir d"'entertainment" et un message de "girl power" assez simple mais libérateur." Le film fait un petit buzz à sa sortie bien aidé par le scandale dans la foulée de l'affaire Weinstein. Remarquée grâce à ce film radical la cinéaste reviendra encore plus fort quelques années après avec "The Substance" (2024). Film logiquement interdit au moins de 12 ans avec avertissement... 

Trois entrepreneurs quarantenaires et riches se retrouvent comme à leur habitude dans un loft de luxe isolé dans le désert pour une partie de chasse. Mais juste avant Richard a pris un peu d'avance pour profiter de la maison avec sa jeune et jolie maîtresse Jennifer. Rejoint par ses amis Stan et Dimitri la présence de la jeune femme réveille certains instinct et Jennifer subit un viol. Richard est prévenu mais il préfère tenter une conciliation qui va finir par un drame. Jennifer s'en sort miraculeusement, et alors qu'elle tente de survivre elle va mettre en oeuvre sa vengeance... La jeune femme est incarnée par Matilda Lutz apparue dans "Summetime" (2016) de Gabriele Muccino et vue plus tard dans "Coupez !" (2022) de Miche Hazanavicius ou "Red Sonja" (2025) de M.J. Bassett. Les trois amis sont joués par le belge Kevin Janssens remarqué dans "Les Ardennes" (2015) de Robin Pront et vu plus tard dans "Les Confins du Monde" (2018) de Guillaume Nicloux ou "Close" (2022) de Robin Pront, Vincent Colombe aperçu dans "Gainsbourg (Vie Héroïque)" (2009) de Joann Sfar ou "Mon Roi" (2015) de Maïwenn, qui retrouvera sa réalisatrice pour "The Substance" (2022) et vu tout récemment dans "Les Rayons et les Ombres" (2026) de Xavier Giannoli, puis Guillaume Bouchède vu dans les films de Hugo Gélin "Comme des Frères" (2012), "Demain Tout Commence" (2016) et "Mon Inconnue" (2019). Enfin n'oublions pas un tout petit rôle par Jean-Louis Tribes aperçu dans "Les Démons de Jésus" (1997) de Bernie Monvoisin, "Gangsters" (2001) de Olivier Marchal ou "Des Poupées et des Anges" (2008) de Nora Hamdi... D'emblée on apprend que la cinéaste n'assume pas complètement le sous-genre de son film, à savoir le Rape and Revenge comme "La Dernière Maison sur la Gauche" (1972) de Wes Craven, "I Spit in your Grave" (2010) de Steven R. Monroe ou encore "L'Ange de la Vengeance" (1981) de Abel Ferrara. En effet la cinéaste déclare "Le viol y est un élément symbolique, que j'ai voulu garder symbolique, de la transformation du personnage, victime du regard des hommes porté sur elle. Le traitement excessif, cathartique, jamais malsain de la violence, tel que j'ai pu le voir par exemple dans le cinéma de genre sud-coréen, me permet d'échapper à la catégorie proprement dite." Du charabia, on confirme que son film est bel et bien un Rape and Revenge, appuyé par ailleurs par une autre déclaration où elle précise l'importance du viol dans son récit : "Pour moi, la scène de viol est symbolique de toutes les violences - qu'elles soient verbales, psychologiques, physiques, sexuelles, auxquelles les femmes sont confrontées, et avec lesquelles elles ont dû s'habituer à vivre."

Malheureusement son propos aurait été plus parlant et probant avec une jeune femme moins allumeuse, car que ça plaise ou non Jennifer/Lutz allume les deux amis, minaude et sait quel effet elle fait sur ces hommes. - attention ! Ca n'excuse pas le viol ! - néanmoins, le propos de fond de la cinéaste s'en trouve forcément atténué. Si on occulte la "légèreté" de la demoiselle, et qu'on reste focus sur le Rape and Revenge lui-même on constate bien vite que le film est encore pire tant le scénario accumule les invraisemblances, les incohérences et le n'importe quoi de bout en bout. Rien ne tient, d'abord avec surtout les multiples survies de la dame qui la place d'emblée dans la famille de quelques super-héros au pouvoir de régénérescence, mais on en aura encore avec le dernier mâle dont l'instinct de survie va être du même acabit. Mais il faut avouer aussi que la chasse "inversée" où la nudité n'est pas pour une fois le fardeau de la femme, est particulièrement savoureux. Pour compenser un scénario insipide et stupide, heureusement il y a la mise en scène, inspirée qui assume un gore surréaliste qui marque les esprits et qui montrent des mâles normalement virils et forts devenir de simples gibiers face à une femme qui se rebelle et s'affirme. Néanmoins, le message féministe reste bancal et les scènes trop "hors du commun" sorte le film de sa dimension réaliste dont le propos a besoin. 

Note :                 

08/20