Remarqué avec "La Balade Sauvage" (1973), Terrence Malick revient avec un nouveau projet qui serait une très libre adaptation de Milady du roman "Les Trois Mousquetaires" (1844) de Alexandre Dumas, mais surtout inspiré de deux des plus grandes peintures rurales américaines, à savoir "Maison près de la Voie Ferrée" (1925) de Edward Hopper et "Christina's World" (1948) de Andrew Wyeth. Le film est un succès public et surtout critique, le réalisateur obtient le Prix de la mise en scène au Festival de Cannes 1979, tandis que le film obtient l'Oscar de la Meilleure Photographie avec comme lauréat Nestor Almendros, alors même qu'il était entrain de devenir aveugle. Une consécration pour ce Directeur Photo fétiche de Eric Rohmer (7 films entre 1967 et 1983), François Truffaut (8 films entre 1969 et 1983) et Barbet Schroeder (7 films entre 1971 et 1978). Malgré la reconnaissance internationale, Malick disparaitra des écrans, il faudra attendre près de vingt ans pour le voir revenir avec "La Ligne Rouge" (1998)... 1916, Bill ouvrier dans un fonderie quittent Chicago avec sa petite amie Abby et sa soeur Linda pour aller faire les moissons au Texas. Voyant là l'opportunité de sortir de la misère Bill pousse Abby à céder aux avances d'un riche fermier, qu'ils savent atteint d'une maladie incurable...
Bill est joué par Richard Gere alors en pleine ascension avec "A la Recherche de Mr. Goodbar" (1977) de Richard Brooks et "Yanks" (1979) de John Schlesinger avant de devenir une star avec "American Gigolo" (1980) de Paul Schrader et "Officier et Gentleman" (1982) de Taylor Hackford. Sa petite amie est jouée par Brooke Adams vue dans "L'Invasion des Profanateurs" (1978) de Philip Kaufman et "La Grande Attaque du Train d'Or" (1979) de Michael Crichton, tandis que la soeur est jouée par Linda Manz vue la même année dans "Les Seigneurs" (1979) de Philip Kaufman avant de confirmer avec "Garçonne" (1980) de Dennis Hopper. Le fermier est incarné par Sam Shepard remarqué dans "Renaldo and Clara" (1978) de Bob Dylan et qui va devenir une star avec "L'Etoffe des Héros" (1983) de Philip Kaufman. Citons ensuite Robert J. Wilke vétéran vu dans "Le Train sifflera Trois Fois" (1952) et "Tant qu'il y aura des Hommes" (1953) tous deux de Fred Zinnemann, "Les Sept Mercenaires" (1960) de John Sturges ou "La Malédiction du Loup-Garou" (1973) de Nathan Juran, Stuart Margolin apparu dans "De l'Or pour les Braves" (1970) de Brian G. Hutton, "Un Justicier pour la Ville" (1974) de Michael Winner ou "Le Flambeur" (1974) de Karek Reisz, Doug Kershaw célèbre violoniste cajun dans son unique rôle (de violoniste !) au cinéma, puis Richard Libertini vu dans "Strip-Tease chez Minsky" (1968) de William Friedkin, "Aventures à New-York" (1970) de Arthur Hiller ou "Catch 22" (1970) de Mike Nichols... Alors que les Etats-Unis sont en plein boom économique les écarts entre les riches et les pauvres n'ont jamais été aussi forts, on pourrait se croire durant la Grande Dépression post-crise de 1929. Un trio quitte la grande ville de Chicago où la vie leur est trop dure pour tenter une vie meilleure au Texas et profiter du travail des moissons. D'emblée on se dit tout de même qu'ils ont un peu naïfs de croire que le dur labeur des champs va leur apporter richesse, liberté et bonheur mais l'American Way of Life reste un rêve plein d'espoir. Un couple et une petite ado arrive donc dans la ferme d'un riche fermier condamné par la maladie. Une aubaine pour Bill/Gere qui pousse sa petite amie dans ses bras espérant sa mort prochaine. Bill/Gere n'a pas de scrupule et Abby/Adams se laisse convaincre, mais est-ce vraiment pour échapper à la misère ou est-ce par amour pour Bill ?!
Malgré le côté crapuleux de ces petits escrocs dont la petite soeur est le témoin, le réalisateur instille dans son récit une douceur et une tendresse omniprésente aussi bien sur le fond que sur la forme. Et ce même sir la partie de l'invasion des criquets apporte une angoisse soudaine qui annonce forcément le drame à venir. Sur le fond il semble que le triangle amoureux soit dans un sens ou un autre lié par des sentiments sincères mais sinueux et forcément tangents. Un tel triangle amoureux ne peut se finir bien malgré un petit passage où on pense que peut être chacun chacune va accepter l'ordre nouveau des choses. Sur la forme, la voix Off de la petite soeur, témoin des événements donne un côté innocent voir naïf sur ce qui se passe réellement, tandis qu'on perçoit le style de Terrence Malick, qui place les paysages et les décors comme un élément central, voir comme un personnage principal, légèrement contemplatif mais pas au point de ces films futurs, son retour vingt ans plus tard montrera que le réalisateur poussera ce curseur contemplatif bien plus fort encore. D'un point de vue historique le film est réaliste et crédible, tandis que la photographie avec un léger grain naturel pour une image magnifique accentuer par un tournage optimiser sur les heures du matin ou du soir, le tout pour appuyer la volonté du cinéaste à créer "une beauté romantique incandescente". Un grand film.
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