Rivière de nuit

Un grand merci à Carlotta ainsi qu’à Arcadès pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Rivière de nuit » de Kozaburo Yoshimura.

Rivière_de_nuit

« La tradition du kimono a fait son temps »

Kiwa Funaki travaille à la teinturerie de son père à Kyoto. Cette femme indépendante et talentueuse y conçoit des tissus et accessoires qu’elle commercialise elle-même jusqu’à Tokyo. À bientôt trente ans, son entourage aimerait la voir mariée mais Kiwa trouve son épanouissement dans son art. Un jour, elle fait la rencontre de M. Takemura, professeur à l’université d’Osaka. Ce client singulier et érudit, au demeurant marié et père de famille, trouble la jeune femme…

« Ma sœur, es-tu amoureuse ? »

Rivière_de_nuit_Fujiko_Yamamoto

Moins connu de par chez nous que ses pairs Ozu, Kurosawa ou Mizoguchi, Kōzaburō Yoshimura n’en demeure pas moins l’un des grands cinéastes japonais de l’âge classique, dont l’importante filmographie reste largement inédite à ce jour chez nous. Employé dès le début des années 30 à la Shōchiku, il exerce comme assistant réalisateur sur les films de Yazujiro Ozu avant de diriger ses premiers films à compter du milieu des années 30. Il connaitra d’ailleurs de grands succès à la fois critiques et publics qui assoiront sa réputation au sein de l’industrie cinématographique japonaise, comme « Courant chaud » (1939) ou « Le bal de la famille Anjo » (1947). A l’instar d’Ozu et de Naruse, il a aussi la réputation d’être un cinéaste des femmes, spécialiste des mélodrames sociétaux portés par des héroïnes représentatives du Japon de l’après-guerre, tiraillées entre traditions et modernité, devoir familial et désir d’émancipation. A l’image de son film « Rivière de nuit », sorti sur les écrans nippons en 1956, qui demeure son premier film tourné en couleurs.

« Le seul fait de penser que je peux vous voir à tout instant m’aide à vivre »

Rivière_de_nuit_Ken_Uehara

« Rivière de nuit » se déroule dans le Japon d’après-guerre, entre modernisation « occidentale » et traditions persistantes à Kyoto, haut lieu de l’artisanat. Yoshimura y explore la figure des « nouvelles femmes », à la fois héritières d’un savoir ancestral et tournées vers l’indépendance. À travers Kiwa, artiste accomplie, le film met en scène la tension entre autonomie et normes sociales. Par son refus du mariage, l’intransigeante Kiwa affirme son émancipation fondée sur la liberté créative plutôt que sur la dépendance affective, au risque de voir son indépendance se transformer en solitude. Et ce malgré son amour pour un homme marié, vestige d’un Japon patriarcal et conservateur, avec lequel un avenir semble impossible sans renoncement à ses aspirations et à son intégrité. Premier film en couleur du réalisateur, il se distingue par une esthétique raffinée inspirée par les motifs des kimonos, où les contrastes visuels traduisent avec pudeurs les émotions de l’héroïne. Porté par des personnages nuancés, le film propose un portrait complexe d’une femme maîtresse de son destin, tout en questionnant les relations et les attentes sociales du Japon d’après-guerre. Œuvre délicate et discrète mais marquante, elle oscille entre célébration de l’émancipation féminine et réflexion sur ses possibles limites.

Rivière_de_nuit_Kozaburo_Yoshimura

****

Le blu-ray : Le film est présenté dans une nouvelle restauration 4K et proposé en version originale japonaise (1.0). Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, le film est accompagné de « Femmes en couleurs » : Entretien avec Pascal-Alex Vincent, cinéaste et enseignant à l’Université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 (2025, 16 min.) ainsi que d’une Bande-annonce.

Édité par Carlotta, « Rivière de nuit » est disponible en blu-ray depuis le 19 août 2025.

Le site de Carlotta est ici. Sa page Facebook est ici.

Le site d'Arcadès est ici. Sa page Facebook est ici.