Kingdom of heaven

Par Platinoch @Platinoch

Un grand merci à Pathé pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le 4K UHD blu-ray du film « Kingdom of heaven » de Ridley Scott.

« Ta bonté d’âme sera connue chez tes ennemies. Même avant que tu ne les combattes »

L’aventure extraordinaire d’un homme ordinaire, précipité dans un conflit qui va durer des décennies : les croisades. Etranger sur une terre qui lui est étrangère, il va servir un roi condamné, s’éprendre d’une troublante et inaccessible reine avant d’être fait chevalier. Il lui faudra protéger les habitants de Jérusalem, dont une immense armée a entrepris le siège, sans jamais cesser de lutter pour maintenir une paix fragile…

« Cette femme a renoncé à son enfant. Et à Jérusalem avec lui. »

Réalisateur venu de la publicité, l’anglais Ridley Scott s’impose dès le début des années 80 par la puissance visuelle de ses films. S’il se fait d’abord un nom dans le registre de la science-fiction (« Alien », « Blade runner », « Legend »), puis dans celui du thriller contemporain (« Black rain », « Thelma et Louise »), il est aussi le réalisateur qui redonne ses lettres de noblesse aux grandes (et onéreuses !) fresques historiques en costumes (« Les duellistes », « 1492 : Christophe Colomb », « Gladiator » (et sa suite) ou encore « Robin des bois »). Fort du triomphe de son spectaculaire « Gladiator », il est contacté par l’écrivain William Monahan qui lui propose un projet de film sur la guerre de Tripoli (1805). L’occasion pour les deux hommes de partager leur passion commune pour l’Histoire. Mobilisé par le tournage des « Associés » (2003), Scott est très emballé par le projet, qui capote cependant à la suite d’un revirement des studios. Mais ses échanges historiques avec Monaham ont été si fertiles que celui-ci a entre temps écrit le scénario d’un film sur les croisades, qui donnera lieu à « Kingdom of heaven » (2005). Toutefois, en dépit de son ambition formelle et de son budget pharaonique, le film souffrira de coupes imposées par la production qui trahissent en partie la construction et la complexité du récit, l’empêchant par la même d’obtenir un véritable succès critique et commercial. Preuve en est de l’importance du format physique, il faudra attendre que soit éditée la version director’s cut pour comprendre l’ambition initiale du cinéaste.

« Jérusalem n’a que faire d’un chevalier parfait. C’est un royaume de la conscience »

Malgré leur importance historique et la dimension foisonnante du sujet, les croisades n’ont que peu inspiré l’industrie cinématographique. Tout juste pourra-t-on citer le film « Les croisades » de Cecil B. DeMille (1935), quelques films bis italiens (« La muraille de feu » de Carlo Ludovico Bragaglia) et puis des références à cette période dans quelques films d’aventures (« Indiana Jones et la dernière croisade », « Robin des bois »…) ou philosophiques (« Le septième sceau »). « Kingdom of heaven » est donc, en cela, une véritable curiosité puisqu’il s’aventure sur un sujet qui n’a jamais été réellement défriché par le cinéma. Ridley Scott nous plonge ainsi dans les tourments du 12ème siècle, à la veille de la chute du Royaume latin de Jérusalem, qui s’apprête à tomber face aux armées de Saladin. L’occasion pour lui de développer une intrigue complexe sur les croyances et les jeux de pouvoir, le tout au service d’un film spectaculaire. Et force est de constater que ce director’s cut rend justice au travail du cinéaste et de son scénariste, en prenant le temps de développer les différentes intrigues. Là où la version cinéma se contentait d’un récit parfois elliptique, cette version longue redonne de l’épaisseur aux personnages et, surtout, restitue la densité politique de l’époque. Ridley Scott ne se limite pas à une opposition simpliste entre chrétiens et musulmans : il met en scène un monde profondément fragmenté, traversé par des tensions internes, où coexistent fanatisme religieux, pragmatisme diplomatique et ambitions personnelles. Le personnage de Baudouin IV incarne ainsi une forme d’idéal politique fragile, fondé sur la coexistence et la raison, en contraste avec les figures bellicistes comme Guy de Lusignan ou Renaud de Châtillon, dont l’intransigeance précipite la chute du royaume. Au centre du récit, Balian représente pour sa part un point d’équilibre moral qui permet d’introduire une réflexion sur la légitimité de la violence, la responsabilité individuelle et le rapport à la foi. On pourra toujours reprocher au cinéaste un certain manque de rigueur au profit d’une approche quelque peu simplifiée de l’Histoire ; sa lecture humaniste (et dénigrant tous les fanatismes) trouvant un écho particulier dans le monde fracturé de l’après 11 septembre. Et même si le choix d’Orlando Bloom – acteur particulièrement falot – interroge, il n’en demeure pas moins que ce « Kingdom of heaven » s’impose comme une œuvre dont la densité n’a d’égale que la dimension spectaculaire, les batailles homériques dans le désert autant que le siège de la ville sainte constituant de véritables morceaux de bravoure. Un très grand cru de Ridley Scott.  

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Le 4K UHD blu-ray : Le film est présenté dans un Master 4k Ultra HD (dolby vision et HDR10) et proposé en version originale américaine (Dolby Atmos TrueHD) ainsi qu’en version française. Des sous-titres français sont également disponibles.

Côté bonus, cette riche édition propose « Le Chemin de la Rédemption » : making of en deux parties (416 min.), des scènes coupées, ainsi que les modules « L’Histoire face à Hollywood », « Le Tournage d’une fresque », « Ridley Scott : Créer des univers », « Orlando Bloom : L’aventure d’une vie », « Les décors : Résurrection d’une cité antique », « Les costumes : Créer des personnages ».

Edité par Pathé, « Kingdom of heaven » est disponible depuis le 26 novembre 2025 en édition limitée steelbook Director’s cut comprenant le 4k Ultra HD + le blu-ray du film ainsi qu’un blu-ray.

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