Un grand merci à Coin de Mire Cinéma ainsi qu’à Arcadès pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Julie pot-de-colle » de Philippe de Broca.
« Si vous vous dénoncez, vous irez en prison. Et moi avec, pour complicité de meurtre ! »
Vous êtes fondé de pouvoir dans une importante banque européenne. En ce moment, vous êtes au Maroc en négociation avec le ministre marocain de l’Équipement et son architecte. Bref, tout va très bien pour vous. Votre fiancée vous appelle de Paris. Vous répondez… et, à ce moment, une porte s’ouvre, la femme de l’architecte apparaît et vous dit : « J’ai tué mon mari ! »…
« Je n’ai pas encore trouvé comment vous remercier, mais je trouverai ! »
Profondément marqué par les atrocités qu’il voit durant la guerre d’Algérie où il officie au sein du service cinématographique des armées, Philippe de Broca se promet de se consacrer, une fois de retour à la vie civile, à un cinéma résolument fantaisiste et léger. Ce qu’il fera avec succès durant la première partie de sa carrière, soit globalement la décennie des années 60, où ses films – qu’ils soient portés par Jean-Pierre Cassel (« Un monsieur de compagnie ») ou Jean-Paul Belmondo (« Les tribulations d’un chinois en Chine », « L’homme de Rio ») – s’imposent comme des modèles de comédies à la fois populaires et sophistiquées. Mais à la fin de la décennie, le cinéaste connait le creux de la vague en s’aventurant vers des registres plus dramatiques où le public ne l’attend pas forcément. Ses comédies plus sombres (l’asile d’aliénés pris dans les tourments de la Première guerre mondiale du « Roi de cœur », le trio amoureux fuyant les allemands à travers le désert libyen dans « La poudre d’escampette ») et ses drames intimistes (« Chère Louise » ou les amours impossible d’une femme d’âge mûr et d’un jeune éphèbe) seront ainsi des échecs commerciaux notables. Et il faudra attendre le milieu des années 70 et ses retrouvailles avec Bebel (« Le magnifique » puis « L’incorrigible ») pour le voir renouer avec la comédie et le succès. Dans la droite ligne de ce retour à la comédie, il s’attèle en 1977 à la réalisation de « Julie pot-de-colle », un projet initialement porté puis abandonné par Edouard Molinaro.
« Adieu à tes placements, à tes analyses, à tes orgasmes : porte-toi bien ! »
Adaptation du roman « The chains of Pity » (1975) de Peter de Polnay, « Julie pot-de-colle » voit un homme d’affaires à la vie trop bien rangée emporté malgré lui dans un tourbillon de folles mésaventures par une jeune femme accusée à tort du meurtre de son mari. Un postulat qui permet à De Broca de renouer avec un canevas qu’il maitrise et qu’il affectionne tout particulièrement, à savoir l’irrésistible attirance des contraires. Avec, comme souvent dans ses films, un personnage féminin fort, au tempérament intrépide et fonceur, et un personnage masculin en retrait, plus réservé et suiveur, qui se retrouve ainsi obligé de sortir de sa zone de confort. A l’évidence, il y a quelque chose de très anglo-saxon dans ce scénario qui, toute proportion gardée, lorgne un peu sur Hitchcock et ses « 39 marches » : l’énigme autour de la mort du mari de l’héroïne (personnage peu recommandable par ailleurs) n’est en effet que secondaire et, tel un « Mcguffin », ne sert que de prétexte à une aventure extravagante et exotique. Celle-ci est même un peu teintée de Screwball comedie américaine, que ce soit par ses dialogues punchy ou ses situations incongrues et/ou poétiques (la scène du ballon, l’écharpe…). Mais malgré l’énergie déployée par le cinéaste et le côté attachant de ses acteurs, le film semble avoir toutes les peines du monde à trouver le ton juste et la bonne rythmique. La faute sans doute à une intrigue sans réels enjeux et qui tourne vite un peu à vide, ainsi qu’à des personnages secondaires totalement sous-exploités (notamment la compagne du personnage principal, interprétée par Alexandra Stewart). Dès lors, en dépit de quelques joutes verbales plutôt amusantes, « Julie pot-de-colle » apparait comme un film parfois épuisant, tournant sur un rythme effréné un peu artificiel, à l’image de cette trop longue course-poursuite dans la médina. Et si Marlène Jobert prête ses traits à un joli personnage de femme libre et indépendante, celui-ci n’en est pas moins souvent agaçant. Une comédie qui reste plutôt sympathique pour un De Broca en mode mineur, qui ne parvient jamais ici à retrouver le mordant de son « Homme de Rio ».
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Le DVD : Le film est présenté en version restauré en 4K par TF1 Studio avec la participation du CNC et de Coin de Mire Cinéma et proposé en version originale française (2.0). Des sous-titres français pour malentendants sont également disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné de « La Femme de Marrakech » : document de Julien Comelli, d’Interviews de Philippe de Broca et de Marlène Jobert, ainsi que d’une Interview de Jean-Claude Brialy.
Édité par Coin de Mire Cinéma, « Julie pot-de-colle » est disponible en DVD ainsi qu’en blu-ray depuis le 1er juillet 2025.
Le site Internet de Coin de Mire Cinéma est ici. Sa page Facebook est ici.
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