Un grand merci à Artus Films pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le blu-ray du film « Dragon est de retour » d’Eduard Grecner.
« S’il revient un jour, que Dieu ait pitié de lui »
Le potier Martin Lepis, surnommé Dragon, vit un peu à l’écart de son village, suscitant jalousies et convoitises. Accusé par les villageois d’être la cause de catastrophes naturelles, il est emmené loin du village par les gendarmes, laissant Simon s’emparer de sa femme Eva. Quelques années plus tard, Dragon revient au village. Afin de réintégrer la communauté, il propose de ramener un troupeau de vaches ayant fui un incendie. Il exige que Simon l’accompagne.
« Tu ne peux pas trainer cette casserole. Ce qu’il y a entre vous… Un jour il faudra en finir »
Ancien étudiant de la prestigieuse faculté de cinéma de Prague (FAMU), îlot de liberté artistique au sein d’une dictature rigide, le slovaque Eduard Grecner se forme aux côtés de la plupart des jeunes cinéastes qui animeront quelques années plus tard la « Nouvelle vague » tchécoslovaque. C’est là aussi où il découvrira des réalisateurs étrangers tels qu’Alain Resnais ou Michelangelo Antonioni, qui le marqueront et influeront grandement son travail. Il est ainsi un temps l’assistant de son compatriote Stefan Uher, notamment sur « Le soleil dans le filet » (1963) qui sera l’un des premiers films emblématiques du mouvement, avant de se lancer en propre à la réalisation. Mais ses deux premiers films (« Every week seven days » en 1964 et « Lune de nylon » en 1966), jugés trop expérimentaux, ne rencontrent pas le succès. Finalement, après des années de persévérance et de refus, il finit par obtenir l’autorisation d’adapter à l’écran le roman « Dragon est de retour » de Dobroslav Chrobak, publié en 1943, et qui fut un temps censuré par les autorités.
« Certaines personnes vivent avec les autres mais resteront seules jusqu’à la mort »
Quelque part, dans la campagne slovaque, dans des temps lointains que l’on imagine médiévaux, un homme se retrouve injustement blessé et banni de son village au nom d’obscures et intangibles croyances, perdant aussi bien sa maison que la femme qu’il aime. Son mystérieux retour quelques années plus tard suscite la méfiance et la crainte de toute la communauté villageoise. Partant d’un roman réputé complexe et difficilement transposable à l’écran, Grecner signe pourtant un film dont le récit semble extrêmement simple en apparence, malgré un traitement assez aride, voire presque abstrait, avec très peu de dialogues et des personnages aux expressions assez minérales. Formellement, Grecner semble poursuivre ses expérimentations, optant pour un cinéma davantage poétique et sensoriel que réaliste. Mais au fond, l’essentiel est ailleurs : de par son thème lui-même, qui parle d’exclusion sociale et de rejet d’un individu par une communauté rongée par la suspicion, le cinéaste signe un drame moral audacieux et quasi subversif tant il semble n’être qu’une critique allégorique et à peine voilée du régime communiste alors en place. Même l’immensité de la campagne, où chaque individu semble avancer masqué sur ses intentions et armé, ressemble à une vaste prison à ciel ouvert. Un espace vaste mais dont au fond on ne s’échappe pas. Si, de par sa radicalité formelle, le film peine à réellement émouvoir, sa portée allégorique reste d’une force incroyable, et ce d’autant plus que le film sort en pleine effervescence du Printemps de Prague, dont on connait la violence de la répression.
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Le blu-ray : Le film est présenté en présenté dans un Master restauré HD et proposé en version originale slovaque (2.0). De sous-titres français sont disponibles.
Côté bonus, le film est accompagné de « L’Enfer c’est les autres » par Rastislav Steranka (2002, 5 min.), « Un documentaire autour du film » avec Eduard Grečner (2022, 19 min.), Présentation du film par Christian Lucas (2025, 35 min.), Galerie d’affiches et de photos.
Édité par Artus Films, « Dragon est de retour » est disponible en combo blu-ray + DVD depuis le 2 décembre 2025.
Le site Internet d’Artus Films est ici. Sa page Facebook est ici.