Full River Red (2024) de Zhang Yimou

Grand réalisateur chinois avec quelques chefs d'oeuvres comme "Le Sorgho Rouge" (1987), "Epouses et Concubines" (1991) ou "La Cité Interdite" (2007), mais qui s'est malheureusement fourvoyé avec le gouvernement ces dernières années, Zhang Yimou prouve malgré tout qu'il est un grand avec quelques bonnes surprises comme "Coming Home" (2014) ou "Shadow" (2018). Pour ce film le cinéaste retrouve après entre autre ses Wu Xia Pan "Hero" (2002) et "Le Secret des Poignards Volants" (2004) son Directeur Photo Zhao Xiaoding, tandis que le scénario est co-écrit avec Chen Yu qu'il a retrouvé aussitôt après pour les films suivants "Jian Ru Panshi" (2023) et "Di Ershi Tiao" (2024). Pour ce film historique le cinéaste se penche sur la guerre entre les Song et les Jin (Tout savoir ICI !) mais en se focalisant notamment sur le personnage ambigu de Qin Hui (Tout savoir ICI !). La source d'inspiration est aussi un hommage au poème emblématique "Le Fleuve Rouge"... Chine, XIIe siècle. Alors qu'une rencontre diplomatique doit avoir lieu entre Qin Hui, chancelier de l'empire Song, avec une délégation de l'empire Jin, un diplomate Jin déjà présent est assassiné et la lettre secrète en sa possession a disparu. Le chancelier impose au caporal Zhang Da de retrouver à tout prix cette lettre, et lui octroie comme second et escorte un jeune commandant ambitieux qui n'est autre que son cousin. La forteresse devient le lieu d'une enquête fastidieuses où les intrigues se mêlent aux jeux de dupes... 

Le caporal est interprété par Shen Teng vu dans "Crazy Alien" (2017) de Ning Nao ou "Hi Mom" (2021) de Ling Jia, tandis que son officier d'escorte est joué par Jackson Yee vu dans "Shaonian De Ni" (2019) de Derek Tsang ou "Heoes - the Battle at Lak Chanjin" (2021-2022) de Chen Kaige, Dante Lam et Tsui Hark. Le chancelier Qin Hui est incarné par Lei Jiayin qui retrouve son réalisateur après "Les Espions de l'Aube" (2020) à l'instar de Zhang Yi qui était aussi dans "Ju Dou" (1990) et "Hero" (2002) et vu plus récemment dans "Au-Delà des Montagnes" (2015) ou "Les Eternels" (2018) tous deux de Jia Zhangke. Citons ensuite Yue Yunpeng vu dans "Feng Ren ji Yue Dui" (2017) de Da Peng ou "Jiao Huan Ren" (2023) de Lun Su et retrouve après "Jia Bing Xia" (2015) de Da Peng son partenaire Pan Bintong vu dans "The Miracle Fighters" (2017) de Wo-Ping Yuen ou "Chase the Wind" (2020) de Jiangzhou Ren, Yu Ailei vu dans "Black Coal" (2014) de Yi'Nan Diao ou "My Other Home" (2017) de Larry Yang et retrouve après "The Captain" (2022) de Andrew Lau l'acteur Ou Hao remarqué dans "La Brigade des 800" (2021) de Hu Guan, puis enfin Guo Jingfei vu dans "Jiong Ma" (2020) de Zheng Xu et retrouve  Shen Teng après "The Wandering Earth" (2020) de Frant Gwo... L'histoire débute d'emblée avec cet assassinat politique qui arrive alors même que des pourparlers sont prévus. La panique est à son comble, les soldats de garde sont forcément accusés, au pire du meurtre au mieux de négligence. L'un d'eux, un simple caporal se retrouve enquêteur à l'insu de son plein gré et si il pense d'abord sauver sa peau il doit composer avec les dignitaires proches du Chancelier qui ont tous leur autorité imposer. L'intrigue se met doucement en place, une sorte de Cluedo dans une forteresse de la chine impériale, d'un côté une enquête Cluedo  façon Agatha Christie transposée en Chine médiévale, de l'autre une forteresse dont on ne voit jamais le gigantisme en plan large mais dont on perçoit surtout l'effet labyrinthe avec ses ruelles comme des coupe-gorges. 

Le labyrinthe est tout aussi symbolique des méandres politiciennes et complotistes. Le film est découpé de façon méticuleuse, d'un concept stylisé visuel et auditif. En effet, le huis clos se déplace entre 5-6 lieux de l'enceinte via des ruelles, et on remarque l'absence de musique sur les scènes qui se situe en un lieu précis, puis lorsqu'il y a les passages entre chaque endroit, soudainement une musique de rock chinois se met en branle ! Le premier passage rock arrive comme un choc, presque un cheveu sur la soupe, anachronisme saisissant qui donne autant de rythme qu'une certaine fantaisie à l'ensemble qui a de quoi surprendre, surtout quand cela s'arrête aussi brusquement que ça a démarré. Puis eu fil de ces passages qui font que les protagonistes se déplacent d'un lieu à l'autre ces intermèdes rock offrent un style décalé qui accentue l'humour léger permis par le personnage du caporal. Et pourtant, au fil de l'histoire la légèreté s'estompe pour laisser place à une intrigue nébuleuse aux nombreux rebondissements où le suspense devient de plus en plus complexe. Parfois on sent une pointe d'excès, sans doute un peu redondant surtout à la fin. Une durée plus courte aurait sans doute donné plus de densité et moins de longueurs. Néanmoins, Zhang Yimou signe non pas une fresque épique mais un thriller politico-judiciaire prenant. Un bon moment.

Note :                 

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14/20