Considéré comme le plus grand réalisateur de son pays après des films comme "Une Fille a Parlé" (1955), "Cendres et Diamant" (1958), "La Croisade Maudite" (1968), "L'Homme de Marbre" (1977), "Danton" (1983) ou "Les Possédés" (1988) le polonais Andrzej Wajda s'intéresse avec ce film à un pan tragique de l'Histoire, à savoir le Massacre de Katyn (Tout savoir ICI !) qui le touche particulièrement puisque son père, alors capitaine d'infanterie fait parti des victimes parmi les 22000 officiers de l'armée polonaise exécutés. Réalisateur-scénariste, Wajda se repose essentiellement sur le livre "Post Mortem, l'Histoire de Katyn" (2007) de Andrzej Mularczyk et signe le scénario avec Wladyslaw Pasikowski à qui on doit les films "Demony Wojny" (1998) ou "Reich" (2001), puis avec Przemyslaw Nowakowski scénariste du film "Ono" (2004) de Malgorzata Szumowska. Ce massacre est une paie béante en Pologne, le film est donc un événement, ainsi la première a lieu à la date anniversaire de l'invasion soviétique le 17 septembre 2007 (pour 1939) et a été nommé à l'Oscar du meilleur film étranger mais est battu par un autre film sur 39-45, "Les Faussaires" (2007) de Stefan Ruzowitzky. Le film est le second plus gros succès de l'année en Pologne, étonnamment le film connaît une sortie limitée en France ; on perçoit encore une vision politique biaisée avec l'exemple du torchon propagandiste "L'Humanité" qui se permet de rappeler les mensonges de l'U.R.S.S., cultivant l'ambiguité en rappelant la thèse officielle soviétique... Anna, femme d'un officier polonais attend le retour de son époux après la défaite contre l'Allemagne nazie suivie de l'invasion conjointe par l'U.R.S.S. Le temps passe, l'épouse d'un général polonais apprend sa mort à la découverte d'un charnier par les allemands. Entre temps l'Allemagne est devenue ennemie de l'U.R.S.S., et les allemands assurent que ce charnier est un massacre des soviétiques. La défaite du IIIe Reich en 1945 laisse la place à une propagande des vainqueurs et donc de l'U.R.S.S. et tout est fait pour que le massacre de Katyn soit associé aux crimes de l'Allemagne nazie...
Au casting citons Maja Ostaszewska apparue dans des classiques sur la Seconde Guerre Mondiale avec "La Liste de Schindler" (1993) de Steven Spielberg et "Le Pianiste" (2002) de Roman Polanski, vue plus récemment dans "Green Border" (2023) de Agnieszka Holland, et retrouvera dans "Les Impliqués" (2011) de Jacek Bromski et "Jack Strong" (2014) de Wladyslaw Pasikowski son partenaire Krzysztof Globisz qui retrouve Wajda après "Danton" (1983) et "Pan Tadeusz : quand Napoléon traversait le Niemen" (1999) et retrouvant aussi après ce dernier l'acteur Krzysztof Kolberger qui retrouve après "Le Contrat" (1980) de Krzyszrof Zanussi l'actrice Maja Komorowska qui retrouve Andrzej Wajda après "Les Noces" (1972) et "Les Demoiselles de Wilko" (1979) dans lequel jouait également Stanislawa Celinska actrice fidèle de Wajda avec aussi "Paysage après la Bataille" (1970), Korczak" (1990) et "Panna Nikt" (1996) tandis qu'elle retrouvera son partenaire Krzysztof Globisz dans "La Bataille de Varsovie, 1920" (2011) de Jerzy Hoffman. Citons encore Andrzej Chyra qui retrouvera Maja Ostaszewska après "Aime et Fais ce que tu Veux" (2013) de Malgorzata Szumowska et retrouvera plus tard Jacek Braciak dans "Varsovie 83, une Affaire d'Etat" (2021) de Jan P. Matuszynski, Danuta Stenka vue en France dans "Robert Mitchum est Mort" (2010) de Olivier Babinet et Fred Kihn et qui jouera aussi dans "Les Impliqués" (2011), Jan Englert qui retrouve Wajda un demi-siècle après "Ils aimaient la Vie" (1957) et vu entre autre dans "Le Sel de la Terre Noire" (1970) et "La Perte de la Couronne" (1972) tous deux de Kazimierz Kutz, Artur Zmijewski surtout connu pour le doublage en polonais de films d'animation dont la saga "Madagascar" (2005-2012) mais vu aussi dans deux biopics sur le même pape avec "Karol, l'Homme qui devint Pape" (2005) de Giacomo Battiato et "Jean-Paul II" (2007) de John Kent Harrison, Agnieszka Glinska vue plus tard dans "La Dette" (2011) de Rafael Lewandowski ou "11 Minutes" (2015) de Jerzy Skolimowski, pui senfin Sergueï Garmach vu entre autre dans "Le Temps du Danseur" (1997) de Vadim Abdrachitov, "L'Âge Tendre" (2000) de Sergueï Soloviov ou "12" (2007) de Nikita Mikhalkov... Un tel massacre, une telle plaie dans un pays à laisser forcément des traces, et le sujet est forcément aussi complexe que tragique. Une histoire et des destins qui ne peuvent laisser indifférents. Le premier constat est qu'on reste bluffé par le travail effectué par Andrzej Wajda sur un tel film historique, où la reocnstitution d'époque, avec costumes et décors, est particulièrement remarquable avec seulement 4,3 millions d'euros de budget ! - pour comparaison les films sus-cités de Spielberg et Polanski ont des budgets respectifs de 22 et 35 millions de dollars... Wajda ne se focalise pas sur le massacre mais situe son récit sur plusieurs décennies, de la défaite en 1939 jusqu'à la fin du siècle. Ainsi il veut surtout montrer l'omerta et la chappe de plomb qui va se poser sur le drame. Les aléas géo-politiques, l'alliance entre l'Allemagne Nazie et l'U.R.S.S. qui ne va pas durer, la défait du Reich puis la Pologne intégré au bloc soviétique vont être autant de frein à la vérité. C'est là la bonne idée du film, le massacre est montré juste assez pour comprendre la méthode employée.
Pourtant, on s'ennuie ferme ! Le massacre est d'une ampleur inouïe mais le film reste engoncé dans un style très et trop documentaire, dans une mise en scène figée comme si Andrzej Wajda avait été pétrifié par son sujet. Pas aidé par des acteurs pas toujours très justes ou très bons surtout vers la fin gâchant le peu de scènes à émotion ; un comble vu le thème. La mise en scène est d'un académisme télévisuel au point qu'on croirait sans peine à une émission de reconstitution historique façon "Secrets d'Histoire" ; non pas que ces émissions soient dénuées d'intérêt loin de là, mais quand on va voir un long métrage on s'attend à du cinéma, une réalisation inspirée, qui se doit d'être cohérente avec la fresque historique et donc du souffle, du feu et de la fureur, du sang et des larmes, et pourtant le film est dénué de tous ces sentiments et sensations. On est poussé à l'indulgence tant ce massacre mérite son film, tant Wajda nous a habitué à mieux, mais objectivement ce film est un témoignage passionnant à intégrer dans une émission Arte plutôt que dans une salle obscure de cinéma. A conseiller toutefois, forcément puisqu'il est encore le seul film sur ce drame qui mérite beaucoup plus que ce film sans force aucune. Note indulgente.
Note :