Charlie (Robert Pattinson) est sur le point d’épouser Emma (Zendaya), la femme de sa vie. Cela fait deux ans qu’ils vivent ensemble, filent le parfait amour et ont une vie sexuelle épanouie. La préparation du mariage ne leur pose pas plus de soucis que cela. Tout semble en place pour le jour J. La seule source de stress concerne l’écriture des discours qu’ils doivent lire lors de la soirée de noces. Bref, aucun nuage à l’horizon, jusqu’à une tempête imprévue, quelques jours avant le mariage. Lors d’un dîner trop arrosé avec leurs témoins, Mike (Mamoudou Athie) et Rachel (Alana Haim), quelqu’un suggère que chacun partage ses secrets les plus honteux. Un jeu idiot, insouciant, auquel se prêtent les convives à tour de rôle. Emma passe en dernier et dévoile un évènement de son adolescence qui désarçonne complètement les trois autres, provoquant des réactions assez fortes. Cette révélation entraîne quelques tensions entre Emma et sa demoiselle d’honneur, mais a aussi pour conséquence de plonger Charlie dans un profond désarroi.
Qu’est-ce qui est assez perturbant pour provoquer une telle crise de couple ? Quelle est la nature du secret d’Emma ? Nous n’en dirons rien pour ne pas gâcher le peu d’intérêt du film de Kristoffer Borgli. Cependant, ne vous attendez pas à un secret de famille digne du Festen de Thomas Vinterberg. On est sur quelque chose de plus abstrait. À vrai dire, on ne comprend même pas ce qui provoque le scandale. N’importe qui de sensé aurait probablement mis les propos d’Emma sur le compte de l’alcool – ce vin orange, c’est quoi ce délire ? – ou les auraient jugés sous le prisme de l’adolescence, période où certains individus sont plus fragiles et ont des comportements impulsifs. Ici, tout bascule surtout à cause de la réaction outrancière de la demoiselle d’honneur, qui monte illico sur ses grands chevaux, s’indigne et manifeste de l’hostilité, alors que son propre secret nous semble bien plus gênant que celui d’Emma. Idem, d’ailleurs, pour les secrets révélés par Mike et Charlie, bien peu glorieux. Peut-être ne maîtrisons-nous pas suffisamment les subtilités de la culture américaine pour comprendre…
Il faut accepter que cela instille un profond malaise au sein du couple. Charlie ne sait plus où il en est. L’image, pure et idéalisée, qu’il se faisait d’Emma est mise à mal et forcément, il commence à avoir des doutes sur leur mariage, au plus mauvais moment. A-t-il réellement envie de passer le reste de ses jours à ses côtés ? Évidemment, Emma ressent ce questionnement. Elle voit bien que son compagnon prend ses distances et cela affecte le sentiment de sécurité qu’elle éprouvait à ses côtés. Quelque chose semble cassé entre eux, et plus la date du mariage approche, plus le malaise grandit.
Cette instabilité émotionnelle se répercute sur la mise en scène de Kristoffer Borgli, dont le classicisme est chahuté par quelques plans plus abrupts, et sur le montage de Joshua Raymond Lee, qui, par moments, devient fragmenté, nerveux, désordonné. Généralement, ce genre d’artifice de mise en scène sert à signifier la confusion mentale des personnages ou indiquer la folie, et permet d’instiller de la tension. La cinéaste Lynne Ramsay, par exemple, l’utilise fréquemment (A beautiful day, Die my love). Ari Aster aussi (Beau is afraid, Eddington). Le fait que ce dernier soit au générique, en tant que producteur, associé à la nature de la “révélation”, nous incite donc à imaginer un virage spectaculaire de la narration et un final assez brutal qui donnerait au film une autre dimension. Hélas, Kristoffer Borgli est beaucoup plus sage que son producteur. Il flirte avec l’idée d’un dénouement horrible, par l’intermédiaire d’une scène onirique, mais n’ose pas aller plus loin. A la place, il laisse son récit évoluer vers quelque chose de plus convenu. En guise de “drama”, on n’a droit qu’à un enchaînement vaudevillesque et une nouvelle scène d’ivresse, pour aboutir à un malaise bien pâlichon. Dommage, car les films qui ont pour cadre une cérémonie de mariage sont souvent propices à des situations intéressantes, que ce soit dans les comédies, les drames ou les films horrifiques. Ici, pas d’apocalypse intime comme dans le Melancholia de Lars von Trier, pas de réminiscence de vieux traumas comme dans Rachel se marie, de Jonathan Demme. Pas de bang-bang comme dans la scène introductive de Kill Bill volume 2 ou de chasse à l’homme (à la femme plutôt) comme dans Wedding nightmare. Quant à la comédie, oubliez, Kristoffer Borgli n’a vraiment pas Le Sens de la fête.
On aurait dû s’en douter. Son précédent long métrage, Sick of myself, était tout aussi frustrant que celui-ci. Il partait d’une situation originale et intrigante – une femme en quête d’attention qui prenait des médicaments pour s’infliger des problèmes cutanés – mais le récit n’arrivait jamais à décoller ni à dépasser le stade de l’anecdote. Ici, c’est pareil. Le scénario aborde des thèmes intéressants, mais n’en fait finalement pas grand-chose. La plupart des personnages secondaires sont mal dégrossis et/ou abandonnés en chemin. Le film ne repose que sur le malaise au sein du couple formé par Charlie et Emma. Les deux acteurs principaux font ce qu’ils peuvent, mais ont finalement peu de matière pour rendre leurs personnages attachants.
Dépouillé de ses artifices de mise en scène trompeurs, The Drama n’est rien d’autre qu’une comédie dramatique assez banale et ennuyeuse sur l’engagement conjugal et les affres de la vie de couple. Quitte à subir un scénario aussi peu crédible, on aurait aimé un peu de piment, des dialogues féroces, des situations ambiguës, un jeu de massacre au sens propre ou au figuré. Raté.
Le seul élément appréciable, grâce à son côté ironique, tient au grand écart entre la scène introductive et le plan final. La première raconte la rencontre entre Charlie et Emma dans un café chic/branchouille de Boston. Tout est beau, pur, parfait. Un soleil radieux baigne la pièce.
A la fin du film, on se retrouve dans un fast-food sordide, dans une ambiance crépusculaire et sous la lumière blafarde des néons. Les tourtereaux ont perdu de leur superbe. On peut y voir une allégorie de l’évolution de la relation amoureuse, d’abord idéalisée, où les amants ne voient pas seulement l’autre tel qu’il est, mais aussi tel qu’ils espèrent qu’il soit, puis éprouvée par le quotidien, débarrassée des artifices. C’est peut-être là que se joue véritablement la solidité du lien. L’idée de mise en scène est belle. On aurait aimé que tout le film soit du même acabit.
Hélas, en sortant de la projection, le sentiment dominant est de ne pas avoir été à la noce. Pour un film ayant pour cadre un mariage, c’est ballot…
The Drama
The Drama
Réalisateur : Kristoffer Borgli
Avec : Zendaya, Robert Pattinson, Alana Haim, Mamoudou Athie, Greer Cohen, YaYa Gosselin, Echo Campbell, Hailey Gates, Sydney Lemmon
Genre : Pour le meilleur, mais surtout pour le pire
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h46
Date de sortie France : 01/04/2026
Contrepoints critiques :
“C’est un film qui a l’air trop beau pour être honnête. Ça tombe bien, il est mal élevé. Retors, tordu, aimable pour mieux pour nous mettre une petite claque derrière la nuque”
(Renan Cros – CinemaTeaser)
”Trop sage, The Drama tourne en rond malgré le talent de ses acteurs.”
(Caroline Vié – 20 minutes)
Crédits photos : Copyright A24 / Leonine