L'Or se Barre (1969) de Peter Collison

Bien lancé après ses premiers longs métrages "La Nuit des Alligators" (1967), "Les Bas Quartiers" (1968) et "Un Jour parmi Tant d'Autres" (1968), le réalisateur britannique Peter Collison est finalement choisit par le producteur du film, Michael Deeley malgré la pression de Robert Evans, patron de la Paramount pour qu'il engage Peter Yates alors auréolé du succès de "Bullitt" (1968) et pour engager la star Robert Redford alors en pleine ascension. Le producteur britannique refusa, voulant rester dans une production britannique, et prouvera par la suite qu'il a du flair en produisant plus tard "Voyage au Bout de l'Enfer" (1978) de Michael Cimino ou "Blade Runner" (1982) de Ridley Scott. Le cinéaste porte ainsi à l'écran une histoire signée par Troy Kennedy-Martin scénariste ensuite de "De l'Or pour les Braves" (1970) de Brian G. Hutton, "Double Détente" (1988) de Walter Hill ou "Ferrari" (2023) de Michael Mann. Le film est un succès énorme, on peut même parler de film culte pour certaines scènes et connaitra un remake hollywoodien avec "Braquage à l'Italienne" (2003) de F. Gary Gray qui marquera moins les esprits... Charlie, un gangster anglais sortant tout juste de prison reçoit une vidéo d'un ami décédé dans un accident mystérieux où ce dernier lui expose un plan pour voler une cargaison d'or de la firme Fiat à Turin en Italie. Il reçoit l'aide financière et opérationnelle de John Bridger, un caïd qui gère ses affaires depuis la même prison que Charlie. L'organisation semble se dérouler sans trop d'encombres mais c'était sans compter sur l'entrée en course de la mafia italienne... 

Charlie est incarné par Michael Caine alors en pleine ascension après quelques années de galère avec "Zoulou" (1964) de Cy Enfield, "Alfie le Dragueur" (1966) de Lewis Gilbert ou "La Bataille d'Angleterre" (1969) de Guy Hamilton. Parmi sa bande citons Benny Hill, alors au sommet particulièrement populaire au Royaume-Uni avec son émission "The Benny Hill Show" (1955-1992), apparu déjà dans quelques films dont "Un Détective très Privé" (1956) de Basil Dearden, "Ces Merveilleux Fous Volants dans leurs Drôles de Machines" (1965) de Ken Annakin ou "Chitty Chitty Bang Bang" (1968) de Ken Hugues, Tony Beckley qui retrouve son réalisateur après  "La Nuit des Alligators" (1967) et "Un Jour parmi Tant d'Autres" (1968), puis retrouvera aussi Michael Caine dans le prochain "La Loi du Milieu" (1970) de Mike Hodges, Maggie Blye vue dans "Eté et Fumées" (1961) de Peter Glenville ou "Hombre" (1967) de Martin Ritt, Harry Baird remarqué dans le même rôle repris successivement dans "Taur, Roi de la Force Brutale" (1963) et "Les Gladiatrices" (1963) tous deux de Antonio Leonviola, David Kelly vu dans "La Fille aux Yeux Verts" (1964) de Desmond Davis ou "Ulysses" (1967) de Joseph Strick, Rossano Brazzi vu dans "Vulcano" (1950) de William Dieterle, "La Comtesse aux Pieds Nus" (1954) de J.L. Mankiewicz ou "Sept Fois Femme" (1967) de Vittorio De Sica, Robert Powell surtout remarqué plus tard dans "Mahler" (1974) et "Tommy" (1975) tous deux de Ken Russell et "Jésus de Nazareth" (1977) de Franco Zeffirelli, Irene Handl vue dans "Brève Rencontre" (1945) de David Lean ou "Le Grand Alibi" (1950) de Alfred Hitchcock puis retrouve après "L'Enfant et la Licorne" (1955) de Carol Reed et "Après Moi le Déluge" (1959) de John Boulting son partenaire John Le Mesurier vu dans "Le Chien de Baskerville" (1959) de Terence Fisher ou "La Panthère Rose" (1963) de Blake Edwards, puis citons Lelia Goldoni vue dans "Les Insurgés" (1949) de John Huston, "La Maison des Etrangers" (1949) de J.L. Mankiewicz ou "Shadows" (1959) de et avec John Cassavetes, puis les deux patrons mafieux qui se font face, Noel Coward vu dans "Ceux qui servent en Mer" (1942) de David Lean, "Le Tour du Monde en Quatre-Vingt Jours" (1956) de Michael Anderson ou "Bunny Lake a Disparu" (1965) de Otto Preminger, puis enfin Raf Vallone vu dans "Riz Amer" (1949) de Giuseppe de Santis, "Thérèse Raquin" (1953) de Marcel Carné ou "La Ciociara" (1960) de Vittorio De Sica... Puis notons que l'équipe technique n'est pas en reste de talents avec la musique signée de Quincy Jones qui venait de se faire remarquer pour les B.O. des chefs d'oeuvres "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967) de Norman Jewison et "De Sang Froid" (1967) de Richard Brooks, et aussi l'un des plus fameux directeur Photo de sa génération Douglas Slocombe dont on peut citer les films "The Servant" (1963) de Joseph Losey ou "Le Bal des Vampires" (1967) de Roman Polanski, ou encore le coordinateur cascade Rémy Julienne qui s'est déjà fait un nom depuis "Fantomas" (1964) de André Hunebelle et qui se fera particulièrement un nom à l'international avec la merveilleuse séquence de la poursuite des trois mini cooper bleu blanc rouge qui traversent Turin. Il faut bien l'avouer l'atout maître du film réside dans ces trois petites et sublimes voitures qui permettent de se faufiler partout dans Turin pour fuir avec le magot, et surtout permettre une visite express d'anthologie de Turin dans une carte postale originale, mouvementée et fantaisiste.

Alors que le film débute, on constate deux choses, une ferrari rouge qui n'est autre que celle d'un certain Dany Wilde dans la future série TV "Amicalement Votre" (1971), et qu'elle n'est pas notre surprise de constater alors que la voix en V.F. du héros Charlie/Caine est aussi celle de Dany Wilde dans la dite série ; résultat surtout film à voir en V.O. ! Un détail mais on peut aisément se dire que Charlie/Caine est un mix surprenant entre Dany Wilde et Brett Sinclair avec cette cool attitude de l'un et le so british de l'autre dans un savoureux mélange qui s'invite au pays de la mafia. Les autres personnages ne sont pas en reste, entre le caïd anglais qui rappelle certains Parrains qui continuent de régner malgré les barreaux, le mafieux italiens qui serait presque patriote, et ce Benny Hill impayable qui se paie le luxe de s'inviter dans le film en gardant son personnage de vieux libidineux. Par contre on peut se dire que tout ça manque de charmes au féminin. L'intrigue est bien ficelée, un plan au cordon inventif bien que légèrement surréaliste pour nous amener là où on ne l'attend pas avec un finish d'une vertigineuse ironie. Un grand moment de cinéma à conseiller et à voir.

Note : 

L'Or Barre (1969) Peter CollisonL'Or Barre (1969) Peter CollisonL'Or Barre (1969) Peter Collison

16/20