Aurora, immigrée portugaise en Ecosse, travaille comme préparatrice de commande dans un entrepôt et partage un appartement avec d'autres travailleurs émigrés, précaires et pauvres.
Produit par la société de prod’ de Ken Loach, la parenté est flagrante avec le cinéma social du britannique. Laura Carreira, elle-même portugaise émigré en Ecosse, réalise un premier long métrage qui nous en rappelle d’autres comme « Rosetta », « L’histoire de Souleymane » ou « Ouistreham » en montrant les conditions de travail et de vie des pauvres des pays développés. Aurora est une jeune femme hyper isolée et cela dépasse même l’abrutissement de son emploi. Intéressant de montrer tous les flux migratoires d’emploi à intra-européen entre pays riches et pays pauvres ; ces gens recherchant un emploi ailleurs dans ce grand marché ouvert au prix d’un déracinement total. Et comme bien souvent, ce sont les travailleurs les moins qualifiés qui en sont victimes. Reprenons, Aurora est employée sur un emploi déshumanisant et robotisé. Là le film fait écho à Chaplin et « Les temps modernes » ; et pose la question de la place de l’Homme dans cette taylorisation de la production de biens ou de services. Arrimé à son chariot qu’elle remplit d’objets inutiles et guidée par les bips de son scanner ; toutes ses performances sont enregistrées et décryptées pour être le plus souvent sanctionnés. Sans être misérabiliste ou anti capitaliste primaire, méthodiquement on voie au combien l’ultra libéralisme déshumanise et désunit : e progrès au service de l’Homme : vaste fumisterie ! Ce film permet bien de montrer l’envers du décor : la vie des travailleurs de plateforme qui sont là pour satisfaire les moindres pulsions voire compulsions de nos modes de consommation où l’on veut tout, tout de suite. Abrutie par le travail, c’est un modèle de société, l’aliénation de ces personnels les poursuit jusque dans leurs loisirs. Laura Carreira nous montre des salariés n’ayant comme sujet de conversation que les séries et passent leur temps libre sur leur smartphone. Comme disait le patron de TF1 à l’époque, notre gagne-pain est « le temps de cerveau disponible » ; un système dans lequel on empêche les gens de réfléchir est bien mis en place par la tech de manière cynique. Et c’est bien cela que révèle les seules larmes d’Aurora, incapable de parler d’elle-même lors d’un entretien d’embauche. Son « soi » n’existe plus ; son identité se résume à un code ; elle est ramenée à sa propre vacuité.
Malgré sa durée courte basée sur des répétitions, ce film ne permet pas d’éviter des longueurs et des ellipses scénaristiques parfois troublantes. Un exemple ; on nous montre une jeune femme sans loisir et sans ami qui n’a même jamais franchi la porte du bar branché de son quartier, qui vit modestement, est en coloc’ et n’a pas de voiture et qui se retrouve prête à sombrer après avoir une facture de 100e pour faire réparer son portable. Un manque de crédibilité du scénario comme il y en a quelques autres.
Un constat social malgré tout captivant pour un premier film.
Sorti en 2025
Ma note: 13/20