Second long métrage après "Sofia" (2018) pour la marocaine Meryem Benm'Barek qui a fait ses études au Cours Florent en France. Pour ce projet la cinéaste a puisé dans ses propres expériences, précisant que les trois personnages principaux sont la somme de qui elle a été dans ses différentes relations amoureuses, il y a donc un peu d'elle dans Selma, Mehdi et Marie. Réalisatrice-scénariste elle co-écrit son scénario avec Fyzal Boulifa qui a auparavant signé ses propres films "Lynn & Lucy" (2019) et "Les Damnés ne pleurent pas" (2022), puis avec Emma Benestan qui a signé son remarquable "Animale" (2024), puis avec Agnès Feuvre scénariste entre autre des films "Médecin de Nuit" (2021) de Elie Wajeman, "La Fracture" (2021) de Catherine Corsini ou "L'Attachement" (2024) de Carine Tardieu... Tanger, Mehdi doit se marier avec Selma. Mais quand il rencontre Marie, une riche française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah, ses sentiments sont bouleversés, il tombe amoureux de Marie et délaisse Selma, feignant d'ignorer que ses choix le rattraperont forcément...
Mehdi est joué par Driss Ramdi aperçu notamment dans "Je ne suis pas un Salaud" (2016) de Emmanuel Finkiel ou "Rouge" (2021) de Farid Bentoumi, tandis que sa promise est jouée par Nadia Kounda vue dans "Paris à Tout Prix" (2013) de et avec Reem Kherici, "Volubilis" (2017) de Faouzi Bensaïdi ou "Epouse-Moi mon Pote" (2017) de et avec Tarek Boudali. La jeune femme française est incarnée par Sara Giraudeau vue récemment dans "La Venue de l'Avenir" (2025) de Cédric Klapisch et "L'Affaire Bojarski" (2026) de Jean-Paul Salomé, puis retrouve après "Le Sixième Enfant" (2022) de Leopold Legrand son "père" Olivier Rabourdin vu dernièrement dans "Le Tableau Volé" (2024) et "Maigret et le Mort Amoureux" (2026) tous deux de Pascal Bonitzer, puis la mère est jouée par Carole Bouquet vue dans "Tempête" (2022) de Christian Duguay et "Captives" (2023) de Arnaud des Pallières. Citons ensuite Soumaya Akaaboune apparu dans "Green Zone" (2010) de Paul Greengrass, "Djinn" (2013) de Tobe Hooper ou "Prendre le Large" (2017) de Gaël Morel, Amine Ennaji aperçu dans "Syngue Sabour - Pierre de Patience" (2012) de Atiq Rahimi ou "Razzia" et "Everybody Loves Touda" (2024) tous deux de Nabil Ayouch, puis enfin Rachel O'Meara aperçue dans "Day of the DEad : Boodline" (2018) de Hector Hernandez Vicens ou "Mechanic : Resurrection" (2016) de Dennis Gansel... Etonnant de ne voir aucun lien ou constat ni lu aucune référence sur l'évidence même, en effet il est assez net et limpide que la cinéaste marocaine signe avec ce film un remake du chef d'oeuvre "Une Place au Soleil" (1951) de George Stevens, soit une transposition maline du Texas à la Kasbah marocaine. Notons tout de même que Mehdi reste un privilégié dans sa communauté, il a fait des études plus qu'honorables, et est fils d'un chef d'entreprise prospère et d'une mère professeure, il n'est pas dans le besoin et tout va bien pour lui au départ. L'histoire reste un triangle amoureux apparemment classique, mais avec des paramètres communautaires et sociaux loin d'être anodins surtout pour la pauvre Selma/Kounda. Ce qui rend d'abord singulier cette histoire repose avant tout sur la personnalité des trois protagonistes : Mehdi, fils aimant, homme bon, respectueux et travailleur et sincèrement amoureux de Selma/Kounda, orpheline amoureuse passionnément et fidèle autant à Mehdi qu'à sa foi et donc aux traditions, puis Marie/Giraudeau fille pourrie gâtée de déjà 40 ans, une Tanguy qui peut dire merci à ses parents riches mais omniprésents pour elle.
Ca c'est au départ, avant que Mehdi et Marie ne se rencontre, lui parce qu'il est un homme et que la chair est faible, elle parce que pourquoi pas, puis Selma qui n'a que ses yeux pour pleurer... ATTENTION SPOILERS !... finalement on comprend que Mehdi ne craque pas pour l'argent ou le rêve de partir à Paris pour devenir architecte, ça c'est le bonus, au départ il craque juste pour le sexe libre et sans censure que lui offre la française alors que Selma attend le mariage pour s'offrir. Et même quand elle se laisse "convaincre", il suffit de comparer les deux "premières fois" pour comprendre que le sexe est plus "libre" et/ou moins "ennuyeux" avec la française... FIN SPOILERS !... Le plus intéressant reste Mehdi qui s'engonce dans un piège forcément fatal, car comment ne peut-il pas se rendre compte qu'il ment mal, qu'il ment sans réfléchir, sans logique, qu'il ment de façon à forcément se prendre un mur un jour ou l'autre ?! Le plus décevant reste le personnage de Selma/Kounda, la plus émouvante car la plus fragile, mais il est dommage qu'elle ne soit pas plus exploitée dans le récit, elle n'a pas pas la même présence et la même importance à l'écran, elle est un peu sacrifiée (!) face à Marie/Giraudeau. Le scénario est judicieux, car intelligent et cohérent, avec un point de vue plein d'acuité sur la position des uns et des autres jusque dans les parents. Un drame intime, social, conjugal, familial, psychologique aussi très bien écrit, magnifiquement interprété, dur mais à conseiller.
Note :