Yellow Letters (2026) de Ilker Catak

Par Seleniecinema @SelenieCinema

Cinéaste déjà bien installé avec des films comme "Dans la Cour des Grands" (2017) et "Parole Donnée" (2019), l'allemand d'origine turque ilker Catak retrouve son équipe de son dernier long métrage "La Salle des Profs" (2023) pour ce nouveau projet qui date de 2019, quand en Turquie des personnes du milieu du cinéma lui ont rapporté avoir reçu des lettres de licenciement. Après recherche, environ 2000 personnes auraient été suspendues, licenciées voir même traduites en justice pour avoir signé une pétition pour la paix. Réalisateur-scénariste il co-écrit le scénario avec son épouse Ayda Catak, puis avec Enis Köstepen connu comme étant le producteur des films "Derrière la Colline" (2013), "Abluka - Suspiscion" (2016) et "Les Soeurs" (2019) tous de Emin Alper. Le trio s'est documenté et s'est aussi reposé sur le livre "The Turkishness Contact" (2025) de Baris Ünlü qui décrit tout le processus du gourvernement turc qui oblige entre autre à se montrer patriote et croyant en Islam. Si le film est tourné avec une équipe et un casting turc, en langue turc, car censé se dérouler en Turquie, la situation géo-politique a obligé le cinéaste à tourner son film en Allemagne. Le film a reçu l'Ours d'Or au Festival de Berlin 2026... Professeur à la faculté de Ankara, Aziz reçoit la "lettre jaune" qui signifie arbitrairement sa révocation. Quand son épouse Derya, célèbre comédienne la reçoit à son tour, c'ets le coup de grâce pour le couple. Condamnés pour leurs idées, ils sont obligés de se réfugier à Istanbul. Entre la précarité nouvelle et leur engagement politique, leur mariage va être mis à rude épreuve... 

Le couple est incarné par l'actrice Özgü Namal remarquée dans "Les Affaires Organisées" (2005) de Yilmaz Erdogan ou "Mutuluk - le Bonheur" (2007) de Abdullah Oguz et vue depuis surtout à la télévision, puis Tansu Biçer vu dans "Hey There !" (2023) de Reha Erdem ou "Yurt" (2024) de Nehir Tuna, et retrouve après "Kerr" (2020) de Tayfun Pirselimoglu son partenaire Jale Arikan apparu dans "Papa à l'Essai" (2021) de Udo Witte, "Elbow" (2025) de Asli Özarslan et retrouve après "Zenne" (2011) de Caner Alper et Mehmet Binay l'acteur Kerem Can aperçu dans "Le Fidèle" (2017) de Michael R. Roskam ou "My Zoe" (2021) de et avec Julie Delpy. Citons ensuite Ipek Bilgin vu dans "Meryem" (2013) de Atalay Tasdiken ou "La Leçon de Lefter" (2025) de Can Ulkay, Siir Eloglu vue dans "La Vie n'est pas un Jeu" (2022) de Jan Cronauer ou "In the Fade" (2018) de Fatih Akin, Yusuf Akgün apparu dans "Su Ve Ates" (2013) de Özcan Deniz ou "Aci Tatli Eksi" (2017) de Andaç Haznedaroglu, Aziz Capkurt aperçu dans "Les Chants de ma Mère" (2014) de Erol Mintas, "Zagros" (2017) de Sahim Omar Kalifa ou "Dans l'Angle Mort" (2023) de Ayse Polat, Eray Egilmez aperçu dans le film "Mission Istanbul" (2016) de Christian Alvart avant des séries comme "Homeland" (2011-2020) ou "Dogs of Berlin" (2018-...), Uygar Tamer aperçu dans "Quantum of Solace" (2008) de Marc Forster puis dans la série TV "The Turkish Detective" (2023-...), puis enfin Elit Iscan remarquée dans "Des Temps et des Vents" (2007) de Reha Erdem, "Mustang" (2015) de Deniz Gamze Ergüven et "Sibel" (2018) de Cagla Zencirci et Guillaume Giovanetti, sans oublier une apparition de la scénariste Ayda Catak... Le film est trop souvent vendu comme un thriller, mais il en est rien. Ni thriller, ni polar, ni même film à suspense, il demeure un drame familial et conjugal avec un couple dans la tourmente. Un couple dont la vie artistique et intime sont est liée jusqu'à ce que les méandres de la justice autoritaire et arbitraire turques ne viennent bousculer leur petit confort de bobo d'Ankara. 

Des artistes de la scène qui ont du succès mais qui sont aussi trop critiques envers le pouvoir, des artistes qu'il faut donc museler comme dans toute bonne dictature, mais, en repensant à quelques films sur une famille ou un couple face à la tyrannie comme "La Vie est Belle" (1997) de et avec Roberto Begnini, "La Vie des Autres" (2006) de Florian Henckel Von Donnersmarck ou "Je suis Toujours Là" (2025) de Walter Salles et pourquoi pas "Le Quatrième Mur" (2025) de David Oelhoffen sur fond de théâtre également on se dit que Ilker Catak reste sur une certaine mesure, délaissant finalement le sujet de l'arbitraire, de la censure et de la corruption pour se focaliser sur une crise conjugale d'une grande banalité finalement. Ainsi la lutte sociale pour la liberté d'expression reste en filigrane, mais la ligne principale et directrice est bel et bien le couple, commet il va gérer et comment il va s'en sortir. Pas de grand suspense, mais une description précise, crédible, authentique et sincère d'une crise conjugale avec le soucis d'ado en prime (évidemment). Les convictions qui soudaient le couple autant dans leur art que dans leur opinion politique vacillent, plus ou moins et pas de la même façon pour elle que pour lui, entre pragmatisme, compromis, lâcheté, chacun chacune place son curseur et le tout est de savoir comment tout ça va se terminer. En conclusion un film plutôt passionnant et plein d'acuité pour le côté conjugal et familial, mais plus timoré et moins exploité sur la partie dictature. A conseiller.

Note : 

13/20