“L’Ultime héritier” de John Patton Ford

L-ultime-heritierDans le couloir de la mort, Becket Redfellow (Glenn Powell) attend l’heure de son exécution, imminente. Il vient de prendre son ultime repas et reçoit la visite d’un prêtre. Très calme malgré la situation, il voit dans cet échange l’occasion de faire sa confession et revenir sur les faits qui l’ont mené à cette situation.  Tout a commencé avant sa naissance. Sa mère, Mary(Nell Williams), une fille de bonne famille, a fauté avec un jeune homme d’une classe sociale inférieure et est tombée enceinte. Cet “accident” a conduit le patriarche du clan familial, Whitelaw Redfellow (Ed Harris) à la bannir. Aucun des membres de la famille n’a gardé le contact avec elle et personne n’a bougé le petit doigt pour l’aider, ni à la mort de son compagnon, ni lorsqu’elle est tombée gravement malade. Becket a donc grandi dans des familles d’accueil avec une seule obsession : se venger un jour de cette famille hautaine et insensible en récupérant, comme sa mère le lui a demandé, l’héritage et le rang qui lui reviennent. En effet, si Mary a été exclue du domicile familial, elle est restée sur la liste des potentiels héritiers. Techniquement, Becket pouvait donc hériter un jour de la colossale fortune familiale. Mais pour toucher le pactole, il fallait que les six autres héritiers prioritaires décèdent avant lui et que Whitelaw se décide enfin à casser sa pipe. Suite à des retrouvailles frustrantes avec Julia (Margaret Qualley) et la perte de son emploi, Becket a décidé d’accélérer le processus en assassinant un par un, ses oncles, tantes et cousins.

Les cinéphiles reconnaîtront dans le scénario de L’Ultime héritier la trame de Noblesse oblige, petit bijou d’humour noir signé en 1949 par Robert Hamer. Logiquement, on pouvait s’attendre à ce que cette version moderne, qui s’appuie sur les mêmes ressorts dramatiques et (presque) tous les rebondissements du film original, s’élève au niveau de ce dernier. Mais étrangement, il n’en est rien. Déjà, il n’y a plus d’effet de surprise pour ceux qui connaissent déjà l’intrigue de Noblesse oblige et cela affadit un peu la mécanique du récit, d’autant que John Patton Ford ne prend que peu de distances avec les péripéties originales, si ce n’est au moment du dénouement, moins réussi.
L’humour est également moins présent, ou alors moins raffiné, alors que c’était l’un des points forts du film de 1949. Et surtout, Glenn Powell n’est pas la hauteur d’Alec Guiness. Il faut dire que, dans Noblesse oblige, il livrait une performance d’acteur d’exception, en incarnant non seulement le personnage principal, mais aussi toutes ses victimes, hommes et femmes, avec un art de la caricature poussé à l’extrême. Personne n’en demandait autant à Glenn Powell. S’il s’était contenté de rester dans la lignée de son rôle dans Hit Man, l’excellente comédie policière de Richard Linklater, présentée à Venise en 2023, on aurait signé tout de suite. Ici, il s’avère un peu trop fade face aux enjeux et peine à être crédible en criminel retors. Le personnage incarné par Margaret Qualley est plus intéressant. Il oscille entre garce manipulatrice et femme amoureuse et l’actrice lui confère une ambigüité intéressante. Malheureusement, son personnage reste très secondaire, cantonné à la marge.
Enfin, la mise en scène de John Patton Ford est quasiment inexistante. Elle se contente d’illustrer l’intrigue, sans aucune aspérité, sans style. Comme quoi on peut porter le même patronyme qu’un grand cinéaste américain sans en avoir le talent. En même temps, John Patton Ford n’a aucun lien de parenté avec le réalisateur de La Prisonnière du désert et ne peut donc pas en revendiquer l’héritage artistique. Dommage…
En revanche, on connait l’arbre généalogique de Margaret Qualley, fille d’Andie MacDowell et de Paul Qualley, et celui de Raff Law, fils de Jude Law et Sadie Frost. On a déjà évoqué le rôle de la première, intéressante en femme fatale. Le second se fait remarquer grâce à sa forte ressemblance physique avec son célèbre papa, mais le rôle – la première victime de Becket – ne permet pas de se donner une idée de son talent d’acteur.

L’Ultime héritier est un remake qui n’apporte absolument rien au film original, auprès duquel il fait pâle figure. Si vous ne l’avez jamais vu, vous pourrez éventuellement le voir comme un aimable divertissement, en passant outre les défauts mentionnés. Cependant, il est fort à parier que la plupart des spectateurs trouveront le temps long face à cette succession répétitive de morts plus ou moins élaborées, à la morale douteuse. Pas de quoi grimper aux arbres… généalogiques.


L’Ultime héritier
How to make a killing

Réalisateur : John Patton Ford
Avec : Glenn Powell, Margaret Qualley, Jessica Henwick, Ed Harris, Bill Camp, Zach Woods, Topher Grace, Bianca Amato, Raff Law, Alexander Hanson, Sean Cameron Michael
Genre : Remake moins réussi que l’original
Origine : Royaume-Uni, France
Durée : 1h46
Date de sortie France : 25/03/2026

Contrepoints critiques :

”L’Ultime héritier ne casse pas trois pattes à un canard mais assure à peu près sa mission, grâce à toute la bonne volonté de Glen Powell et ses collègues, et quelques scènes amusantes.”
(Geoffrey Crété – Ecran Large)

”Un récit délicieusement cynique fait de pièges, de manipulations, de trahisons et de chantages, avec la lutte des classes à l’arrière-plan. Bien mal acquis ne profite jamais !”
(Stéphanie Belpêche – Le JDD)

”Un thriller comique ni vraiment drôle ni vraiment trépidant, qui essaye de se mesurer à l’indéboulonnable et so british Noblesse oblige. Bien essayé.”
(Robin Berthelot – aVoir-aLire)

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