Il est des films dont on ne sait pas trop, à la fin de la projection, ce qu’il faut en penser. Par exemple, They Will Kill You de Kirill Sokolov. Est-ce un film d’horreur ou une horreur de film ? Une comédie gore ou un nanar sanguinolent ? Un n’importe quoi génial ou du nawak gênant? Du lard ou du cochon ?
Pour le lard, c’est vite vu. Il y a assez peu de gras dans l’intrigue, même si la narration joue sur le morcellement et les flashbacks pour dévoiler ce que l’on comprend très vite par ailleurs.
La première scène montre deux soeurs, Asia (Zazie Beetz) et Maria (Myha’la Herrold), tenter de fuir le domicile familial et les assauts de leur beau-père. #balancetonporc. Malheureusement, celui-ci réussit à les rattraper. Asia lui tire dessus et prend la fuite, forcée de laisser derrière elle Maria. Dix ans plus tard, Asia se présente à la porte d’un vieil hôtel newyorkais, le Virgil, sous des trombes d’eau (un temps de cochon !). Elle vient d’y être embauchée comme femme de chambre et est accueillie par la manager, Lilith Woodhouse (Patricia Arquette). Celle-ci lui présente les lieux et les occupants, uniquement des personnes riches et appartenant à l’élite de la ville, dont un sale gosse de type bon Aryen, qui traite Asia de “Cochonne” (une curieuse façon de faire connaissance, sans doute un “porc salut”). Finalement, Asia est emmenée jusqu’à sa chambre. Elle a à peine le temps de poser sa valise, prendre une douche et commencer sa nuit qu’un groupe d’individus portant un masque de… cochon fait irruption dans la pièce pour l’agresser. Pas de bol pour eux, leur proie a du répondant. Dans sa valise, la nouvelle femme de chambre n’a pas apporté un plumeau et des produits ménagers, mais un fusil à pompe, un sabre, un marteau et quelques couteaux. Largement de quoi se défendre face aux petits cochons. On comprend qu’elle n’est pas venue là pour épousseter des vases Ming ou frotter le parquet. Asia est venue chercher sa petite soeur, dont toute trace a été perdue après son entrée dans le bâtiment. En revanche, elle ignore totalement où elle est tombée. Un allié inattendu va lui expliquer que le Virgil est en fait un temple dédié à Satan et que ses occupants pratiquent des sacrifices rituels pour s’attirer les bonnes grâces de leur maître. Et ce soir, l’offrande au grand méchant loup, c’est elle… La nuit va être longue.
Pour le cochon, on est bien dans le thème. Pas tellement côté érotisme, car sur ce point, le film est très pudique, hormis les activités des hôtes au deuxième étage du bâtiment (Satan l’habite). Certes, l’héroïne est assez jolie, mais comme elle semble experte en MMA et peut aisément vous trancher le chorizo en fines tranches, cela crée une certaine distance. En revanche, côté gore, c’est généreux. Il y a suffisamment de sang versé pour que l’on puisse faire du boudin, suffisamment de bidoche découpée, explosée, broyée, pour organiser un barbecue géant à Central Park. Et puis, il y a évidemment toutes ces allusions dont le film est truffé et que votre serviteur essaie de retranscrire en faisant l’andouille avec ses jeux de mots. Cela n’est pas du tout fortruie, pardon, fortuit, car tout ce trip (à la mode de Caen) autour des masques porcins trouve son explication vers la fin du film. Pour les illuminés de la secte du Virgil, Satan leur parle à travers une tête de porc plantée sur une pique. Ah! Ça vous en bouche un groin ! En tout cas, cela change de l’image traditionnelle de l’Antéchrist prenant la forme d’un bouc. Pour autant, c’est assez juste d’un point de vue religieux, puisque dans un passage de l’Évangile, Jésus expulse les démons du corps d’un homme pour les envoyer dans un troupeau de porcs, et que cet animal, dans certaines grandes religions, est jugé impur. Asia n’est pas le Christ, bien sûr, mais comme lui, elle a tendance à multiplier les pains… Simplement, les siens sont dans la figure.
Le problème, c’est que le scénario ne propose pas grand-chose d’autre. On se bastonne dans une pièce, puis dans une autre – la fameuse baston de berger de Justin Bridoux. Eventuellement, pour varier, on se livre à des courses-poursuites dans les couloirs techniques et les conduits d’aération, on se tire dessus au fusil à pompe. Ça n’arrête presque jamais, afin de faire oublier un scénario écrit avec les pieds (de cochon) et qui a tendance à prendre les spectateurs pour des jambons. Hélas, la stratégie ne fonctionne pas, la faute à la révélation précoce de la nature du pacte passé avec Satan, et à des twists prévisibles. Avant de faire le malin avec son découpage façon Tarantino, Kirill Sokolov aurait pu soigner un peu sa construction, jouer sur le mystère, faire monter la tension. Là, c’est une méthode de coch… pardon, de bourrin.
Evidemment, avec un tel principe narratif, on ne s’attendait pas non plus à du cinéma d’auteur austère. Sokolov n’est pas Tarkovski, ni Bresson, ni Pedro Costa. Pâté chiné, hum… pas Téchiné non plus. On peut prendre du plaisir devant ce métrage énervé et sanglant, à condition de ne pas être trop regardant et d’oublier en chemin toutes les références du cinéaste, avec lesquelles la comparaison fait mal (Kill Bill, The Raid, Rosemary’s Baby, Us,…). Le film est mené tambour battant, propose quelques bonnes idées (le globe oculaire baladeur), est porté par l’énergie des actrices principales, à qui il faut ajouter Patricia Arquette, de retour à l’horreur démoniaque, vingt-cinq ans après Stigmata, et Heather Graham, qui semble s’amuser à jouer à la bad girl.
Alors, They Will Kill You ? Lard ou cochon ? On vous laisse vous faire votre propre avis. On ne veut ni vous empêcher de le découvrir, ni vous le survendre. Sinon, vous allez dire qu’on es un sale ami… Ok, on arrête là cet exercice de jeux de mots pourtant admirâble (de lapin), sinon cette critique va finir en eau de boudin.
They Will Kill You
They Will Kill You
Réalisateur : Kirill Sokolov
Avec : Zazie Beetz, Myha’la Herrold, Patricia Arquette, Heather Graham, Paterson Joseph, Tom Felton, Angus Sampson, James Remar
Genre : comédie horrifique cochonne
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h34
Date de sortie France : 25/03/2026
Contrepoints critiques :
“Le gore est l’un des ingrédients promis sur l’affiche et dans la bande-annonce. On ne se moque pas du monde : ça gicle de partout avec quelques idées bien tordues. (…) They Will Kill You se démarque des sagas avec panache.”
(Caroline Vié – 20 minutes)
”A la fin, notre délivrance, on pense à une autre purge du même acabit : le sinistre (et heureusement oublié) Antebellum, sorti en 2020, avec lequel They Will Kill you partage une même rage anti-raciste à la tronçonneuse, masquant mal toute l’indigence de l’écriture. N’est (vraiment) pas Jordan Peele qui veut”
(Philippe Guedj – Le Point)
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