Cinéma | PROJET DERNIÈRE CHANCE – 12/20

Par Taibbo

De Phil Lord, Christopher Miller
Avec Ryan Gosling, Sandra Hüller

Chronique : Le titre français de Projet Dernière Chance est à l’image du film de Lord et Miller. Simple, basique, direct, il va droit au but (plus que son titre original, Project Hail Mary). Cette mission spatiale constitue littéralement la dernière chance de sauver l’humanité. Le film prend pourtant son temps pour se mettre en route, le scénario s’évertuant à expliquer dans le détail, et à grands coups de jargon scientifique, en quoi la Terre est en danger : le soleil se meurt, comme la plupart des étoiles, dévoré petit à petit par un mystérieux organisme appelé astrophage. Toutes sauf une : Tau Ceti, et il faut tenter de comprendre pourquoi.
Le récit est construit en flash-back. Il s’ouvre sur le docteur Ryland Grace (Gosling), se réveillant seul dans un vaisseau, sans se rappeler ce qu’il fait là. Puis, au fur et à mesure que la mémoire revient au scientifique, on retourne sur Terre pour découvrir son enrôlement dans une mission, ses recherches sur les astrophages et son départ dans l’espace. Ce n’est qu’après cette longue introduction que Projet Dernière Chance aborde réellement ce qui constitue le cœur du film : la rencontre, aux abords de Tau Ceti, entre Grace et un alien rocailleux qu’il va baptiser Rocky.
C’est un tournant dans la narration, car il faut alors au spectateur adhérer à cette relation qui se noue entre Grace et Rocky et accepter la facilité avec laquelle ils parviennent à trouver un langage commun et à communiquer. Cette facilité narrative n’est pas isolée, et le scénario fait fréquemment appel à des raccourcis bien pratiques pour faire avancer l’histoire, ce qui peut lui conférer une certaine artificialité, comme s’il lui fallait cocher les cases d’un cahier des charges et avancer coûte que coûte.
Il peut paradoxalement être plus intéressant de quitter les longs échanges du duo pour revenir sur Terre, où le personnage interprété par Sandra Hüller (Anatomie d’une chute) insuffle au film une dimension dramatique.
Cela dit, pour peu qu’on accepte le simplisme du scénario, il faut reconnaître à Phil Lord et Chris Miller un sacré savoir-faire. Pour leur retour au live action après leurs chefs-d’œuvre animés (Spider-Verse), ils réalisent une fresque SF aux paysages spatiaux splendides et délivrent de réels moments d’émerveillement, bien qu’on dénombre assez peu de scènes de bravoure. Ce pan spectaculaire de Projet Dernière Chance contraste avec la mise en scène intimiste au sein des vaisseaux, centrée sur la relation entre Grace et Rocky. Il faut également souligner l’extraordinaire travail d’animation autour de la créature, mi-marionnette, mi-CGI, à l’anthropomorphisme bluffant. À cela s’ajoute l’excellente musique originale de Daniel Pemberton et la pertinence des chansons qui l’accompagnent, pour achever de souligner l’excellence de la direction artistique.
Connus pour leur humour potache (les sagas Jump Street et Lego), le duo de réalisateurs adopte ici un ton plus enfantin, semblant confirmer qu’ils s’adressent aussi et surtout à un public plus jeune que d’ordinaire.
C’est une des limites de Projet Dernière Chance, et ce qui peut justifier le simplisme dont il fait preuve. Mais cette naïveté lui donne aussi du cœur. Si je suis passé à côté de l’émotion, pour n’avoir pas vraiment cru en cette amitié singulière, il faut admettre que c’est une jolie histoire, une fable extra-terrestre qui sait être mignonne sans être mièvre. Il lui manque cependant trop de fond et de consistance pour rentrer dans le cercle des grands films SF contemporains et s’asseoir à la table d’Interstellar ou, plus encore, de Premier Contact, à mes yeux la référence du genre.
Il faut cependant mettre au crédit de Projet Dernière Chance que ce n’est ni une suite, ni un remake, mais une œuvre originale et ambitieuse, certes produite par un streamer (Amazon), mais pensée pour le grand écran. On ne peut que se réjouir de son succès et de sa capacité à attirer et rassembler plusieurs générations dans une même salle de cinéma.

Synopsis : Ryland Grace, professeur de sciences, se réveille seul à bord d’un vaisseau spatial, à des années-lumière de la Terre, sans aucun souvenir de son identité ni des raisons de sa présence à bord. Peu à peu, sa mémoire lui revient, et il comprend l’enjeu de sa mission : résoudre l’énigme de la mystérieuse substance qui cause l’extinction du Soleil. Pour tenter de sauver l’humanité, il va devoir faire appel à ses connaissances scientifiques et à des idées peu conventionnelles … Mais une amitié inattendue pourrait bien l’aider à ne pas affronter cette mission tout seul.