Agatha Christie a déjà vu son oeuvre portée sur grand écran une vingtaine de fois, dont pour les plus intéressants "Témoin à Charge" (1957) de Billy Wilder, "ABC contre Hercule Poirot" (1966) de Frank Tashlin ou "Dix Petits Nègres" (1974) de Peter Collinson, mais cette fois il s'agit de la première adaptation de son roman éponyme (1934) qui, rappelons-le a été inspiré à la romancière par deux drame, en 1929 un incident sur le trajet de l'Orient-Express qui resta bloqué par un blizzard pendant six jours à moins vingt degrés, puis en 1932 le fameux et tragique kidnapping du bébé de Charles Lindberg. Le projet est porté par John Brabourne (gendre d'un certain Lord Mountbatten) producteur déjà oscarisé pour "Roméo et Juliette" (1968) de Franco Zeffirelli et qui le sera encore pour "La Route des Indes" (1984) de David Lean. La réalisation est confiée à Sidney Lumet réalisateur auquel on doit déjà plusieurs chefs d'oeuvre comme "Douze Hommes en Colère" (1957), "Point Limite" (1964) ou "Serpico" (1973). Le scénario est écrit par Paul Dehn scénariste sur "Goldfinger" (1964) de Guy Hamilton, "L'Espion qui venait du Froid" (1965) de Martin Ritt ou "La Mégère Apprivoisée" (1967) de Franco Zeffirelli, puis par Anthony Shaffer remarquée pour son travail sur "Le Limier" (1972) de J.L. Mankiewicz d'après sa propre pièce, "Frenzy" (1972) derAlfred Hitchcock et "The Wicker Man" (1973) de Robin Hardy et surtout va adapté encore trois autres prochains Agatha Christie avec les futurs "Mort sur le Nil" (1978) de John Guillermin, "Meurtre au Soleil" (1982) de Guy Hamilton et "Rendez-Vous avec la Mort" (1988) de Michael Winner. Le film porté par un casting d'étoiles pour tapis rouge est nommé à six reprises aux Oscars, mais ne remportera qu'une seule statuette avec l'Oscar de la Meilleure actrice dans un second rôle pour Ingrid Bergman... En visite à Istanbul, Hercule Poirot embarque sur l'Orient-Express invité par un ami, directeur de la ligne de chemin de fer. Il est joint par un mystérieux monsieur Ratchett, un homme richissime qui se croit menacé de mort mais Poirot refuse de lui servir de garde du corps. Malheureusement ce dernier est retrouvé mort dans sa cabine. Poirto se voit contraint de mener l'enquête alors que le train est bloqué par le blizzard...
Hercule Poirot est incarné par Albert Finney révélé dans "Tom Jones" (1963) de Tony Richardson, et qui va continuer encore longtemps d'écumer le Septième Art avec encore "Les Duellistes" (1977) de Ridley Scott, "Big Fish" (2003) de Tim Burton ou "Skyfall" (2012) de Sam Mendes. Citons ensuite Lauren Bacall révélation et muse de Humphrey Bogart depuis "Le Port de l'Angoisse" (1944) et "Le Grand Sommeil" (1946) tous deux de Howard Hawks, Ingrid Bergman légende depuis "Casablanca" (1942) de Michael Curtiz, "Les Enchaînés" (1946) de Alfred Hitchcock ou "Stromboli" (1950) de Roberto Rosselini et qui retrouve après "Aimez-vous Brahms ?" (1961) de Anatole Litvak ses partenaires Anthony Perkins et Jean-Pierre Cassel qui se trouvent tous deux aussi dans "Paris brûle-t-il ?" (1966) de René Clément, tandis que Cassel retrouvera dans "La Cérémonie" (1995) de Claude Chabrol l'actrice Jacqueline Bisset, Perkins la retrouve juste après "Juge et Hors-la-Loi" (1972) de John Huston, Perkins retrouve également après "Psychose" (1960) de Hitchcock l'acteur Martin Balsam qui retrouve de son côté après "Le Dossier Anderson" (1971) de Sidney Lumet l'acteur Sean Connery star 007 de 1962 à 1983 et qui retrouvera dans "Le Nom de la Rose" (1986) de Jean-Jacques Annaud l'acteur Vernon Dobtcheff qui retrouve également après "Marie Stuart, Reine d'Ecosse" (1971) de Charles Jarrott la star Vanessa Redgrave qui embarquera à nouveau dans "Sherlock Holmes attaque l'Orient-Express" (1976) de Herbert Ross et incarnera la romancière dans "Agatha" (1979) de Michael Apted, elle retrouve encore Jean-Pierre Cassel après "Ah Dieu ! Que la Guerre est Jolie" (1969) de Richard Attenborough ainsi que John Gielgud avec aussi "La Charge de la Brigade Légère" (1968) de Tony Richardson, puis il retrouvera dans "Elephant Man" (1980) de David Lynch l'actrice Wendy Hiller qui était avec Vanessa Redgrave dans "Un Homme pour l'Eternité" (1966) de Fred Zinnemann, citons ensuite Michael York qui retrouvera Jean-Pierre Cassel dans le dyptique "Les Trois Mousquetaires" (1973-1974) de Richard Lester, et retrouve après "La Mégère Apprivoisée" (1967) de Franco Zeffirelli l'acteur Vernon Dobtcheff qui retrouve encore George Coulouris après "Assassinats en Tous Genres" (1969) de Basil Dearden, n'oublions pas la victime Richard Widmark légende de l'Âge d'Or qui retrouve après "Les Drakkars" (1963) de Jack Cardiff son partenaire Colin Blakely qui était justement dans "Un Homme pour l'Eternité" (1966) et retrouvera Agatha Christie et Hercule Poirot dans "Meurtre au Soleil" (1983) de Guy Hamilton à l'instar de Denis Quilley... Le style Cluedo de Agatha Christie est le premier atout, un matériau d'origine solide dont le canevas bien connu a ses fans, mais finalement le véritable atout reste le casting quatre étoiles avec une quinzaine de stars de tous horizons et de génération différente qui font tout le sel du film. Des stars qui incarnent un panel de personnages tous aussi énigmatiques les uns que les autres, et des stars assez renommées pour se demander qui est le coupable... exception faites de quasi tout lecteur qui se respecte tant les oeuvres de Agatha Christie sont d'ores et déjà connues par le spectateur.
Mais une telle collection de stars a ses travers, ici le charisme et le charme s'imposent ou pas, et on constate donc que certain ou certaines passent quasi inaperçues et/ou sont trop effacées face à d'autres qui vampirisent l'écran. Ainsi, entre autre, Jacqueline Bisset ou Michael York font bien pâle figure face à Ingrid Bergman ou Lauren Bacall. Par là même on peut saluer ceux qui ont su s'imposer malgré des personnages peu important voir invisible comme l'excellent Jean-Pierre Cassel, tandis qu'un Anthony Perkins semble encore habité par Norman Bates ("Psychose"...). Mais le film reste d'une belle fidélité au roman (exception faite de deux petits paramètres), ce qui ne sera pas le choix de la future nouvelle adaptation "Le Crime de l'Orient-Express" (2017) de et avec Kenneth Branagh. Sidney Lumet offre une réalisation classieuse et élégante, à l'image de ce qu'on peut imaginer pour un tel récit et qui a dû le changer après le plus nerveux et moderne "Serpico" (1973). On aurait aimé un Hercule Poirot à l'aspect moins maladif, la faute à un maquillage figé pour vieillir un acteur trop jeune pour le rôle. Néanmoins on passe un très bon moment malgré une histoire trop capillotractée mais là, on est au courant avant de voir le film.
Note :