Cinéma | PILLION – 14,5/20

De Harry Lighton
Avec Harry Melling, Alexander Skarsgård

Cinéma PILLION 14,5/20

Chronique : La comédie romantique la plus singulière et la plus subversive qu’il vous sera donné de voir cette année.
Pillion est une histoire d’amour gay BDSM, des mots qu’on ne s’attend pas vraiment à voir associés. Alors forcément le film de Harry Lighton est transgressif, mais il s’avère aussi et surtout d’une épatante épaisseur émotionnelle.
Dans un style marqué par le cinéma social britannique, le néo-réalisateur évite toute posture provocatrice. Il s’appuie sur une écriture fine et brillante, un montage intelligent qui structure la chronologie du récit, et une mise en scène épurée pour illustrer des dynamiques sentimentales et de désir complexes, car non conventionnelles. Cela donne vie à un récit d’apprentissage au cours duquel Colin, jeune policier anglais solitaire, rencontre le sculptural Ray qui, à sa grande surprise, va lui faire découvrir les codes d’une communauté de bikers BDSM et en faire son soumis, lui permettant par la même occasion de mieux se connaître lui-même.
Certes, Pillion n’est pas à mettre sous tous les yeux, et on évitera par exemple de le proposer en film du dimanche soir à ses parents. Mais si son auteur dresse un portrait cru et explicite de cette communauté, à aucun moment il ne juge — et encore moins ne se moque — de ce style de vie et de cette manière de vivre sa sexualité. Son film est une plongée dans un monde à part, aux pratiques extrêmes et non conformistes, mais où le consentement est le mot-clé, quand bien même les relations peuvent apparaître violentes ou toxiques aux yeux des personnes extérieures.
À l’écran, Lighton montre des scènes très crues, plus sexuelles que sexy, très graphiques. Mais il se passe quelque chose d’assez rare dans les regards d’Alexander Skarsgård et Harry Melling : l’alchimie entre eux crée une connexion immédiate entre Colin et Ray, une évidence qui n’a de prime abord rien d’évident. Les deux comédiens s’effacent totalement derrière leurs personnages, s’y abandonnent sans fausse pudeur et nous donnent les clés pour les comprendre.
Cela est sans doute possible parce que paradoxalement, à côté des scènes très cul, Lighton embrasse pleinement les codes de la romcom pour raconter ce couple atypique, alternant entre les passages BDSM et des moments mignons, drôles (Pillion est souvent drôle), tristes ou attendrissants.
Audacieux, cul-lotté et réussi.

Synopsis : Colin, un jeune homme introverti, rencontre Ray, le séduisant et charismatique leader d’un club de motards. Ray l’introduit dans sa communauté et fait de lui son soumis.