2 much
On ne saura jamais si ce sont les producteurs Weinstein de Miramax qui décidèrent de couper le film en deux volumes ou si c’était un choix artistique de Tarantino. Condamné à couper pour entrer sur un format 2h30 ou en faire deux ce qui permettait à Miramax d’exploiter au maximum sa plus grosse pépite ; on ne le saura peut-être jamais. Toujours est-il que le montage fait le job tant les deux volumes sont différents
Que s’était-il passé dans le Volume 1 : Laissée pour morte après un massacre dans une chapelle où avait lieu son mariage, l’ancienne tueuse à gages Black Mamba savoure sa vengeance en se préparant à éliminer ses bourreaux Budd, Elle Driver et leur chef Bill qu’elle se réserve pour la fin.
Kill Bill vol. 2 est surprenant... c’est le mot qui convient... surprenant comme le fut Kill Bill vol. 1 aux yeux des aficionados de Tarantino qui ne se sont pas encore remis de cette première partie en forme de spectacle jouissif totalement décomplexé. Cette fois-ci, Tarantino surprend ceux qui attendaient de sa part une deuxième partie dans le prolongement du vol.1, car c’est tout l’inverse qu’il nous propose en prenant le spectateur à rebrousse-poil. La scène de combat principal de chaque volume illustre à merveille le fossé qui sépare les deux épisodes. Le premier est fantaisiste, spatial, irréel comme le combat titanesque qui oppose la Mariée aux Crazy 88’s dans l’immense décor de la House of Blues, le second est brutal, claustrophobe et bien plus ancré dans la réalité à l’image de l’affrontement chaotique entre la Mariée et Elle Driver dans le décor étriqué d’un mobile-home !
Dans le volume
2, la réalité reprend ses droits, les masques tombent, les super-héros
deviennent des êtres de chair et de sang... l’exutoire de la
vengeance laisse place à la douleur et à la tragédie. Logiquement, le film se
recentre sur les personnages afin de développer les tenants et aboutissants
suggérés dans le vol. 1. Le film est donc beaucoup plus posé et là
où le premier Kill Bill s’apparentait à un immense hommage au
film martial asiatique, le second est une déclaration d’amour envoyée au
western italien des deux Sergio... Leone et Corbucci. Tarantino, en livrant un récit plus terre à terre,
n’abandonne pas pour autant les expérimentations - légions dans le vol. 1 -,
du black out claustrophobe particulièrement éprouvant inspiré du Frayeurs de
Lucio Fulci avec un Michael Madsen tout aussi sadique que dans Reservoir
dogs, au changement de
format de l’image afin de mieux souligner le propos d’une scène, le film
déborde d’idées, même si, pour le coup, Tarantino reprend son habitude de
livrer des dialogues à rallonge, parfois pour le meilleur (le passage où Bill
discourt sur la mythologie de Superman), parfois pour rien (la
rencontre entre la Mariée et Esteban Vihaio)...
Moins immédiat et surprenant que son prédécesseur, Kill Bill vol. 2 n’en
reste pas moins une sacrée leçon de cinéma et une conclusion de haut niveau.
Revu avec le fiston pour une 3ème vision en 22 ans....
Sorti en 2004
Ma note: 17/20