La grazia

Par Dukefleed

Un bel idéal politique

Mario De Santis, Président de la République Italienne de fiction, est en fin de mandat. Dans les 6 mois qu’il lui reste, il va devoir prendre des décisions cruciales le mettant en face de ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement explosif sur l’euthanasie.

Ce film politique active un brin de nostalgie en présentant un homme politique qui aujourd’hui semble tellement daté ; mais qui pourrait cependant être un modèle. Paolo Sorrentino nous montre frontalement la solitude de l’exercice du pouvoir et un homme en proie au doute quand il doit prendre des décisions impactant la nation. On y voie la réflexion sans cesse à l’œuvre chez ce personnage qui n’aurait rien à envier à un François Mitterrand dans la maitrise du verbe et l’intelligence dans l’action. Et on voie un rôle différent du cadre constitutionnel français dévolu au Président ; ici, en Italie, il a un rôle de sage et de régulateur qui lui impose une autre gestion du temps. Ce film est autant l’éloge de la lenteur que de la nécessaire prise de temps pour décider. Rôle si difficile à tenir quand on est au centre du jeu politique, tiraillé, et surtout assisté en permanence. Et là on se souvient de Hollande qui disait au combien il était compliqué d’être un Président normal quand tout autour tourne de soit. Ce film est donc tout autant politique qu’humaniste.

Et puis, ce Président doit tirer sa révérence et laisser sa place ; il y parviendra avec beaucoup d’élégance ; mais qu’il semble alors ardu d’inventer sa vie d’après. Qui de mieux pour incarner cet homme que l’acteur fétiche de Sorrentino ; Toni Servillo, comme à son habitude est sidérant de justesse et ce jusque dans les parenthèses improbables et décalées dont Sorrentino a le secret. Et puis chaque mot, chaque silence est pesé par Servillo, qui apporte humanité, humilité et éthique nécessaires à ce Président, dont le tempérament est loin, très loin, de celui des principaux chefs d’État actuels.

Pour conclure, c’est une méditation éblouissante et profonde sur la solitude du pouvoir, et, une fois n'est pas coutume, sur la noblesse de la politique. Et ça fait beaucoup de bien dans le chaos mondial actuel prônant la loi du plus fort.

Sorti en 2026

Ma note: 18/20