Kontinental'25

Kontinental'25Un mal national voire Kontinental

Orsolya, huissière de justice en Roumanie, doit expulser un sans-abri d’un sous-sol d’un immeuble du centre-ville destiné à devenir un hôtel de luxe. Mais l’homme se suicide ; s’en suis une quête de sens de la part de l’huissière qui se trouve confronter à ses états d’âme et à une culpabilité difficile à gérer. Radu Jude profite des rencontres de cette femme durant ces quelques jours pour livrer une radiographie de son pays ; et peut-être même de l’Europe, qui sait !!! Sous forme de conte philosophique, son voyage intérieur est accompagné par une succession de rencontre lui permettent de faire un bout de chemin moral. Parmi ces rencontres donnant lieu souvent à un long dialogue en plan fixe : son mari, un allié ; ses collègues, embêtés ; sa mère, nationaliste et raciste ; un livreur, zen ou fataliste ; et un prêtre, orthodoxe. Ces rencontres permettent d’élargir la focale et de passer du microscope du drame intérieur au panorama d’une société en perte de repère. Et de toutes ces rencontres, la plus savoureuse même s’il s’agit de la plus terne en terme de mise en scène est celle avec une amie humaniste livrant un bilan sans issue quant à sa propre charité. Tourné avec un Iphone 15 et peu de moyens en quelques jours ; la mise en scène est à l’image du tournage, pauvre et ennuyeuse. Mais on apprend beaucoup de la Roumanie, dont la rivalité avec la prestigieuse et prétentieuse Hongrie. Et de localiser l’action à Cluj au cœur de la Transylvanie permet d’accentuer la perte de repère ; dans cette région, carrefour culturel au cours de l’Histoire avec une très forte multiplicité culturelle, les populations locales peinent à identifier leur Nation. A l’image de nombreuses populations européennes en perte de repère et de sens. Mais c’est surtout pour Radu Jude l’occasion de tirer à boulet rouge sur son pays : la corruption, l’hypocrisie religieuse et les ravages du nationalisme. Ce pays nie l’intérêt commun, brade son paysage urbain, broie ses habitants et dénigre les valeurs de justice et de vérité : c’est le bilan que tire son auteur de son propre pays.

Intéressant pour bien comprendre certains enjeux roumains en mode conte ; le talent de Kaurismaki en moins.

Sortie en 2025

Ma note: 12/20