Les Chambres Rouges (2023) de Pascal Plante

Un film méconnu chez nous (sortit en salles en France mais passé inaperçu avec seulement 30000 entrées), qui m'a interpellé tant les notes sur divers sites sont plutôt bonnes et surtout, qui aurait reçu une ovation au Festival international du film de Karlovy Vary 2023, sans compter des prix d'interprétation au 25ème Gala Québec Cinéma. Il s'agit d'un troisième long métrage du réalisateur-scénariste Pascal Plante après "Les Faux Tatouages" (2017) sur une idylle adolescente et "Nadia, Butterfly" (2020) un drame psycho-sportif. Avec ce projet le cinéaste veut s'intéresser au phénomène singulier et incompris des "groupies" de serial-killer, une sorte de syndrome de Stockholm post-crime où des femmes tombent folles amoureuse des pires criminels. Le cinéaste précise : "C'est immanquable : aussi abject soit le meurtrier, il se fera courtiser par bon nombre d'admiratrices (Charles Manson recevait toujours environ 20000 lettres par année, incluant des demandes en mariage quotidiennes, jusqu'à sa mort en 2017). Et cette fascination débute dès l'arrestation du suspect. A chaque procès médiatisé, c'est inévitable : des "groupies" s'ameutent dans les salles d'audience. Et elles sont majoritairement des femmes. Mais qui sont-elles ?" Le film est interdit au moins de 12 ans... Deux jeunes femmes se réveillent chaque matin aux portes du palais de justice de Montréal pour assister au procès hypermédiatisé d'un tueur en série. Elles se rencontrent et font connaissance, Kelly-Anne est énigmatique et semble enquêter de son côté, tandis que Clémentine appelle le mis en cause par son prénom et le soutien obstinément... 

Kelly-Anne est interprétée par Juliette Gariépy (ressemblance frappante avec notre Anaïs Demoustier) apparue dans "Boost" (2016) de Darren Curtis puis plus récemment dans "Deux Femmes en Or" (2025) de Chloe Robichaud et "Mile End Kicks" (2025) de Chandler Levack, tandis que Clémentine est jouée par Laurie Fortin-Babin surtout vue à la télévision dont la série TV "La Vie Compliquée de Léa Olivier" (2020-2023). Citons ensuite Elizabeth Locas aperçue notamment dans "Filière 13" (2009) de Patrick Huard ou "Chien et Chat" (2024) de et avec Reem Kherici, Natalie Tannous vue dans "Antigone" (2020) de Sophie Deraspe, "La Face Cachée de Baklava" (2020) de Maryanne Zéhil ou "Montréal Girls" (2025) de Patricia Chica, Frederick de Grandpré aperçu dans "Source Code" (2011) de Duncan Jones ou à la télévision avec "La Cordonnière" (2023) de François Bouvier, Pierre Chagnon surtout remarqué dans "J'ai tué ma Mère" (2009) et "Laurence Anyways" (2012) tous deux de et avec Xavier Dolan, Guy Thauvette apparu dans "Arrête-Moi si tu Peux" (2002) de Steven Spielberg, "L'Instinct de Mort" (2008) de Jean-François Richet; "Pieds Nus dans l'Aube" (2017) de Francis Leclerc ou "Mafia Inc." (2020) de Daniel Grou, puis enfin n'oublions pas le Serial Killer incarné par Maxwell McCabe-Lokos aperçu dans "Une Fiancée pas comme les Autres" (2007) de Craig Gillepsie, "Max Payne" (2008) de John Moore ou "Wolves" (2015) de David Hayter... Le film débute dans le pur film judiciaire, dans une atmosphère aussi anxiogène qu'austère, très codifié et très didactique qui impose un style et une volonté d'être réaliste sur un sujet très difficile, à savoir le Serial Killer et des crimes horribles inimaginables en soitque subissent aussi les proches des victimes lors du procès. Cette première partie demeure néanmoins trop longue et très-trop sur-explicative. Ensuite on constate que le film se focalise sur trois femmes, une mère détruite mais combative, une jeune femme qui soutient mordicus le mis en cause et une jeune femme mannequin et hackeuse dont on ne sait pas très bien ce qu'elle cherche. On constate surtout que le film a très peu de moyen, des décors minimalistes dont une salle d'audience étonnamment immaculée forcément plus proche d'un film d'anticipation que d'un véritable tribunal, des lieux restreints qui se résument quasiment à la salle d'audience, l'appartement et la rue devant la maison, et un casting parlant tout aussi limité. Mais surtout on n'a bien du mal à comprendre le réalisateur-scénariste lui-même dont on se demande si il comprend lui-même ce qu'il a écrit ! En effet Pascal Planté annonce "Sans vouloir trop cantonner ma protagoniste dans un diagnostic psychiatrique, Kelly-Anne penche néanmoins vers le côté sociopathe du spectre ; vers l'hybristophilie (la paraphilie de quelqu'un qui est stimulé par des crimes atroces)." Mais dans le récit Kelly-Anne/Gariépy n'a rien de psychologiquement instable, alors qu'au contraire, Clémentine/Babin est justement l'incarnation de ces femmes "groupies" au centre de la réflexion originale du cinéaste.

Ainsi où comment et pourquoi Pascal Plante veut-il nous amener ?! Ne semble-t-il pas perdu dans son propre scénario ?! Plus on avance dans le film et plus tout devient confus, décousu pour ne pas dire hors-sujet... ATTENTION SPOILERS !... le thème est annoncé comme étant les femmes "groupies" de serial killer, mais Clémentine disparaît bizarrement de l'histoire en milieu de film, tandis que Kelly-Anne s'avère une hackeuse enquêtrice qui joue au poker puis intègre le Dark Web avant de soudainement passer à l'action avec génie : en effet comment trouve-t-elle la vidéo et les enchères en découlant aussi vite ?!... FIN SPOILERS !... Ainsi le film offre un sursaut d'intérêt avec l'arrivée dans le récit du le Dark Web (Tout savoir ICI !) mais une arrivée presque par magie qui n'a finalement d'intérêt que le fantasme qui entoure cette entité du web. La mise en scène est trop figée également, malgré quelques plans séquences la réalisation est aussi austère et froide que les décors, ses personnages sans nuances et caricaturales ou ce scénario aussi fouilli qu'inepte. Le seul paramètre savoureux revient au pseudo de Kelly-Anne, "LadyOfShalott", référence non anodine au poème The Lady of Shalott (1833) de Alfred Tennyson. Précisons que si le film est interdit au moins de 12 ans c'est pour l'effet psychologique et moral suggéré, on ne voit absolument rien des crimes. En conclusion, un film dont on ne comprend absolument pas les hommages reçus (voir tout en haut), un film au scénario inconséquent et mal construit, dans une mise en scène faussement inspirée et soporifique. A oublier et à ne pas conseiller.

Note :                 

Chambres Rouges (2023) Pascal Plante

06/20