Après deux premiers films passés inaperçus avec "La Reine du Mal" (1974) et "La Main du Cauchemar" (1981) le vétéran de la Guerre du Vietnam Oliver Stone accepte d'écrire pour les autres, ainsi il signe les succès "Midnight Express" (1978) de Alan Parker, "Conan le Barbare" (1982) de John Milius ou "Scarface" (1983) de Brian De Palma. Mais son rêve est de réaliser son film sur ce qu'il a vécu lors de la guerre du Vietnam où il a été blessé lui-même deux fois ; d'ailleurs à son retour il s'est inscrit en école de cinéma où il avait pour prof un certain Martin Scorcese, études durant lesquelles il a réalisé "Dernière Année eu Viêt-Nam" (1971). Finalement il écrit encore pour un nouveau chef d'oeuvre "L'Année du Dragon" (1985) de Michael Cimino, puis surtout il écrit et réalise "Salvador" (1986) en acceptant de ne pas être payé en échange d'un budget de 6 millions de dollars pour enfin réaliser le film de guerre de ses rêves. Un budget qui reste dérisoire pour un tel projet comparé au grand classique du genre à 30 millions de dollars de budget avec "Apocalypse Now" (1979) de Francis Ford Coppola et les prochains "Full Metal Jacket" (1987) de Stanley Kubrick. Le titre en V.O. signifie en fait en V.F. Peloton, provenant du vieux français "ploton", qui fait référence à la plus petite formation militaire et qui, dans l'inconscient collectif, renvoie aussi au plus funeste "peloton d'exécution". Le film est un succès mondial, reçoit un accueil dithyrambique avec en prime 4 Oscars dont meilleur film et meilleur réalisateur qui lance enfin la carrière du réalisateur, et Oliver Stone en profitera pour créer sa trilogie sur le Viêtnam avec les futurs "Né un 4 Juillet" (1989) et "Entre Ciel et Terre" (1993). Notons que suite au succès du film sort dans la foulée la série TV "L'Enfer du Devoir" (1987-1990) directement inspiré par "Platoon". Le film est interdit au moins de 17 ans non accompagné aux Etats-Unis, interdit au moins de 12 ans en France... Septembre 1967, Chris Taylor, 19 ans, rejoint la compagnie Bravo du 25ème Régiment d'infanterie près de la frontière cambodgienne. Issu d'un famille bourgeoise et engagé volontaire il est un cas particulier au sein de la troupe où la plupart sont aux antipodes de ses idéaux. Bientôt il découvre toutes les illusions de la guerre, et devient le témoin d'une confrontation intestine violente entre le sergent-chef Barnes et le sergent Grodin...
Le jeune soldat Chris Taylor est joué par Charlie Sheen remarquée dans "L'Aube Rouge" (1984) de John Milius ou "La Folle Journée de Ferris Bueller" (1986) de John Hugues et qui va devenir une star en confirmant justement avec Oliver Stone aussitôt après avec "Wall Street" (1987-2010), et retrouvera plus tard dans "Dans le Tête de Charles Swan III" (2013) de Roman Coppola son partenaire Richard Edson remarqué dans "Stranger than Paradise" (1984) et qui replonge dans cette guerre dans "Good Morning Vietnam" (1987) de Barry Levinson à l'instar de Forest Whitaker apparu dans "La Couleur de l'Argent" (1986) de Martin Scorese et qui va trouver son premier grand rôle juste après dans "Bird" (1988) de Clint Eastwood dans lequel il retrouvera son camarade Keith David révélé dans "The Thing" (1982) de John Carpenter ainsi que Tony Todd futur personnage emblématique des deux sagas "Candyman" (1992-2021) et "Destination Finale" (2000-2025). Citons ensuite les deux sergents avec Tom Berenger vu dans "Les Chiens de Guerre" (1980) de John Irvin ou "Les Copains d'Abord" (1983) de Lawrence Kasdan, puis Willem Dafoe vu dans "Les Prédateurs" (1983) de Tony Scott ou "Police Fédérale Los Angeles" (1985) de William Friedkin, les deux acteurs se recroiseront justement dans "Né un 4 Juillet" (1989) à l'instar de John C. McGinley qui retrouvera encore plusieurs fois Oliver Stone avec "Wall Street" (1987), "Conversations Nocturnes" (1988), "Nixon" (1995) et "L'Enfer du Dimanche" (1999), retrouvera donc Mark Moses qui retrouvera Tom Berenger dans "Traquée" (1987) de William Friedkin et "Gettysburg" (1993) de Ronald F. Maxwell, et surtout sera donc dans "Né un 4 Juillet" (1989) suivi de "The Doors" (1991) encore de Oliver Stone où sera aussi Kevin Dillon qui retrouvera John C. McGinley dans "Section 44" (1992) de Keith Gordon, citons encore Reggie Johnson vu ensuite dans "Le Proviseur" (1987) de Christopher Cain ou "Private War" (1988) de Frank de Palma, Johnny Depp alors débutant remarqué dans "Les Griffes de la Nuit" (1984) de Wes Craven et qui retrouvera Willem Dafoe dans "Cry-Baby" (1990) de John Waters avec entre temps le succès de la série Tv "21 Jump Street" (1987-1990) et sa véritable reconnaissance avec "Edward aux Mains d'Argent" (1990) de Tim Burton, n'oublions pas Dale Dye, ancien GI durant la guerre du Vietnam devenu conseiller technique sur les tournages et qui apparaît dans plusieurs films comme "Outrages" (1989) de Brian De Palma, "Il faut sauver le Soldat Ryan" (1998) de Steven Spielberg ou "L'Enfer du Devoir" (2000) de William Friedkin, puis enfin le caméo du réalisateur lui-même, Oliver Stone apparaissant en officier... Le film nous plonge dans l'enfer du Vietnam via une base et au sein d'un peloton de GI's dont on perçoit les problématiques assez vite sans jamais être trop explicatif. Ainsi on a évidemment le jeune idéaliste Chris/Sheen, mais aussi un officier incompétent qui se repose sur ses deux sergents, Barnes/Berenger et Grodin/Dafoe qui sont deux antagonistes qui va doucement virer à la haine, puis il y a la minorité afro-américaine avec des soldats plus ou moins investis. Le réalisateur impose un scénario assez basique à première vue, mais très réaliste qui sème plusieurs messages ou à propos qui sont avant tout les réflexions et/ou les interrogations des soldats.
Pour accentuer l'authenticité les acteurs ont dû suivre un entraînement militaire, tandis que la B.O. s'avère tout aussi importante (les GI's afro-américains n'écoutant pas la même musique que les blancs) avec des artistes mythiques des années 67-68 comme Smokey Robinson, The Doors, Aretha Franklin, Percy Sledge ou Otis Redding. Dans ce film les pensées des soldats, leur ressenti, leur quotidien a autant d'importance que les séquences purement guerrières, Oliver Stone veut rester au plus près du terrain et des hommes, il est donc plus terre à terre, plus direct que la plupart des autres films du genre ; par exemple "Apocalypse Now" est un opera cultissime, "Hamburger Hill" nous montre la boucherie d'une mission perdue d'avance, "Outrages" par avant tout d'un crime de guerre... etc... Mais le film impose une vision bilatérale aussi, symbolisée par la confrontation des deux sergents, Barnes/Berenger étant un soldat prêt à tout pour que son pays, son armée gagne et s'impose, il ne se pose pas de question quant aux ordres tant qu'ils vont dans son sens, tandis que Grodin/Dafoe est un soldat revenu de tout, qui ne croit plus ni à cette guerre ni à une victoire et s'efforce de sauvegarder son humanité perdu dans le chaos. Ce duel est d'autant plus frappant que le casting est à l'époque particulièrement judicieux, en effet Oliver Stone ces deux acteurs alors en contre emploi, Tom Berenger était alors un acteur surtout abonné au rôle de gentil, à la manière du héros américain le cinéaste lui a alors offert le rôle du sergent psychopathe Barnes, a contrario, Willem Dafoe était plutôt vu dans des rôles de méchants il a donc obtenu le rôle de Grodin la conscience morale du peloton. C'est la vraie bonne idée du film. Et enfin, le réalisateur montre qu'il sait être objectif, il n'atténue pas les exactions des uns ou des autres, jusqu'à une scène difficile qui renvoie au tristement célèbre Massacre de My Lai (Tout savoir ICI !). Le film reste d'un réalisme idéal, historiquement valable, et demeure donc la référence en ce qui concerne cette guerre du Vietnam. A voir et à conseiller.
Note :
![]()
![]()
![]()
![]()