Troisième long métrage de la marocaine Maryam Touzani après "Adam" (2019) et "Le Bleu du Caftan" (2022). Ce projet lui a été inspiré par un deuil personnel, à la mort de sa mère fin 2023 qui était d'origine espagnole. Ainsi le film est en langue espagnole contrairement à l'arabe de ses premiers films, tandis que le personnage principal est inspiré de sa grand-mère andalouse. Comme à son habitude, la réalisatrice-scénariste collabore à nouveau avec son producteur-scénariste Nabil Ayouch son époux à la ville et pour qui elle est également une collaboratrice régulière comme sur "Razzia" (2017) et "Everybody Loves Touda" (2024)... Maria Angeles est une espagnole de 79 ans vit seule à Tanger au nord du Maroc où elle vit quasi depuis toujours. Sa vie bascule lorsque sa fille Clara arrive de Madrid pour lui dire qu'elle veut vendre son appartement comme la loi l'autorise. Mais déterminée à rester chez elle Maria va tout mettre en oeuvre pour garder son logement et récupérer les objets de sa vie...
Maria Angeles est incarnée par la star espagnole Carmen Maura, actrice fétiche de Pedro Almodovar mais vue aussi dans des films comme "Le Bonheur est dans le Pré" (1995) de Etienne Chatiliez, "Le Harem de Madame Osmane" (2000) de Nadir Moknèche, "Free Zone" (2005) de Amos Gitaï, "Tetro" (2009) de Francis Ford Coppola, "Les Femmes du 6e Etage" (2011) de Philippe Le Guay ou "Les Sorcières de Zagarramurdi" (2013) de Alex de La Iglesia. Sa fille est jouée par Marta Etura vue dans "Cellule 211" (2009) de Daniel Monzon, "Malveillance" (2010) de Jaume Balaguero ou "L'Homme aux Mille Visages" (2016) de Alberto Rodriguez. Citons ensuite Ahmed Boulane surtout connu comme un des meilleurs réalisateurs marocains avec notamment "Ali, Rabiaa et les Autres..." (2000), "Les Anges de Satan" (2007) ou "Le Retour du Fils" (2011), Miguel Garcès vu dans "Les Repentis" (2022) et "L'Affaire" (2024) tous deux de Iciar Bollain ou "Les Dimanches" (2025) de Alauda Ruiz de Azua, Maria Alfonsa Rosso qui retrouve Carmen Maura après "Volver" (2006) de Almodovar puis vue plus tard dans "Rec 4" (2014) de Jaume Balaguero ou "The Red Virgin" (2024) de Paula Ortiz, puis enfin Tarik Rmili aperçu dans "Mosul" (2022) de Matthew Michael Carnahan ou "El Buen Patron" (2024) de Fernando Leon de Aranoa... Une espagnole de Tanger, qui n'a connu que Tanger, se voit contrainte par sa fille de quitter la seule maison qu'elle n'a jamais connu. Sur le coup, aussi soudainement évidemment on a envie de crier avec elle la douleur de partir ainsi, aussi brusquement. Puis finalement, à y regarder de plus près, la "mauvaise" fille a des arguments tout aussi compréhensible, voir même bien plus pragmatique et nécessaire, la dimension vitale se place bel et bien du côté de la fille. Et pourtant on sent que la cinéaste se tire un peu une balle dans le pied tant elle fait en sorte que la mère soit la plus tendre et émouvante.
Carmen Maura est évidemment l'atout coeur de cette petite comédie de moeurs, elle apporte son sourire, toute l'empathie à son personnage. Elle est absolument épatante en (grand-)mère qui ne demande qu'à vivre tranquillement la vie qu'elle a toujours connu, face à une fille qui a oublié Tanger, a priori sans regret, et qui elle doit trouver une solution pour vivre la sienne, de vie, avec autant de bonheur que possible et, qu'on le veuille ou non, là aussi le nerf de la guerre reste l'argent. Le scénario se lit à deux niveaux, la petite lutte mère-fille pour la maison d'un coté, puis la renaissance de l'amour et du désir pour Maria/Maura de façon aussi inattendue que soudaine. Pour la maison, clairement la fille Clara/Etura est un peu vite condamnée en mode fille ingrate alors que le film aurait pu être plus riche et moins radicale dans le rapport de force, on constate que Maria ne fait aucun effort de compréhension envers ce que vit sa fille. Mais le combat de Maria pour récupérer sa maison apporte aussi une force de caractère qui force le respect face à la détresse de sa fille. Pour le côté romance, le film est d'un tendresse et d'une subtilité idéale, avec une dose de fantaisie bienvenue pour rappeler qu'on peut aimer à tout âge. Le tout ne manque pas de charme et d'émotion, mais il manque un peu de conviction, en témoigne d'ailleurs une fin ouverte qui manque de courage, contrairement à son héroïne paradoxalement. Une chronique très réussie donc, un peu trop monocorde sans doute mais agréable et qui pousse forcément à la réflexion.
Note :