De retour après le succès de "Illusions Perdues" (2021) auréolé de 7 Césars dont Meilleur Film, Xavier Giannoli revient avec un nouveau film historique mais cette fois il ne s'agit pas d'une adaptation littéraire mais un biopic situé durant les années sombres de l'Occupation. Ainsi il porte à l'écran le destin du patron de presse et collaborationniste Jean Luchaire (Tout savoir ICI !) et de sa fille Corinne. Réalisateur-scénariste il écrit son scénario avec Jacques Fieschi, scénariste réputé ayant débuté avec "A Nos Amours" (1983) et "Police" (1985) tous deux de Maurice Pialat, et qui retrouve Giannoli pour la quatrième fois après "Une Aventure" (2005), "L'Apparition" (2018) et l'excellent "Illusions Perdues" (2021). L'ambition sur ce projet est assumé puisqu'il s'agit pour Gaumont de leur plus gros budget depuis "L'Empereur de Paris" (2018) de Jean-François Richet avec plus de 30 millions d'euros... Deux amis pacifistes, le français Jean Luchaire et l'allemand Otto Abetz décident dès les années 20 d'oeuvrer pour un rapprochement entre leur deux pays. Au fil des années, tandis que Otto devient un nazi convaincu, Jean devient un patron de presse influent qui croit qu'il faut tout faire pour éviter la guerre tandis que sa fille devient une actrice en vogue...
Jean Luchaire est incarné par la star Jean Dujardin qui retrouve 39-45 après "Monuments Men" (2014) de et avec George Clooney et vu récemment dans "Sur les Chemins Noirs" (2023) de Denis Imbert et "L'Homme qui Rétrécit" (2025) de Jan Kounen, tandis que sa fille Corinne est jouée par Nastya Golubeva, fille d'un certain Léos Carax pour qui il a jouée par "Holy Motors" (2012) et "Annette" (2021) et vue ensuite dans "Revoir Paris" (2022) de Alice Winocour. Le père et grand-père Luchaire est joué par André Marcon qui retrouve Giannoli après "Marguerite" (2015) et "Illusions Perdues" (2021), et qui retrouve Dujardin après "J'Accuse" (2019) de Roman Polanski, et vu tout récemment dans "Maigret et le Mort Amoureux" (2026) de Pascal Bonitzer. L'ami nazi Otto Abetz est incarné par l'acteur allemand August Diehl qui était justement dans "L'Empereur de Paris" (2018), mais qui est surtout un habitué des rôles d'allemands en 39-45 avec entre autre "Les Faussaires" (2007) de Stefan Ryzowitsky, "Inglourious Basterds" (2009) de Quentin Tarantino, "Une Vie Cachée" (2019) de Terrence Malick, "L'Etau de Munich" (2021) de Christian Schowchow ou le récent "La Disparition de Josef Mengele" (2025) de Kirill Serebrennikov. Citons ensuite Vincent Colombe vu dernièrement dans "Quand vient l'Automne" (2024) de François Ozon ou "Moi qui t'Aimais" (2025) de Diane Kurys, Anna Prochniak apparue dans "Insurrection" (2014) de Jan Komasa, "Les Innocentes" (2016) de Anne Fontaine ou "Heart Parade" (2022) de Filip Zylber, Giorgia Sinicorni aperçue dans "Pauline Détective" (2012) de Marc Fitoussi ou "Juste une Illusion" (2026) du duo Nakache-Toledano, Valeriu Andriuta vu dans "Au-Delà des Collines" (2012) et "Baccalauréat" (2016) tous deux de Cristian Mungiu ou plus récemment dans "Tatami" (2023) de Zar Amir Ebrahimi et Guy Nattiv ou "Trois Kilomètres jusqu'à la Fin du Monde" (2024) de Emanuel Parvu, puis enfin Philippe Torreton vu dernièrement dans "Le Choix du Pianiste" (2024) de Jacques Otmezguine et "Furcy, Né Libre" (2026) de Abd Al Malik... Le film est riche d'un sujet toujours aussi épineux que passionnant et pourtant très rare au cinéma, a contrario de la Résistance où les films sont à foison, la Collaboration reste une thématique abordée de loin le plus souvent mais on peut citer comme référence "Lacombe Lucien" (1974) de Louis Malle ou à moindre mesure "Au Bon Beurre" (1981) de Edouard Molinaro. Pour faire court sur la réalité historique, on peut dire que le film est très fidèle aux événements dans les grandes lignes, pour le détail on peut s'étonner quand même que la fratrie de quatre frères et soeurs de Corinne est étrangement occultée, ou que les bandes sonores au centre du film sont un peu anecdotiques puisqu'elle écrit une autobiographie "Ma Drôle de Vie" (1949) tout aussi étonnamment occultée dans le film. Si la tuberculose est un fait, surtout pour Corinne, il n'ne demeure pas moins que la maladie est trop omniprésente et parasite le récit et ce qui nous intéresse, ce qui est symptomatique d'ailleurs d'une certaine complaisance envers le père Luchaire (Dujardin impeccable) et sa fille (révélation de Nastya Golubeva !). Tousser est sans doute le gage d'une grande qualité d'interprétation dans le film.
Mais sinon on aime le choix narratif, avec un flash-back bien amené qui tisse ensuite le fil de leur histoire du milieu des années 30 à 1948. On note aussi que quand le film débute la jeune Corinne avait déjà tourné quelques films, et qu'elle n'a jamais eu le temps de devenir une star ni une vedette nationale. Mais elle a su profiter assurément de la position sociale de son père. Dans le film, son personnage est intéressant surtout vis à vis de sa relation avec son père, une relation fusionnelle à tel point qu'elle ne se posera jamais les bonnes questions. Le père reste le plus passionnant sur l'ensemble de la petite histoire dans la grande Histoire, où comment un pacifiste convaincu va très vite se laisser séduire par le pouvoir et l'argent jusqu'à fermer les yeux quand il comprend qu'il a fait fausse route, pas de retour en arrière possible. Le film rejoint "Lacombe Lucien" (1974) dans le traitement, mais là où ce dernier était un simple jeune immature séduit par le pouvoir et l'argent, ici c'est un homme d'âge mûr, un intellectuel qui finalement se laisse séduire par les mêmes effets superficiels et le luxe. Finalement, le film rappelle que devenir un héros est difficile, être un lâche est bien plus facile. Un drame familial parmi d'autres dans un drame national qui n'en fiinit pas de nous hanter. A voir et à conseiller
Note :