Premier long métrage de Anthony Dechaux jusqu'ici acteur surtout à la télévision et dans quelques films dont "Barbara" (2017) de Mathieu Amalric ou "Une Pointe d'Amour" (2025) de Maël Piriou. Pour ce projet le cinéaste surfe sur la mode des films au propos agricole qui perce depuis quelques années mais surtout il a eu l'idée après une rencontre : "En tant que comédien, je fais régulièrement des interventions de théâtre en entreprise pour y jouer des saynètes et animer des débats avec les salariés. Un jour, je me suis retrouvé à participer au séminaire annuel des acheteurs d'une enseigne de grande distribution. J'ai encore mot pour mot la formule d'introduction du directeur : "Si on est réunis aujourd'hui dans cette salle, c'est pour savoir qui sont les requins et qui sont les requins-tueurs. Et nous, les requins, on n'en veut pas, ce qu'on cherche, ce sont les requins-tueurs". Ce qui n'a pas empêché le cinéaste d'effectuer de nombreuses recherches jusqu'à trouver cet univers "aussi effrayant que fascinant" "protégé par une forme d'omerta". Pour son premier film, le réalisateur-scénariste co-signe son scénario avec Maël Piriou qu'il retrouve après "Une Pointe d'Amour" (2025), avec Mathilde Belin qui est aussi son premier scénario, puis avec l'expérimenté Benjamin Charbit qui a écrit entre autre pour les films "Ami-Ami" (2017) de Victor Saint Macary, "BAC Nord" (2021) de Cédric Jimenez, "La Bête" (2024) de Bertrand Bonello ou "Les Règles de l'Art" (2025) de Dominique Baumard. Niveau référence Anthony Dechaux cite évidemment quelques films précédents comme "Petit Paysan" (2017) de Hubert Charuel ou "Vingt Dieux" (2024) de Louise Courvoisier, mais aussi le cinéma social de Stephane Brizé avec "La Loi du Marché" (2015) ou "En Guerre" (2018), et à moindre mesure le style du cinéaste américain James Gray...
Audrey, fille d'agriculteur et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d'achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio locale. Elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables mais bientôt elle va devoir se battre pour faire exister ses convictions dans un système impitoyable... Audrey est incarnée par Ana Girardot vue récemment dans "La Maison" (2022) de Anissa Bonnefont, "Madame de Sévigné" (2024) de Isabelle Brocard ou "Furcy, Né Libre" (2026) de Abd Al Malik. Son collègue négociateur est joué par Olivier Gourmet vu récemment dans "Fanon" (2025) de Jean-Claude Barny et "La Venue de l'Avenir" (2025) de Cédric Klapisch. Citons ensuite Julien Frison vu dans "L'Evénement" (2021) de Audrey Diwan, "La Nuit du 12" (2022) de Dominik Moll ou la dyptique "Les Trois Mousquetaires" (2023) de Martin Bourboulon, Jonas Bloquet apparu dans "Tirailleurs" (2022) de Mathieu Vadepied, "La Nonne : la Malédiction de Sainte-Lucie" (2023) de Michael Chaves et "La Nuit se Traîne" (2024) de Michiel Blanchart co-écrit par ailleurs par Benjamin Charbit, Aurélia Petit vue dans "Rosalie" (2023) de Stephane Di Giusto ou "Bâtiment 5" (2023) de Ladj Ly et retrouve après "Sous la Seine" (2024) de Xavier Gens son partenaire Yannick Choirat vu dans "Six Jours" (2025) de Juan Carlos Medina, "Un Monde Violent" (2025) de Maxime Caperan et "Victor comme Tout le Monde" (2026) de Pascal Bonitzer et retrouve après "Le Principal" (2022) son réalisateur Chad Chenouga ici acteur déjà apparu chez d'autre comme "Le Fils de l'Epicier" (2007) de Eric Guirado ou "Premières Affaires" (2023) de Victoria Musiedlak, puis enfin Grégoire Oestermann apparu dans "Jeanne du Barry" (2023) de et avec Maïwenn ou "Les Rois de la Piste" (2023) de Thierry Klifa... Le sujet est brûlant, nous parle à tous (ou presque) et le tout dans une actualité du quotidien en nous plongeant dans les méandres des négociations, les coulisses d'un univers où les requins ne sont pas moins impitoyables que chez les traders, les politiciens ou les mafieux finalement. Le film se veut hyper documenté et réaliste pour un thriller éco-social qui a de la gueule. Le style visuel est bon,le casting l'est encore plus. Malheureusement il y a plusieurs écueils, mais le plus dommageable est que les deux plus gros soucis sont ouvre et ferme le récit... ATTENTION SPOILERS !... Dès le départ on y croit pas, en effet une simple chef de rayon qui obtiendrait un avancement aussi élevé aussi vite ?! Puis à la fin, un poste solide et elle sait que la ferme de sonfrère est condamnée mais on nous fait croire qu'elle deviendrait fermière avec son frère qui a bien du mal à se sortir un salaire pour lui ?!... FIN SPOILERS !...
Ainsi, il faut oublier le bug de départ pour ensuite suivre avec délectation ces affairistes aux dents longues près à tout mais pas vraiment, pour obtenir le meilleur prix. Ce sont tous des requins, symbolisé par un Olivier Gourmet savoureux mais sans doute un peu trop caricatural (même en négociation son manque de respect voir de courtoisie est trop surjoué, serait presque risible), mais ce ne sont que des tueurs en col blanc, la violence est verbale et surtout financière. Le scénario est sans doute trop convenu, prévisible, à tous les niveaux, mais l'intrigue et les enjeux restent ancrés dans une réalité cohérente et logique, à tel point qu'on nous montre et démontre encore toute la bassesse de notre humanité. Mais le film fait surtout réfléchir, et si les industriels et autres grandes enseignes jouent à ce jeu dangereux et vicieux c'est d'abord et avant tout parce que le public, les clients, sont des moutons qui tendent eux-mêmes le bâton pour se faire battre ; en effet oui les choses ont un prix qu'il faut accepter de payer, et oui il vaut lieux acheter un peu plus cher mais local ce que la grande majorité ne fait pas mais aime se plaindre ensuite. La guerre des prix est avant tout causée et subie par les mêmes. Ce premier film est un peu scolaire mais ludique, le scénario reste bien construit et va à l'essentiel même si on aurait aimé plus de subtilité. Un premier film prometteur.
Note :
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