“Jumpers” de Daniel Chong

JumpersChalut les gens,

Je quitte un instant mon coussin en polaire chaud et moelleux pour parler avec vous d’une technologie que vous avez inventée : “Jumper”.  C’est assez génial ce truc qui consiste à projeter un cerveau humain dans un corps animal en appuyant sur un bouton. Ca explique bien des choses. Par exemple ce que vous appelez mon “quart d’heure de folie”, quand je me mets à cavaler partout, bondir et rebondir, alors que je suis plutôt du genre à enchaîner sieste sur sieste entre deux lampées de croquette. Ou quand je fais les griffes sur le canapé, que je fais chuter le vase depuis le haut du meuble ou que je dévore la plante verte pour la recracher trente centimètres plus loin… C’est forcément un humain – l’un d’entre vous –  qui prend le contrôle. Vous pensez vraiment qu’un animal aussi mignon que moi est capable de trucs pareils ? Ben non, hein. Alors que mon humain de compagnie, qui râle pour un rien, qui est suffisamment cinglé pour apporter un arbre coupé dans le salon chaque mois de décembre et y déposer tout un tas d’objets multicolores, qui danse le tango avec l’aspirateur – mon ennemi juré – à la moindre occasion, lui il est tout à fait capable de ce genre de facéties!

En tout cas, c’est une sacrée invention de la part du Dr. Samantha Fairfax et son équipe. Surtout que tout est conçu dans un banal laboratoire universitaire, avec un casque de mise en plis, deux câbles électriques et une base de bouilloire.
Comment je sais tout ça ? Eh bien, mis à part ma nature féline évidemment supérieure, je pense qu’un humain a dû me contrôler jusqu’à la salle de ciné la plus proche. Et j’ai donc vu Jumpers de Daniel Chong, le nouveau film d’animation des studios Pixar. Certes, le film montre surtout les dérives de l’outil. Notamment quand il est utilisé par Mabel, jeune étudiante en science, du genre à faire tomber les vases de l’étagère ou à saboter l’aspirateur pour empêcher sa pollution sonore. La jeune femme a toujours été un peu rebelle, mais pour la bonne cause. Très tôt, elle a développé une conscience écologique, qui s’est peu à peu muée en activisme. Mabel s’implique notamment contre les projets du maire de Beaverton, Jerry Generazzo. Ce politicien au sourire carnassier et à la mèche ondulée veut construire une rocade d’autoroute à l’emplacement où la gamine et sa grand-mère venaient trouver la paix intérieure. Drôle d’idée, typiquement humaine. C’est sûr que les vroum-vroum tût-tût, c’est bien plus harmonieux que le chant des oiseaux et le coassement des grenouilles, et que les gaz d’échappement sont plus vivifiants que l’oxygène issu de la photosynthèse des végétaux… Mais bon, c’est apparemment ce que veut l’électeur. Mabel est très remontée contre ce projet qui implique la destruction de “sa” clairière.  Jadis, elle a promis à sa grand-mère qu’elle protégerait cet endroit et elle est prête à tout pour tenir cet engagement.
Il existe bien un moyen de forcer pacifiquement le maire à renoncer à ses plans : prouver que la clairière est une zone humide protégée qui sert d’abri pour la faune sauvage. Le hic, c’est que les travaux avoisinants, les explosions de dynamite, la proximité humaine ont fini par faire fuir les animaux plus loin dans la forêt et que rien ne peut désormais empêcher l’affreux Jerry de raser la zone.
Aussi, quand elle découvre le système Jumper, Mabel n’hésite pas à sauter dans la peau d’un castor et cherche à profiter de sa capacité nouvelle à comprendre les animaux pour les convaincre de retourner vivre dans la clairière. Mais avant cela, elle doit apprendre la “loi de l’étang”. Elle fait la rencontre de King George, un castor sage et bienveillant, qui règne sur les mammifères de la zone. Il l’accueille et lui explique comment fonctionne la communauté. Mabel ne tarde pas à s’adapter et à exhorter les animaux à se rebeller contre les humains. Brave petite, mais sa diatribe lui échappe quand elle est reprise par d’autres habitants de la zone, plus agressifs. Voilà que la majorité des bestioles se met en tête de “zigouiller” les humains, à commencer par Jerry. [Au passage, bravo aux traducteurs français qui ont transformé le “squish” original en “zigouille”, car dans cette parabole larvée (larvaire ?) sur le totalitarisme, de “zigouille” à “sieg heil!”, il n’y a qu’un pas…]. Mabel, George, et quelques animaux encore modérés doivent absolument trouver un moyen de protéger le maire de la vindicte animale – qui prend une forme inattendue – et lui faire renoncer pacifiquement à ses projets. Un échec provoquerait l’annihilation de tous les humains du secteur et la prise de pouvoir d’un véritable tyran (vous comprendrez pourquoi je suis particulièrement affûtée dans la chasse au papillon).

Le récit est parfaitement rythmé. Il y a de l’humour, de l’action, de l’émotion. L’animation est fluide, les décors colorés. C’est un film qui obéit à tous les critères de qualité des Studios Pixar et vous pouvez y aller en confiance avec vos enfants, même si les tous petits seront sans doute impressionnés par certaines scènes (rien de traumatisant non plus, ce n’est pas Bambi…). Evidemment, les personnages sont attachants, même si on peut s’interroger sur le choix de Pixar de favoriser d’autres espèces que des félins pour leurs personnages principaux. Humains, rats, poissons, ours, pandas roux (!) et maintenant des castors. Bon, c’est vrai que vous auriez peu de chance de me voir dormir sur un barrage près d’un étang. Trop humide pour mon confort.

D’ailleurs, je vais me refocaliser sur cet objectif, maintenant que vous avez ma critique du film. Voyons voir ce système Jumper. Top, ça marche aussi en sens inverse! Je vais pouvoir piloter mon humain de compagnie vers le frigo, rayon du bas, là où sont planquées les aiguillettes de canard. Il va me couper ça en fines bouchées et… Quoi? Vous dites que ça ne fonctionne qu’avec des robots. Ah oui, c’est vrai, mince… Qu’à cela ne tienne, j’enfile ma blouse blanche et je vais faire évoluer le système pour qu’on puisse jumper dans un corps humain. Je vous sens dubitatifs, là… Vous ne connaissez pas mes compétences scientifiques ? Vous ne saviez pas que j’ai inventé le théorème du Père Igor : “Tout mollet soumis à une incision de griffe de bas en haut provoque un cri et incite le propriétaire dudit mollet à vous poursuivre dans la maison de droite à gauche”?  Un peu de respect, hein. J’ai Bac+2 (bac à litière et bac à croquettes). Ah ça me donne faim…

Allez j’y vais. Hyawwww. Enfin, après ma sieste, hein. C’est sacré. Aussi sacré que le promesse d’une petite-fille à sa grand-mère.

Plein de ronrons,

Gala

Gala Jumpers


Jumpers
Hoppers

Réalisateur : Daniel Chong
Avec les voix de : Piper Curda, Bobby Moynihan, Melissa Villaseñor, Meryl Streep, Vanessa Bayer, Dave Franco, Jon Hamm (VO), Mallory Wanecque, Artus, Melha Bedia, Frédérique Tirmont, Alison Wheeler, Jean-Christophe Dollé (VF)
Genre : Aventures Ecolo-démocratiques animées
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h45
Date de sortie France : 4 mars 2026

Contrepoints critiques :

”Difficile de sauver quoique ce soit dans ce film, qui a abandonné l’idée d’émouvoir et se contente de faire du bruit et de s’agiter dans tous les sens pour faire rire. Mais bon, on sait que le studio mise surtout sur Toy Story 5, qui sortira dans un peu plus de trois mois seulement…”
(Déborah Lechner – Ecran Large)

”Délirant, rythmé et par moments politiquement incorrect, ce nouveau film d’animation Pixar nous sort des fables écolos aux schémas types grâce à son personnage d’ado impliquée et survoltée comme par sa discrète pédagogie.”
(Olivier Bachelard – Abus de ciné)

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