“Planètes” de Momoko Seto

PlanètesQuelle connerie, la guerre ! Si vous n’en avez pas la preuve chaque jour en observant, via les actualités, les conflits qui déchirent notre bonne vieille Terre, peut-être que le début de Planètes va vous convaincre.
Un groupe de pissenlits est en train de profiter du soleil dans une vallée bucolique, décontractés du pistil, quand soudain PAF le champignon atomique, puis un autre, et un autre. Des incendies dantesques, de la fumée qui assombrit le ciel et un souffle violent.
Quatre graines de pissenlit se retrouvent soudain propulsées dans le cosmos, à la dérive dans l’espace, cherchant un moyen de faire survivre leur espèce.
Commence alors une sorte d’épopée spatiale, un mix entre “2025, l’odyssée de l’espèce”, “Akène” (dans l’espace, personne ne l’entend pousser), ou “Dune 2 lion” (le jeu de mot de l’espace avec “Dent-de-Lion” autre nom du pissenlit). Flottant au gré des étoiles, les akènes sont récupérés par un astéroïde qui les emmène jusqu’à une planète semblable à la Terre, prise dans les glaces. Quand la glace fond, nos graines d’aventuriers peuvent reprendre leur route en quête d’un endroit où se planter. Mais encore faut-il trouver un endroit où se poser sans subir les assauts de champignons envahissants (encore des champignons…) et d’insectes nuisibles. Il faut que la terre soit fertile, mais pas acide, avec un peu d’eau, mais pas trop, un climat propice pour que le cycle de la vie continue. Pas simple…

Le film de Momoko Seto séduit par son concept, qui s’inscrit dans la foulée de ses courts-métrages Planet A, Planet Z et Planet ∑. L’idée est de filmer des plans de végétaux et d’animaux image par image, en timelapse, pour composer des paysages fantastiques et en tirer des oeuvres dignes de grands films de science-fiction. La cinéaste a surtout posé ses caméras au château de Rambuteau, en Bourgogne, où elle a attendu patiemment que la nature fasse son oeuvre. Le tournage a duré 260 jours, étalés sur deux ans et demi et mobilisant 17 caméras. Il s’est poursuivi dans d’autres environnements, à Roscoff, mais aussi en Islande et au Japon. La cinéaste a filmé des protistes, des bousiers, des papillons, des limaces, des têtards, des mantes religieuses, mais aussi des pleurotes, des mousses, des fougères, en respectant leur rythme d’évolution. Momoko Seto les a ensuite intégrés dans son récit, avec ses akènes en images de synthèse, en jouant sur la vitesse de timelapse, les angles de prise de vue, l’impression sensorielle. Elle a empilé les images pour constituer cet univers singulier, à la fois inquiétant et fascinant, étrange et familier, car 100% naturel. C’est un travail minutieux et inspiré, qui mérite évidemment le respect. Il est par ailleurs rarissime qu’une équipe de film intègre, outre les techniciens habituels, des botanistes, des pépiniéristes, des naturalistes, des chercheurs, des apiculteurs et que la production soit accompagnée par le CNRS. Rien à redire sur tout cet aspect technique maîtrisé.

En revanche, pour apprécier véritablement Planètes, il faut aussi accepter des partis pris de scénario et de mise en scène beaucoup moins heureux. La cinéaste a choisi de faire adopter un côté anthropomorphique à ses akènes, comme Gints Zilbalodis l’avait fait pour ses animaux dans Flow. Pourquoi pas… Il est vrai que le film précité est une petite merveille. Mais il faut reconnaître qu’un akène est bien moins expressif qu’un chat, qui a pour lui sa grâce féline, ses grands yeux, ses ronronnements et miaulements. Là, les personnages sont plus sommaires. Un rostre (l’espèce de tige) pour le corps et un pappus composé de quelques rares soies pour figurer des cheveux. Le seul moyen qui permet à Dendelion, Baraban, Léonto et Taraxa – le nom des akènes d’après le dossier de presse – de communiquer entre eux est une sorte de glougloutement semblant issu de la planète Oxo. “Blalalalalalllallla!” (dans La Soupe aux choux, pour ceux qui n’ont pas la référence…). On exagère un peu, mais franchement, ces bruitages n’étaient pas nécessaires. Ni cette volonté de donner absolument aux personnages un comportement humain.
On comprend que la cinéaste a choisi cette option pour permettre au spectateur de s’attacher aux personnages et donner un peu d’enjeu à cette histoire assez linéaire, malgré la succession de péripéties traversées. Mais ce faisant, elle donne à son oeuvre un côté assez puéril auquel on peut avoir un peu de mal à adhérer.

Si l’on y parvient, on peut apprécier les aventures de ces aventuriers du parc perdu, ces péripéties haletantes et parfois cruelles, et même s’attacher à l’un des héros qui a perdu la plupart de ses pappus et tient akène debout – à peine, pardon. Sinon, on risque de trouver le temps long, même si, heureusement, la pousse des plantes a été accélérée et le film ne dure que 75 minutes.
Malheureusement pour nous, c’est plutôt l’ennui qui l’a emporté et c’est vraiment dommage, car l’originalité de l’entreprise et la beauté des paysages avaient tout pour nous emporter. Une approche plus adulte aurait peut-être été plus adaptée, mais on ne va pas jouer les vieux chênes ou les saules pleureurs… On vous laisse découvrir cette oeuvre atypique et vous forger votre propre opinion. Et on attend malgré tout les futurs longs-métrages de Momoko Seto, dont la démarche originale mérite d’être encouragée.


Planètes
Planètes

Réalisatrice : Momoko Seto
Avec : Dendelion, Baraban, Léonto, Taraxa
Genre : 2025, l’odyssée de l’espèce
Origine : France, Belgique
Durée : 1h15
Date de sortie France : 11/03/2026

Contrepoints critiques :

”Maîtrisant la dramatique de son récit, la réalisatrice nous invite dans un voyage magique, véritable étonnement de chaque instant, où l’on se surprend à vibrer pour ces petits êtres qui jouent leur survie sur une planète ceinturée de glace, où les paysages créés sont à chaque fois plus surprenants.”
(Olivier Bachelard – Abus de ciné)

”L’originalité de Planètes est sauvée par une patate germée, par l’équivalence de l’apparition et de la disparition, de l’animation et de l’extinction, par une sensation d’hostilité tenace et impersonnelle – par la mort qui ne cesse de travailler l’œuvre de Momoko Seto.”
(Mathilde Grasset – Les Cahiers du cinéma)

”Les amateurs de ce type d’objet filmique non identifié apprécieront peut-être la beauté de certaines images, mais les autres se lasseront sans doute de la redondance d’un scénario aussi léger qu’un akène.”
(La rédaction – La Croix)

Crédits photos : Copyright Miyu Productions