[Humeur] Une cérémonie des César… Splendide! Ah mais non, Argh!!! Mais c’est… LA GRIFFE !

Cette année, l’animation de la cérémonie des César a été confiée à Benjamin Lavernhe – de la Comédie Française, s’il vous plaît. L’idée ne nous enthousiasmait pas plus que cela, mais ne nous gênait pas spécialement non plus. La plupart du temps, l’hôte se contente paresseusement de débiter des blagues toutes faites et de chicoter le/la Ministre de la Culture. Donc lui ou un autre…
Au début du show, j’ai été agréablement surpris. Après une entrée en matière plutôt sobre, Lavernhe s’est montré ému de se retrouver face à son idole de jeunesse, Jim Carrey, assis au premier rang de la salle de l’Olympia en tant qu’invité d’honneur. Le maître de cérémonie a eu la bonne idée de se servir de cet hommage comme fil conducteur de son discours introductif. Quand on lui a apporté le fameux masque du film de Chuck Russell, The Mask, conservé au musée de la Cinémathèque de Lyon, Benjamin Lavernhe n’a évidemment pas résisté à l’envie de le porter un moment. La précieuse relique n’a rien perdu de son pouvoir, notamment celui de désinhiber totalement celui qui le porte et de l’inciter à faire le show. Alors, Lavernhe s’est déchaîné. Dans un costume “jaune marsupilami”, il s’est lancé dans une danse endiablée, est sorti de l’Olympia pour quelques effets visuels “splendides!”. Transformé en véritable furie comique, il est revenu sur scène pour présenter les principaux films nommés en chantant, dansant et grimaçant comme Carrey à son apogée. Sa performance a été appréciée par la salle et par l’invité d’honneur lui-même, touché par cet hommage.
Ce numéro s’est avéré sympathique, même si un peu réducteur par rapport à la carrière de Carrey. Son rôle dans The Mask date désormais de plus de trente ans. Depuis, il a tourné des oeuvres comme Fous d’Irène, Disjoncté, Yes Man, et surtout des rôles plus sérieux comme celui d’Andy Kauffman dans Man on the moon, le coeur brisé d’Eternal Sunshine of the spotless mind ou bien sûr, le personnage central de The Truman Show. Mais au moins, le numéro en hommage à The Mask a permis de lancer la cérémonie sur des bases rythmées, drôles et inspirées. Et ça nous change des Dumb et Dumber habituels, avec gags pas drôles et happening ringards écrits par des auteurs paresseux.

Profitant de cette énergie, Camille Cottin, elle présidente de l’Académie des César cette année, s’est lancée dans une caricature d’un autre président : Donald Trump. Son ambition : rendre le Cinéma Français “Great Again”. Parmi ses décrets chocs, l’obligation des réalisateurs faisant moins de 500 000 entrées de retourner en école de commerce, la préservation des auteurs Art & Essai, mais à condition qu’ils se limitent à des films de 10 mn maximum. Cette année, le Festival de Cannes durera deux jours, avec cette idée. Enfin, elle a préconisé l’invasion de la Belgique pour leur piquer leurs artistes, car ils jouent quand même mieux que les manchots du Groenland. Et puis, la plupart sont déjà convertis à la culture de France. Un exemple de Belge ? Cécile de France… Alors pourquoi pas  Benoît de France, François de France, les frères des Ardennes de France… Beau programme ! Evidemment, c’était juste un prétexte pour vanter l’exception culturelle française et le bonheur de vivre dans un pays libre (pourvu que ça dure…).
Avec cette introduction, je m’attendais à passer une soirée incroyable, menée à un rythme d’enfer et à écrire un article fort agréable sur la cérémonie, pour une fois.
Mais mon écriture s’est vite mise à tressaillir. Ma main… Argh ! Elle s’est transformée… Ma plume s’est muée en… LA GRIFFE !!! (1)

La suite de la cérémonie s’est vite avérée très laborieuse. Une fois son petit numéro fini, Benjamin Lavernhe s’est remis dans le costume étriqué du maître de cérémonie classique, se contentant d’appeler les remettants et de les laisser jouer des partitions assez rances. « Classique » ? Pas tout à fait… Il s’est servi de cette fonction pour un parfait numéro d’autopromotion, avec la légèreté d’une pierre au milieu d’un tas de plumes…
Pierre, c’était le prénom de son personnage dans Le Sens de la fête, le mari égocentrique qui faisait tout pour accaparer l’attention de ses convives avec ses discours plombants et ses numéros ridicules, le type qui agaçait Bacri avec ses critiques sur son travail, pour le moindre prétexte.

Pierre, c’était aussi l’abbé du même nom, que le comédien a interprété avant que le scandale éclate. La facétieuse Alisson Wheeler, remettante des prix de l’animation, n’a pas manqué de le lui rappeler, pour « l’embarrasser » (tu parles !). En même temps, que serait une soirée des César sans une dénonciation du mal fait par les mâles, sans obligation pour la gent masculine de s’excuser à la place des salauds ?  Si un abbé, personnalité préférée des Français, est capable de comportements honteux, que penser de tous les autres hommes beaucoup moins catholiques ? L’humoriste a aussi profité de la tribune pour mettre un taquet à Jack Lang, effectuant un lien douteux entre les agissements de l’Abbé Pierre et le récent scandale dans lequel l’ancien Ministre de la Culture s’est retrouvé embarqué, par ricochet de l’affaire Epstein. En même temps, que serait une soirée des César sans l’attaque du ministre de tutelle ?  Rachida Dati ayant démissionné le matin même, il fallait trouver une autre cible. Alors un ex-ministre dans la mélasse jusqu’aux cheveux, c’était idéal. On peut toutefois trouver un peu limites les allusions de la jeune comédienne. Jack Lang n’est, pour le moment, aucunement lié au volet sexuel de l’affaire Epstein. Il paie juste ses liens amicaux avec une personnalité sulfureuse. Il est aussi soupçonné d’une potentielle fraude fiscale et de détournement de teinture capillaire, d’accord, mais ce n’est pas à mettre tout à fait sur le même plan. En tout cas, Lavernhe, grand seigneur, a assumé d’avoir incarné l’abbé déchu. Il le sait, il était formidable dans ce rôle, en toute humilité, bien sûr.

Pierre c’est encore son grand copain Pierre Lottin, un homme généreux qui lui a offert un rein dans leur précédent film ensemble (En fanfare). Il n’a pas manqué de le rappeler au public et, pour le remercier de cette délicate attention, il l’a laissé remettre non pas un mais trois prix. Ceci lui a permis d’exécuter trois chorégraphies sans intérêt avec Alexandra Lamy, une par prix remis, avant que Lavernhe ne le chasse de la scène. Allez ouste, une star sur scène, c’était bien suffisant. Pierre Lottin y est cependant revenu quelques minutes plus tard pour venir chercher son César du meilleur second rôle masculin. Quelle misère ! Certes, il est tout à fait correct dans L’Etranger, et possède une présence indéniable à l’écran. Mais de là à lui attribuer cette récompense, je reste perplexe… N’oubliez pas que c’est le même gars qui a incarné le rejeton le plus crétin de la famille Tuche, dans les films de la saga… Mais bon, si un Francky Vincent peut être décoré Chevalier des Arts & Lettres, alors on ne doit pas s’étonner de voir « Tuche Daddy » gagner un César… Quelle époque, tout de même !

Pierre qui roule comme un Rolling Stone. A un moment, le chanteur M est venu sur scène pour jouer quelques musiques de film, avant de remettre – quelle coïncidence – le César de la meilleure musique de film. D’abord seul en scène, Mathieu Chédid s’est vu rejoindre par… Benjamin Lavernhe, qui a tenu à montrer à ce “fils de” débutant comment effectuer des riffs de guitare. En même temps, rien d’étonnant, le maître de cérémonie avait commencé son show en donnant des cours de comédie à Jim Carrey – comment jouer la peur, le doute, la peur du doute. Il est si serviable, si prévenant. Quand on a, comme lui, autant de connaissances, on les partage. Merci Benjamin Tout Puissant ! Non mais ça va, oui… Le loup, le renard, le re-loup !

Toute le reste de la soirée a été du même acabit. Tous les remettants lui ont susurré « Oh merci Benjamin, pour l’invitation. Tu es trop génial ! ». Parmi les personnalités conviées sur scène, beaucoup de people « de la Comédie Française » (Rebecca Marder, Pauline Clément et Marina Hands). « Je les connais très bien pour les côtoyer très souvent sur les planches (de la Comédie Française, forcément) »… Et blablabli… Et moi je, moi je… C’était too much ! On devrait rebaptiser les César et les appeler les « Lavernhe ».
Je ne vous jette pas la pierre, Pierre, mais je suis à deux doigts de m’agacer ! (2)

Bon, il faut avouer qu’on a vu pire soirée de remise de prix que celle-ci. Certaines cérémonies des César, par le passé, ont multiplié les moments gênants, les prises de paroles intempestives, les blagues qui tombent à plat. Ici, hormis le trip nombriliste du maître de cérémonie et quelques blagues qui sont tombées à plat, il n’y a pas eu de moments vraiment atterrants. Bien sûr, quelques remettants étaient complètement à l’ouest, et certains passages ont fait retomber le rythme d’une cérémonie très longue mais rien de vraiment grave.
Au contraire, il y a eu quelques beaux moments. Le sketch avec le problème de robe de Pauline Clément (de la Comédie Française, comme Benjamin Lavernhe) au moment de remettre le prix des meilleurs costumes était très sympathique. La remise du César d’honneur à Jim Carrey par un Michel Gondry aussi lunaire que d’habitude, l’intervention de David Cronenberg pour la remise du prix de la mise en scène, celle de Golshifteh Farahani pour évoquer le sort du peuple iranien, ont provoqué de l’émotion.
Après, les couacs sont venus du format des César, de sa sélection souvent bizarre, pas très cohérente. Pourquoi seulement trois nommés pour certaines catégories ? Au vu de la production annuelle hexagonale, on doit bien avoir assez de talents et d’œuvres pour mettre en compétition cinq personnes à chaque fois, non ?  Pourquoi nommer les trois acteurs de L’inconnu de la Grande Arche pour le prix du meilleur second rôle masculin ? Il n’y a eu aucun film avec des seconds rôles au cours de l’année ? Vraiment ?
Et pourquoi nommer des personnalités étrangères ? Ou alors, pourquoi Richard Linklater, élu meilleur réalisateur, et pas d’autres cinéastes étrangers à la tête de productions françaises ? Bi Gan, par exemple, ou Jafar Panahi. Il était nommé dans la catégorie du meilleur scénario, pourquoi pas celle de la mise en scène. Quelle logique ? En plus, il n’a pas remporté le prix du scénario ! Le voir recevoir la récompense des mains de Golshifteh Farahani, après son discours sur la résilience des artistes iraniens, aurait eu fière allure et aurait été mérité, car Un simple accident est une petite merveille de récit… Non, les membres de l’Académie ont préféré primer Franck Dubosc, pour Un Ours dans le Jura. Sérieusement ??? OK, c’est le meilleur film de Franck Dubosc, mais ce n’est pas un exploit ! Comparé à Cinéman ou Bienvenue à bord, c’est Citizen Kane, le truc…De là à le récompenser… En clair, si tu montres ton petit césarillo à toute la profession, ils votent pour toi l’année d’après. Tant pis pour Panahi, qui se consolera avec sa Palme d’Or.

Plusieurs des choix des votants sont très discutables, mais c’est le principe de la démocratie.
C’est finalement L’Attachement qui repart avec le César du Meilleur Film. Je suis assez content pour Carine Tardieu, dont le film avait été tièdement accueilli à Venise avant de trouver son public en salles, mais je ne suis pas persuadé qu’il était le meilleur film français de l’année.
Bon, ce n’est pas tout, ça… La fatigue me gagne… Une cérémonie aussi longue en pleine semaine (décalée à cause d’une bande d’enfoirés), ça sabote le quota de sommeil nécessaire pour suivre le rythme des sorties cinéma ! J’ai besoin d’un Reeed Bull ! Red Bull ! Re-Re-Re-Red buuuulll! Red Bull! (2)
Blam !

(1) : “THE CLAW!!!” en V.O. Scène fameuse de Menteur Menteur, oubliée dans l’hommage rendu à Jim Carrey. Mais que fait la police ?!?
(2) : Ca c’est dans Le Père Noël est une ordure écrit par Jean-Marie Poiré et le… Splendid !
(3) : Non, je ne veux pas faire de publicité à cette marque, mais c’est un placement de produit plutôt malin et une scène culte du film Yes Man, dans laquelle Jim Carrey expérimente les effets de la boisson énergisante sur son organisme