Cinéma | MARTY SUPREME – 14/20

Par Taibbo

De Josh Safdie
Avec Timothée Chalamet, Gwyneth Paltrow, Odessa A’zion

Chronique : Sous ses allures de faux biopic sportif dont il détourne malicieusement les codes, Marty Supreme est surtout le portrait exalté d’un sale gosse aussi ambitieux qu’arrogant, mais dont la détermination force l’admiration.
Contrairement à ce que la bande-annonce laisse entrevoir, on est assez loin de l’épopée triomphante d’un outsider révélant au monde une discipline méconnue (le ping pong). Le talent de Marty pour le tennis de table est avant tout un prétexte pour embarquer le spectateur dans un périple survolté, erratique et trépidant jusqu’à Tokyo, où le jeune homme est censé participer aux championnats du monde. Mais ce qui intéresse Josh Sadfie est définitivement le voyage, ses imprévus, ses coups du sort et les mauvais choix qu’on y opère, bien plus que la destination.
Car il se passe beaucoup de choses en peu de temps dans Marty Supreme. On y rencontre toute une galerie de personnages savoureux, hauts en couleur et forts en gueule, figures d’une époque révolue et sans doute fantasmée. Ils jalonnent tous à leur manière l’aventure de Marty : une actrice sur le retour (étonnante et audacieuse Gwyneth Paltrow), un vieux mafieux (Abel Ferrara) et son chien, un ami pongiste survivant de la Shoah, un mari cocufié, une mère dépressive, et beaucoup d’autres..
Ça va à cent à l’heure, ça fait de bruit, beaucoup de bruit, parfois trop, le scénario oubliant souvent de s’arrêter sur les conséquences des actions de Marty et repoussant autant que possible l’émotion, tout comme Marty refuse de subir ou ressentir. Marty Supreme est foisonnant mais ne raconte pas grand chose. S’il convainc malgré ce manque de substance dramatique, c’est grâce à l’énergie folle de la mise en scène de Safdie, la maestria avec laquelle il passe d’un espace à un autre, la manière dont sa caméra se déplace. Mais aussi grâce à la photographie sublime de Darius Khondji et sa lumière délicieuse qui recrée un New York des années 50 plus vrai que nature, si ce n’est son habillage musical anachronique, déroutant mais stimulant.
Surtout, Marty Supreme, c’est Timothée Chalamet. Il livre une très grande performance d’acteur, rappelant ce qu’est son métier : créer, faire exister un personnage. Par ses intonations, ses intentions, son langage corporel, on sait tout de suite qui est Marty, on connaît Marty : ses petites trahisons, ses arrangements avec la vérité, son orgueil, sa filouterie, mais aussi sa détermination, son charme et son inébranlable confiance en lui et en ses talents. Aussi agaçant qu’irrésistible. C’est assez prodigieux et cela autorise Chalamet à partager avec son personnage cette même confiance en lui et en son travail.
Si le film en lui-même manque de cœur, de perspective historique et d’un réel point de vue, la rencontre avec son héros, ce pongiste à l’ambition plus grande que lui, est sans aucun doute mémorable et vaudra à son interprète une reconnaissance méritée.

Synopsis : Marty Mauser, un jeune homme à l’ambition démesurée, est prêt à tout pour réaliser son rêve et prouver au monde entier que rien ne lui est impossible.