Grand réalisateur avec des titres emblématiques comme "M.A.S.H." (1970), "John McCabe" (1971), "Le Privé" (1973), "Nashville" (1975), "Popeye" (1980), "Short Cuts" (1993) ou "Cookie's Fortune" (1999) Robert Altman revient avec une histoire dont il a tracé les grandes lignes, puis dont le scénario est signé ensuite par Julian Fellowes dont c'est le premier scénario après avoir été acteur notamment apparu dans "Fatale" (1992) de Louis Malle, "Jane Eyre" (1996) de Franco Zeffirelli ou "Demain ne Meurt Jamais" (1997) de Roger Spottiswoode. Mais le scénariste va se spécialiser ensuite dans le genre historique ou en costume avec juste après les films "Vanity Fair" (2004) de Mira Nair et "Victoria : les Jeunes Années d'une Reine" (2009) de Jean-Marc Vallée mais surtout, producteur-scénariste il va créer la série TV "Downton Abbey" (2010-2016) suivi de la trilogie cinéma pour la clore "Downton Abbey" (2019-2025), une grande fresque de la télévision au grand écran donc qui est clairement un prolongement de ce qu'il a fait pour "Gosford Park". Avec ce film l'américain Altman lorgne sur la spécialité de James Ivory comme l'avait fait Martin Scorcese avec "Le Temps de l'Innocence" (1993), mais en y ajoutant une bonne dose de Agatha Christie avec la dimension policière à la Cluedo. Avec un budget de 19 millions de dollars, Robert Altman réussit un exploit avec un film historique et un tel casting. Le film est très bien reçu par la critique puis récolte près de 88 millions de dollars au box-office Monde avec en prime le Golden Globe 2022 du meilleur réalisateur sur 5 nominations, puis l'Oscar 2022 du meilleur scénario original sur 7 nominations... Début des années 30, dans une Angleterre encore très ancrée dans les traditions, les inégalités de classe et l'aristocratie, plusieurs invités de marque arrivent à la propriété du richissime Sir William McCordle. Tout le personnel est à pied d'oeuvre pour servir ces personnalités. Tandis que certains espèrent convaincre le lord d'investir dans leur projet ou pour ne pas perdre leur pension, les coulisses sont tout aussi mouvementées. Les choses prennent une tournure encore plus complexe quand Sir William McCordle est retrouvé mort dans son cabinet...
Parmi les aristocrates et invités de marque, citons d'abord Sir William McCordle est incarné par Michael Gambon vu dans "Mary Reilly" (1996) de Stephen Frears ou "Sleepy Hollow" (1999) de Tim Burton, puis retrouve après "Othello" (1965) de Stuart Burge et il retrouvera plusieurs fois lors de la saga "Harry Potter" (2004-2011) sa partenaire Maggie Smith qui sera d'ailleurs une des personnalités des futurs "Downton Abbey" (2010-2024) mais vue auparavant dans "Mort sur le Nil" (1978) de John Guillermin ou "Washington Square" (1997) de Agnieszka Holland, et retrouvera aussi Geraldine Somerville dans "Harry Potter" (2001-2011), puis retrouve également après "Quartet" (1981) de James Ivory l'acteur James Wilby acteur fétiche de ce réalisateur avec encore "Maurice" (1987) et "Retour à Howard Ends" (1992). Citons encore Kristin Scott Thomas vue dans "Le Patient Anglais" (1996) de Anthony Minghella et "L'Homme qui murmurait à l'Oreille des Chevaux" (1998) de et avec Robert Redford, Camille Rutherford aperçue dans "Stardom" (2000) de Denys Arcand et "Identité Secrète" (2001) de Bruce MacDonald et qui retrouvera son scénariste dans "Vanity Fair" (2004), Charles Dance vu dans "Alien 3" (1992) de David Fincher ou "Michael Collins" (1996) de Neil Jordan et qui sera surtout connu pour la série TV "Game of Thrones" (2011-2015), Tom Hollander apparu dans "Some Mother's Son" (1996) de Terry George ou "Maybe Baby ou Comment les Anglais se reproduisent" (2000) de Ben Elton et qui retrouve après "Enigma" (2001) de Michael Apted l'acteur Jeremy Northam habitué des costumes avec notamment "Les Hauts de Hurlevent" (1992) de Peter Kosminsky ou "La Coupe d'Or" (2000) de James Ivory, puis Bob Balaban, également producteur du film, remarqué dans "Alice" (1990) et "Harry dans tous ses Etats" (1997) tous deux de et avec Woody Allen. Puis pour les serviteurs, gouvernantes et autres membres du service citons Kelly Macdonald révélation de "Trainspotting" (1996) de Danny Boyle puis vue dans "Elizabeth" (1998) de Shekar Kapur ou "Some Voices" (2000) de Simon Cellan Jones, Clive Owen aperçu dans "Croupier" (1997) de Mike Hodges avant la reconnaissance avec "Closer, entre Adultes Consentants" (2004) de Mike Nichols, Eileen Atkins vue dans "Equus" (1977) de Sidney Lumet, "Wolf" (1994) de Mike Nichols ou "Chapeau Melon et Bottes de Cuir" (1998) de Jeremiah S. Chechik, Helen Mirren vue dans "Caligula" (1979) de Tinto Brass, "Excalibur" (1981) de John Boorman ou "The Pledge" (2001) de Sean Penn et retrouve après "La Folie du Rio George" (1995) de Nicholas Hytner son partenaire Adrian Scarborough apparu dans "Au Beau Milieu de l'Hiver" (1995) de Kenneth Branagh ou "Transit Palace" (2000) de Pawel Pawlikowski, Emily Watson révélée dans "Breaking the Waves" (1996) de Lars Von Trier puis vue dans "The Boxer" (1997) de Jim Sheridan, Alan Bates vu dans "Zorba le Grec" (1964) de Michael Cacoyannis, "Loin de la Foule Déchaînée" (1966) de John Schlesinger ou "The Rose" (1979) de Mark Rydell et retrouve Maggie Smith après "Quartet" (1981) de James Ivory, Derek Jacobi apparu dans "Le Dosser Odessa" (1974) de Ronald Neame ou "Gladiator" (2000) de Ridley Scott, Richard E. Grant qui retrouve Altman après "The Player" (1992) et "Prêt-à-Porter" (1994) puis vu entre temps dans "Dracula" (1992) de F.F. Coppola, "Le Temps de l'Innocence" (1993) ou "Portrait de Femme" (1996) de Jane Campion, puis enfin Sophie Thompson qui retrouve Kristin Scott Thomas après "Quatre Mariages et Un Enterrement" (1994) de Mike Newell et Jeremy Northam après "Emma l'Entremetteuse" (1996) de Douglas McGrath. Puis n'oublions pas le personnage joué par Ryan Philippe alors nouvelle coqueluche de Hollywood avec "Souviens-Toi... l'Eté Dernier" (1997) de Jim Gillepsie, "Sexe Intentions" (1999) de Roger Kumble ou "Way of the Gun" (2000) de Christopher McQuarrie, puis enfin le policier Stephen Fry vu dans "Un Poisson nommé Wanda" (1988) de Charles Crichton, "Du Vent dans les Saules" (1996) de Terry Jones ou "Oscar Wilde" (1997) de Brian Gilbert... Dans l'équipe technique notons la B.O. signée par Patrick Doyle compositeur auparavant sur les films "Indochine" (1992) de Régis Wargnier ou "Raison et Sentiments" (1995) de Ang Lee, puis un magnifique travail sur les costumes qu'on doit à Jenny Beavan, Chef Costumière huit films de James Ivory dont "Retour à Howard Ends" (1992) ou "Les Vestiges du Jour" (1993) mais aussi "Aux Sources du Nil" (1990) de Bob Rafelson ou "Jane Eyre" (1996) de Franco Zeffirelli... Le film s'inscrit dans une certaine véracité, le contexte social avéré évidemment, mais aussi par les éléments du cinéma d'époque avec l'acteur Ivor Novello (incarné par Northam) qui a réellement existé, ainsi sur les films "Charlie Chan..." (une quarantaine entre 1925 et 1949 plus une ultime version en 1981). Ainsi, le film montre deux parallèles différents, deux fois deux mondes face à face : l'univers du cinéma alors en plein essor mondial qui s'invite dans la demeure d'un noble où la propriété est régi par un code immuable, puis donc l'aristocratie baignée de pouvoir, de luxe et d'argent servie par une armée de serviteurs pas loin d'être esclaves mais, dans cette propre caste il y a pourtant bel et bien une même hiérarchie où chacun doit rester à sa place. Ce qui frappe au départ c'est cette effervescence dans la propriété avec l'arrivée des invités, de leurs serviteurs personnels qui doivent ensuite prendre leur marque et suivre les règles de la maison, les invités qui font connaissance et qui aussitôt se mettent en quête de divers avantages et/ou associations. La maison est une ruche où les ouvriers-ères se plient en quatre pour que chaque invité ne puisse se plaindre d'une manière ou d'une autre. La reconstitution est impressionnante, costumes et décors sont magnifiques sans être clinquants, l'immersion d'époque est idéale sans, par comparaison, l'austérité ou le snobisme inhérent au style de James Ivory.
On constate ensuite une multitude de sous-intrigues, mais qui restent des détails vivants, qui permettent de comprendre les différents statuts chez les invités (faux riches, arrivistes, adultères ou non, ceux qui vivent aux crochets d'un autre... etc...), puis outre les situations différentes que les serviteurs (au service d'un unique patron, où du personnel maison) il y a une intrigue principale qui se dessine via deux domestiques qui ne sont pas ceux qu'on croit, et qui va se lier à l'intrigue policière, la mort soudaine du maître de maison. Cette partie façon Cluedo donc, que Agatha Christie a popularisé, s'avère judicieusement en retrait. En effet, l'enquête n'est qu'un prétexte pour montrer encore plus les travers de cette société malade, entre l'aristocratie moribonde qui s'accroche encore à ses privilèges jusqu'à mettre mine de rien un peu de pression à l'enquêteur qui semble d'ailleurs s'amuser de cette affaire qui semble ne pas toucher grand monde, tandis que chez les gens de service s'aperçoivent que les secrets d'en-haut n'ont rien à envier aux secrets d'en-bas. Altman signe une étude de moeurs dans un mélo historique passionnant, dont la réussite repose sur une belle réussite, soit l'équilibre parfait entre les personnages domestiques et les aristocrates, avec tout de même pas une vingtaine de personnages principaux. Un long week-end foisonnant, humainement, émotionnellement, avec des dialogues merveilleusement écrits, et ses passages où l'ironie, le sarcasme ou l'hypocrisie forment un panel savoureux de l'art du verbe, sans compter les sous-entendus ou les regards en coin. Robert Altman signe un grand film du genre, à voir, revoir à conseiller.
Note :