Au milieu des années 1990, Bouna Ndiaye (Jean-Pascal Zadi), rêve toujours de vivre de sa passion pour le basketball. Il a été joueur puis entraîneur à un bon niveau chez les amateurs, évoluant en nationale 2 (1). Désormais, il aide à identifier les jeunes joueurs les plus prometteurs et à les mettre en relation avec les clubs français. Avec l’expérience accumulée, il aimerait pouvoir devenir officiellement agent de joueurs. La demande est en cours et, en attendant de pouvoir se lancer, il végète dans un boulot de nettoyeur d’avions à Roissy.
Lors d’un match de basket, il fait la rencontre de Jérémy Medjana (Raphaël Quenard), avec qui il sympathise immédiatement. L’homme est un ancien joueur, comme lui et est tout aussi passionné par le jeu. Il possède un véritable flair pour dénicher les jeunes talents, qu’il exploite notamment pour recruter des participants pour les concours de dunks qu’il organise. Alors forcément, ces deux-là décident d’unir leurs forces pour monter leur propre agence, Comsports.
Leur objectif ultime, c’est de pouvoir accompagner de jeunes joueurs jusqu’à la draft de la NBA (2), le processus de sélection qui permet chaque année aux équipes américaines de recruter les meilleurs talents. Le championnat français est trop limité et, surtout, ne permet pas de réaliser des transactions suffisamment lucratives pour faire tourner leur entreprise. En NBA, si un joueur finit par signer un contrat pérenne avec un club, c’est le jackpot assuré. Mais avant cela, encore faut-il que le joueur soit sélectionné, puis suffisamment performant pendant plusieurs années pour que ses agents puissent enfin récolter le fruit de leur travail. Beaucoup de choses peuvent se passer dans l’intervalle.
Pour le moment, leur problème est de trouver des joueurs talentueux qui acceptent de leur confier leurs intérêts. Ils n’ont pas de bureaux (sauf un bout de local partagé avec une entreprise chinoise de confection textile), pas de joueur majeur dans leur écurie, pas de réseau aux Etats-Unis et ils parlent aussi bien anglais qu’une vache espagnole. Evidemment, cela n’incite pas à la confiance. Ils essuient quelques refus, mais s’accrochent. Ils sont ambitieux et audacieux. Ils tentent des coups, comme tenter de représenter Tony Parker juste avant qu’il ne soit recruté par les Spurs de San Antonio.
A force de persuasion – et de l’intervention de la mère de Bouna dans la négociation – ils réussissent à décrocher une pépite, Didier Mbenga (Djibi Diakhaté), qui évolue dans le championnat belge. Ils encadrent sa préparation, le conseillent, le préservent, afin de lui permettre d’arriver aux sélections dans les meilleures conditions possibles. Ils partent aux Etats-Unis plein d’espoir, bien décidés à s’imposer.
La suite, à condition de s’intéresser un minimum à ce sport, est connue car il s’agit d’une histoire vraie, celle d’une formidable success-story. Bouna et Jérémy font désormais partie des agents les plus influents de la planète (3). La quasi-totalité des joueurs français évoluant au pays de l’Oncle Sam font partie de leurs protégés. Ils sont respectés et ont des contacts privilégiés avec tous les clubs de la NBA. Leur business est hautement lucratif. Mais le film montre que cela n’a pas toujours été le cas.
Le fonctionnement de la draft est très clair. Si un joueur est retenu, il est mis à l’essai pour quatre ans par le club recruteur. Les agents ne peuvent pas toucher plus de 4% du montant du contrat initial, qui dépend de la position à laquelle le joueur est recruté. S’ils veulent vraiment toucher le pactole, il leur faut présenter un joueur hors du commun, sinon attendre la renégociation du contrat ou la vente de leur poulain à un autre club. Cela nécessite du flair, de la patience, et de bonnes performances du joueur avec sa nouvelle équipe.
Surtout, avant d’engranger d’hypothétiques bénéfices, il faut d’abord engager des frais. Les joueurs exigent des avances, des aménagements pour améliorer leur quotidien. Il faut financer chacun de leurs déplacements, les voyages, les hôtels. Or à leurs débuts, Ndiaye et Medjana n’avaient quasiment rien. Ils ont dû s’endetter, emprunter toujours plus, jusqu’à mettre en péril leur entreprise. Finalement, leur opiniâtreté a fini par payer, mais la success-story a été émaillée de moments difficiles, ce qui la rend encore plus agréable à regarder aujourd’hui.
Anthony Marciano signe une oeuvre pleine de positivité, à l’énergie communicative. On prend beaucoup de plaisir à suivre le parcours de ce duo de passionnés. Si on commence par s’amuser de leurs vaines tentatives de développement, leurs petites combines et leurs efforts pour attirer l’attention sur eux et leurs protégés, on se laisse gagner peu à peu par leur foi inébranlable en l’avenir. On se réjouit d’assister à leurs petites avancées, pas par pas, à leurs premières victoires qui ouvrent la voie à quelque chose de plus grand. On adhère d’autant plus à leurs tribulations que les personnages sont incarnés par deux acteurs complémentaires, Jean-Pascal Zadi et Raphaël Quenard. L’optimisme et le sens des aphorismes de l’un viennent fusionner avec la décontraction et l’audace de l’autre, pour former un binôme drôle et attachant.
Le cinéaste trouve constamment la bonne distance, la bonne dynamique pour nous embarquer dans leur sillage. On connaissait son talent pour trousser des comédies sympathiques (Les Gamins, Play). Il se montre également très à l’aise dans ce registre du biopic inspirant.
On ne s’attendait pas à vibrer devant Le Rêve américain mais à l’arrivée, le film s’avère très plaisant, divertissant et instructif. Les oeuvres qui font du bien au moral sont suffisamment rares pour que l’on ne loue pas les qualités de celle-ci, l’une des belles surprises de ce début d’année cinématographique. Comme le dirait George Eddy (4), un film “on fire” ou “vavavoom!”.
(1) : La N2 est la quatrième division dans la hiérarchie des compétitions de basketball en France, la seconde au niveau amateur.
(2) : National Basketball Association, le championnat professionnel américain, où évoluent les meilleurs joueurs.
(3) : Ils ont réussi à placer des joueurs comme Nicolas Batum, Rudy Gobert ou Evan Fournier dans de grands clubs américains, avant qu’ils ne deviennent des piliers de l’équipe de France
(4) ; Célèbre commentateur franco-américain de matchs de basketball
Le Rêve américain
Le Rêve américain
Réalisateur : Anthony Marciano
Avec : Jean-Pascal Zadi, Raphaël Quenard, Djibi Diakhaté, Olga Mouak, Tracy Gotoas, Yilin Yang, Jérémie Covillault
Genre : Success-story
Origine : France
Durée : 1h59
Date de sortie France : 18/02/2026
Contrepoints critiques :
“Il n’est pas nécessaire d’être fan de sport pour se laisser emporter aux côtés de ces deux gars qui se démènent pour s’en sortir avec une détermination remarquable.”
(Caroline Vié – 20 minutes)
”Anthony Marciano romance un biopic sur deux agents sportifs français de la NBA. Une comédie feelgood qui canalise l’énergie des acteurs mais sans vraies idées.”
(Lelo Jimmy Batista – Libération)
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