– Il m’est arrivé un truc de dingue. J’ai invité des amis à dîner. On a pris l’apéro. L’ambiance était sympa. Au bout d’un moment, on est passé à table. J’ai annoncé le menu : pavé de cerf sauce roquefort et sa duxelles de champignons. Et là, subitement, ils ont pris la fuite sans explication.
Je n’ai rien compris.
– Est-ce que par hasard, ils n’auraient pas vu Cold Storage au cinéma récemment?
– Ah, si! Ils m’ont dit qu’ils avaient vu ce film
– Alors ça explique bien des choses…
Le film de Jonny Campbell tourne en effet autour d’une alerte microbiologique inquiétante : la prolifération d’une moisissure agressive venue de l’espace, capable de transformer animaux et humains en zombies ou de les faire exploser pour se répandre dans les alentours.
Mais comment est-elle parvenue jusqu’à notre planète, me demanderez-vous? Vous vous souvenez du film de Julie Delpy, Le Skylab ? Il brocardait gentiment les angoisses de nos aïeuls , à la fin des années 1970, qui craignaient que le Skylab, une station spatiale sortie de son orbite, ne leur tombe sur la tête ou provoque une catastrophe. Finalement, ils avaient été rassurés de le voir détruit lors de son entrée dans l’atmosphère ou englouti au fond de l’Océan Indien. Mais ils avaient finalement bien raison de craindre l’imminence d’un danger. Car des débris ont quand même touché le sol, en Australie. Notamment un récipient contenant la moisissure en question, transformée par son voyage dans l’espace.
Vingt-cinq ans plus tard, comme l’introduction de Cold Storage le montre, le microorganisme est libéré dans l’atmosphère et provoque la mort brutale de tous les habitants d’une petite ville de l’outback, heureusement à l’écart des grandes métropoles. La catastrophe est évitée de peu, grâce à l’intervention rapide d’une microbiologiste de la NASA, Hero Martins (Sosie Bacon) et de deux militaires experts en bioterrorisme, Robert Quinn (Liam Neeson) et Trini Romano (Lesley Manville).
Pour éviter que la moisissure fasse d’autres dégâts, il est décidé de conserver un échantillon dans une chambre froide de l’armée américaine, dans le quatrième sous-sol d’une base isolée au fin-fonds du Kansas. Le problème, c’est que ce stockage est tellement confidentiel que même le Pentagone finit par l’oublier. La base est fermée et le terrain est vendu à une entreprise de self-stockage. Mais la zone de confinement, elle, est toujours active. Hélas, avec le réchauffement climatique, les dispositifs de sécurité commencent à fatiguer, et le micro-organisme se met à interpréter le remake fongique de La Grande évasion.
Cette nuit-là, deux employés sont de garde dans la société. Travis « Teacake » (Joe Keery), et Naomi (Georgina Campbell). D’habitude, leur travail est des plus tranquille, surtout quand leur abruti de patron, Anthony (Daniel Rigby), n’est pas là. Mais là, la nuit promet d’être animée. Quand ils découvrent la zone secrète dont l’alarme s’est déclenchée, ils s’inquiètent un peu. Car pénétrer dans une zone militaire sans y être habilité est potentiellement un délit. Mais quand ils voient un cerf contaminé exploser sous leurs yeux, libérant au passage une flaque chargée de matière fongique, ou constatent que le compagnon de Naomi, Mike (Aaron Heffernan), l’esprit embrumé par le mycélium, cherche à les agresser, ils s’inquiètent beaucoup et appellent l’armée.
Leur alerte est bien enregistrée, mais suscite peu de réactions de la part du commandement.
Seul Quinn, aujourd’hui retraité, prend l’affaire au sérieux. Prévenu du déclenchement de l’alarme, il est déjà en route pour régler le problème de façon radicale (pour combattre un champignon microscopique, rien de tel qu’un champignon… atomique).
En attendant l’arrivée des renforts, les deux jeunes employés doivent résister tant bien que mal aux assauts de Mike et des autres personnes zombifiées présentes dans le périmètre. Surtout, ils doivent éviter tout contact avec la moisissure de l’espace. Non contente de perturber violemment le microbiote cutané (1), elle s’empresse de se développer dans l’organisme en cherchant à contrôler le cerveau humain.
Le scénario sent un peu le moisi, mais pas parce qu’il est mal écrit. Au contraire. Il est signé par David Koep, auteur de talent, à qui l’on doit les scripts de plusieurs films de Spielberg, De Palma, Fincher ou Soderbergh, et qui ici adapte son propre roman (2). D’accord, pour le côté cinéma-vérité, on repassera. Dans la vraie vie, la moisissure n’évoluerait pas si vite dans les organismes vivants, mais se répandrait plus vite dans les environs, par le biais des spores produites par le champignon microscopique. On a les données scientifiques pour le prouver (3).
Et puis, la zone militaire revendue à une société de garde-meuble, on a quelques doutes sur la crédibilité de la chose (ou alors ça fait vraiment peur)… Mais dans ce genre de récit, on se moque bien de la vraisemblance, tant que la narration fonctionne.
De ce point de vue, Cold storage est réussi. C’est une série B vive, bien rythmée, qui trouve constamment le ton juste entre comédie, suspense et horreur et qui recèle quelques jolies séquences. Par exemple celle qui explique comment la moisissure finit par se frayer un chemin hors de la zone de confinement. Non, cette fois-ci, le pangolin n’a rien à voir avec le schmilblick !
Joe Keery, habitué à fréquenter des choses plus étranges (des Stranger Things pour les anglophones ou les séries-maniaques) est plutôt dans son élément. Il forme un beau duo avec Georgina Campbell, vue entre autres dans Les Guetteurs et un épisode de Black Mirror.
Pour les épauler, ils peuvent aussi compter sur le duo improbable formé par Liam Neeson et Lesley Manville. Le premier semble prendre goût au second degré depuis qu’il a pris la suite de Leslie Nielsen dans la saga Y a-t-il un flic ?. La seconde, que l’on avait quittée en botaniste cintrée dans Queer, est ici impayable en mère de famille/militaire experte en biologie qui cache dans sa cave une arme nucléaire, tranquille.
Le casting se paie même le luxe d’une apparition de Vanessa Redgrave, toujours en forme à 89 ans.
Evidemment, ce n’est pas un sommet d’art & essai. Le film ne défend aucune thèse. A la rigueur, il peut inciter à réfléchir aux conséquences d’une science sans conscience. Mais il assume pleinement sa fonction de divertissement, de petite comédie horrifique, ce qui est déjà très bien. Et il vous incitera sans doute à nettoyer votre domicile de fond en comble, pour éliminer toute trace de moisissure, bactérie ou autre virus. Seul inconvénient, vous aurez peut-être une phobie passagère des fromages à pâte persillée et des cervidés. Ne vous inquiétez pas, ça vous passera !
(1) : Petite dédicace à Chrisse, une microbiologiste de mes connaissances, experte en microbiote
(2) : “Chambre froide” de David Koep – éd. Harper Collins – coll. Harper Collins Noire
(3) : Si je fais une dédicace à Chrisse, je me dois aussi d’en faire une à Samantha, ex-microbiologiste reconvertie en experte Data Scientist. Pas de jalouse!
Cold storage
Cold storage
Réalisateur : Jonny Campbell
Avec : Joe Keery, Georgina Campbell, Liam Neeson, Lesley Manville, Vanessa Redgrave, Aaron Heffernan, Daniel Rigby, Ellora Torchia, Sosie Bacon
Genre : Comédie horrifique et fongique
Origine : Etats-Unis, Royaume-Uni, France
Durée : 1h39
Date de sortie France : 18/02/2026
Contrepoints critiques :
”Cold Storage est une aventure divertissante et maîtrisée. Mais malgré toutes ses belles qualités, le film est parasité par son incapacité à faire des choix radicaux et à surprendre. Au rayon des champignons, on a fait meilleure cueillette… mais aussi pire.”
(Julie Hay – Le Journal du Geek)
”Une horror come-dy sans prétention et distrayante, à qui l’on ne cherche pas à en demander davantage.”
(La Rédaction – Rolling Stone)
Crédits photos : Copyright Reiner Bajo