Cinéma | AUCUN AUTRE CHOIX – 15/20

Par Taibbo

De Park Chan-Wook | Par Park Chan-Wook, Kyoung-mi Lee
Avec Lee Byung-Hun, Ye-jin Son, Park Hee-Soon

Chronique : Le cinéma de Park Chan-Wook est reconnu à juste titre pour être percutant dans son propos, techniquement pointus et impressionnant esthétiquement. Ses films ont pour la plupart laissé une trace artistique durable, souvent marqués par des délices de mise en scène et des chocs narratifs retentissant. Parmi eux, deux chef-d ’œuvres prodigieux dans des styles diamétralement différents, Old boy et Mademoiselle.
On comprend aisément ce qui a pu attirer le cinéaste dans le roman de Donald E. Westlake déjà adapté par Costa Gavras avec José Garcia il y a 20 ans dans Le Couperet.
Tout en reprenant la même intrigue, Park Chan-wook en accentue la dimension burlesque pour en renforcer la portée sociale. L’histoire reste la même : un cadre supérieur d’une fabrique de papier se retrouve au chômage et, alors qu’il pensait retrouver rapidement un poste, découvre que la tâche est bien plus ardue qu’il ne l’imaginait. Convaincu qu’il n’a pas d’autre choix, il décide d’éliminer la concurrence. Littéralement.
Sans surprise, la mise en scène du réalisateur coréen est d’une richesse et d’une sophistication étourdissantes : fondus enchainés, partage d’écran, juxtapositions des espaces, utilisation distanciée et essentielle de la musique (fascinante première tentative de meurtre). Comme à son habitude, il délivre des scènes immédiatement mémorables, et opère un savant mélange des genres entre body horror et humour slapstick, jouant autant de l’absurde que de la satire sociale acide, l’un servant l’autre et réciproquement. Et cela génère autant des moments de divertissement que de gêne devant les piètres qualités d’assassins de You Man-su.
Car le scénario n’emprunte pas forcément le chemin attendu Il intrigue par son imprévisibilité et ne se contente pas de dérouler mécaniquement une liste de concurrents à supprimer. Le film prend son temps, bifurque, développe ses personnages — y compris les futures victimes — et nous donne les clés pour les comprendre, parfois même pour nous y attacher. Ce qui ne fait qu’accroître la cruauté des desseins insensés de You, qui voit en chacun d’eux un reflet possible de lui-même.
Aucun Autre Choix s’impose avant tout comme une satire sociale et délivre le même message que 20 ans plus tôt sur la brutalité du monde du travail, la logique capitaliste et la peur du déclassement social.
La limite du film de Park Chan-Wook tient peut-être dans ce grand écart entre le branquignol des situations et le sérieux, même le tragique du sujet. Cette distorsion peut désarçonner et ne fonctionne pas toujours avec la même efficacité.
Aucun Autre Choix n’en est pas moins un thriller cruel et jubilatoire sur beaucoup de points, nouveau témoignage d’un cinéma puissant et singulier, porté par un regard et un style rare. Il confirme qu’un film de Park Chan-Wook est toujours un événement.

Synopsis : Cadre dans une usine de papier You Man-su est un homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison. Lorsqu’il est licencié, sa vie bascule, il ne supporte pas l’idée de perdre son statut social et la vie qui va avec. Pour retrouver son bonheur perdu, il n’a aucun autre choix que d’éliminer tous ses concurrents…