L'après-guerre révèle un grand cinéaste en quelques mois, en effet, 1946, René Clément est assistant réalisateur sur le chef d'oeuvre "La Belle et la Bête" (1946) de Jean Cocteau, puis signe son premier long métrage avec "La Bataille du rail" (1946) sur la Résistance dans les Chemins de Fer durant l'Occupation, suivi aussitôt de "Le Père Tranquille" (1946) sur la vie d'une famille française sous l'Occupation, et ainsi on peut considérer que le cinéaste clôt sa trilogie sur la guerre avec ce projet qui est à l'origine une idée de Victor Alexandrov et Jacques Companeez, ce dernier étant un scénariste reconnu notamment pour "Les Bas-Fonds" (1936) de Jean Renoir ou plus tard "Casque d'Or" (1952) de Jacques Becker. René Clément reprend l'écriture en collaboration au scénario avec Jacques Rémy qui venait de signer son premier scénario pour "Bethsabée" (1947) de Léonide Moguy et qui signera plus tard le dyptique "La Chatte" (1958-1960) de Henri Decoin, puis aux dialogues Henri Jeanson, auteur parmi les plus renommé des années 30 à 60 avec entre autre "Pépé le Moko" (1937) de Julien Duvivier, "Hôtel du Nord" (1938) de Marcel Carné ou "Boule de Suif" (1945) de Christian-Jaque. Notons que René Clément signera encore deux grands films sur la Seconde Guerre Mondiale avec "Jeux Interdits" (1952) et "Paris Brûle-t-il ?" (1966). Le film reçoit au Festival de Cannes 1947 le Grand Prix du film d'aventure et policier... 1945, alors que le IIIème Reich vit ses derniers jours, un groupe de dignitaires nazis et des collabos fuient à bord d'un sous-marin pour tenter de rejoindre l'Amérique du Sud. A peine parti le sous-marin fait une dernière halte pour enlever le docteur Guibert qui se retrouve comme un intrus à soigner l'équipage. Mais malgré leur allégeance au Reich, très vite des divergences s'éveillent entre les différents membres...
Le docteur est incarné par Henri Vidal déjà un acteur connu avec notamment "Port d'Attache" (1943) de Jean Choux ou "L'Ange de la Nuit" (1944) de André Berthomieu. Parmi les autres, nazis et collabos, citons Jo Dest vu ensuite dans "Mission à Tanger" (1949) de André Hunebelle et "Le Salaire de la Peur" (1953) de Henri-Georges Clouzot, Kurt Kronefeld vu qu'une seconde fois dans "Les Evadés" (1955) de Jean-Paul Le Chanois où il reverra Claude Vernier qui tournera à nouveau pour son réalisateur avec "Paris Brûle-t-il ?" (1966) et retrouve après "La Grande Illusion" (1937) de Jean Renoir son partenaire Marcel Dalio vu dans "Pépé le Moko" (1937), "La Règle du Jeu" (1939) de Jean Renoir, "Casablanca" (1942) de Michael Curtiz, Jean Didier vu dans "Le Voyage de la Toussaint" (1943) et "Madame et le Mort" (1943) tous deux de Louis Daquin et retrouve après "Café de Paris" (1938) de Georges Lacombe et Yves Mirande l'actrice Florence Marly vue auparavant dans "Maria de la Nuit" (1936) de Willy Rozier ou "L'Alibi" (1937) de Pierre Chenal, Michel Auclair à ses débuts avec "La Belle et la Bête" (1946) et qui va continuer avec "Manon" (1949) de Henri-Georges Clouzot et ainsi devenir un des plus grands seconds rôles des Trente Glorieuses. Citons encore l'italien Fosco Giachetti vu dans "L'Escadron Blanc" (1936) de Augusto Genina, "Lumières dans les Ténèbres" (1941) de Mario Mattoli ou "La Confession Tragique" (1945) de Luigi Zampa, Paul Bernard vu dans "Pension Mimosas" (1935) de Jacques Feyder, "Les Dames du Bois de Boulogne" (1945) de Robert Bresson ou "Panique" (1946) de Julien Duvivier, Anne Campion vue ensuite dans "Le Diable Boiteux" (1948) de Sacha Guitry ou "Entre Onze Heures et Minuit" (1949) de Henri Decoin, Lucien Hector vu dans "la Petite Lise" (1930) de Jean Grémillon ou "Suzanne" (1932) de Raymond Rouleau et Léo Joannon, puis n'oublions pas Howard Vernon non crédité et qui n'apparaît pas à l'écran mais il prête sa voix pour certain doublage allemand, acteur suisse il était par contre dans "Le Père Tranquille" (1946), et retrouvera entre autre Claude Vernier dans "Le Silence de la Mer" (1947) de Jean-Pierre Melville... Le film a d'ores et déjà une qualité indéniable, il s'agit d'un des rares films à aborder les réseaux d'exfiltration nazis (Tout savoir ICI !) avec peut-être le chef d'oeuvre "Les Enchaînés" (1946) de Alfred Hitchcock, avec ensuite "Le Dossier Odessa" (1974) de Ronald Neame, "La Deuxième Vie du Colonel Schaeder" (1989) de Ian Sharp ou récemment "La Disparition de Josef Mengele" (2025) de Kirill Serebrennikov.
On suit donc le périple d'un sous-marin allemand qui affrète et escorte un groupe de notables ou officiers nazis ou des collabos jusqu'à un exil en Amérique du Sud. Un impératif oblige au kidnapping d'un médecin qui se serait bien passé de ce coup du destin. D'abord ce qui s'impose comme le plus passionnant reste les opinions divergents entre les membres tous plus ou moins nazis qui vont petit à petit instiller une atmosphère malaisante et anxiogène. En effet, le film rappelle qu'il y avait autant de nuances et de différences dans l'idéologie nazie qu'il y en a dans les différents courants de l'islamisme terroriste par exemple (pour parler de l'actualité d'aujourd'hui). Les petites discussions, salves verbales ou même les silences pesants et les regards qui tuent entre collabos et un officier nazi, ou entre une épouse nazie et un gestapiste instaurent une tension qui peut vite amener à la paranoïa. Le thriller s'avère donc avant tout psychologique, l'idéologie s'avère encore plus insidieuse entre ceux qui prennent note de la défaite du Reich et qui fuient pour changer de vie, et ceux qui pensent que le Recih est immortel et que la lutte ne fait que commencer. Le réalisateur-scénariste prend son temps, le rythme est judicieusement lancinant, suivant le lent cheminement d'un sous-marin sous les flots, les détails (regards, petites phrases assassines, menaces à peine voilées, gestes discrets ou non...) ne sont jamais superflus, jusqu'à une fin maline, loin d'être un happy end, qui laisse aussi entrevoir que certains s'en sortent et s'en sortiront... Un film prenant à voir et à conseiller.
Note :