“LOL 2.0” de Lisa Azuelos

Par Boustoune

LOL 2.0 est la suite de LOL, le film de Lisa Azuelos, daté de 2009, qui tournait autour des relations compliquées entre Anne et son adolescente de fille, Lola, « Lol » pour les intimes.
Dans ce nouveau film, Sophie Marceau rempile dans le rôle d’Anne. En revanche, plus de Lola, Christa Theret, l’interprète principale du premier opus ayant refusé de reprendre son rôle. Désormais, c’est sa petite sœur Louise (Thaïs Alessandrin) qui est au centre des débats. Evidemment, dix-sept ans après, ce n’est plus une adolescente. Louise a vingt-cinq ans. Elle a terminé ses études, a monté une startup autour de projets humanitaires et vit en couple. Enfin… « vivait » en couple, car elle se fait larguer par son goujat de mec dès les premières minutes du récit. Du coup, elle revient habiter chez Maman, qui n’est pas spécialement ravie. D’un côté, Anne est contente de passer un peu de temps avec sa fille. De l’autre, cela perturbe un peu son nouveau mode de vie. Depuis que ses filles ont quitté le nid et que son ex (Alexandre Astier) a décidé de se remarier avec une jeunette, elle a retrouvé une certaine liberté, comme une seconde jeunesse. Mais avec Louise à la maison, en mode dépressif/bordélique, elle a l’impression de revenir quinze ans en arrière, au moment de la crise d’adolescence de Lola. Elle redevient une mère, avec les contraintes que cela comporte. Et pour couronner le tout, voilà que son fils aîné (Victor Belmondo) débarque pour lui annoncer qu’il va devenir père, et, donc, par ricochet, qu’elle va devenir grand-mère. Comment ?!? A son âge ? Alors qu’elle n’est que quinquagénaire ? “Mamie”, c’est sa mère à elle (Françoise Fabian), pas elle. Rien que le mot la met dans tous ses états, comme si elle avait attrapé une maladie honteuse. Déjà qu’elle devait composer avec la ménopause… Là, c’est le coup de grâce.
Evidemment, entre la jeune femme qui semble avoir retrouvé une âme d’adolescente et sa mère qui refuse de vieillir, la cohabitation crée quelques étincelles. Mais légères, hein… N’attendez pas un film psychologique bergmanien non plus.

Le scénario aurait pourtant pu donner une œuvre subtile sur la difficulté de passer un cap dans sa vie, l’acceptation des changements, les affres et les plaisirs de la maturité, avec un peu plus d’efforts dans l’écriture. Mais le principal défaut du film, c’est que ses personnages ont vraiment des problèmes de riches. Ils sont totalement déconnectés de la réalité et se font tous une montagne d’un verre d’eau. Que de grandes douleurs pour des petits bobos (bourgeois bohème) !
Déjà Louise est à la masse. Elle pleurniche parce que son abruti de copain (Gaspard Meier-Chaurand) l’a quitté, alors que le gars est aussi fade qu’une endive et aimable comme un contrôleur des impôts. Puis elle saute sur le premier venu pour en faire son nouveau Jules. Ca tombe bien c’est son prénom (Nathan Japy). Et elle remet tout en question parce que sa startup s’est avérée un poney boîteux plutôt qu’une licorne. Petite, elle rêvait de faire sirène, comme travail. Devrait-elle abandonner les affaires pour suivre son inspiration initiale ? Ah, c’est dur la vie !
Sa copine Marie (Isaline Prévost Radeff) a aussi une vie compliquée. Elle vouvoie toujours ses parents, des snobinards caricaturaux, et leur fait croire qu’elle suit de hautes études alors qu’elle est serveuse dans un restaurant.
Heureusement, il y a leur groupe de potes, politiquement et wokement correct. Lorenzo (Théo Augier), le copain gay, Noam (Oscar Al Hafiam), un bon gars au profil « méditerranéen » et Joseph (Théo Delincak), un playboy en fauteuil roulant, paraplégique depuis une chute idiote. Le quota inclusif est respecté à la lettre, la nuance, beaucoup moins. Evidemment, ils sont tous très sympas et compréhensifs mais ils ont eux aussi à gérer de gros problèmes : Lorenzo s’interroge sur la possibilité de nouer des relations sérieuses sur Grindr et demande conseil à l’IA pour choisir ses conquêtes, Noam doit intégrer une prestigieuse école de cinéma à Londres et ne sait pas comment l’annoncer à Joseph, avec qui il est en colocation. Et ce dernier est fort meurtri de ne pas réussir à séduire sa kinésithérapeute, de 20 ans son aînée. C’est du Zola… (plutôt le gorgon, pour le côté dégoulinant)
Pour supporter leurs malheurs, ils fument des pétards, se saoulent à la vodka et mangent du chocolat hallucinogène.

Le scénario n’est guère clément avec eux (et avec nous). Par exemple, la pauvre Louise, lors d’une rare virée en boîte de nuit, tombe à la fois sur son ex (pas de bol) ET sur la future femme de son père, qui se trouve être son ancienne BFF. Dans la vraie vie, la probabilité pour que ça arrive est quand même très faible. Dans un scénario de Lisa Azuelos, c’est normal. Du coup, cela met Louise dans tous ses états, puis dans un drôle d’état, après une nuit de beuverie, et compromet sa chance de nouveau départ avec Jules. En même temps, en tant que spectateur, on peut lui conseiller de réfléchir avant de se lancer. Le type est bizarre…  Il se balade avec des cales plein les poches pour éviter que les tables du restaurant soient instables. C’est un toc : il n’aime pas ce qui est bancal. En particulier les femmes bancales, comme Louise. C’est peut-être vieux jeu, mais il me semble que dans la vraie vie, si un type compare une femme à un meuble, ses chances de “conclure” sont à peu près aussi élevées qu’un trajet en RER sans problème (ou que le malheur de tomber sur son ex et sa future belle-mère en boîte). Mais dans un scénario de Lisa Azuelos, ça ne cale pas… Ca obéit au schéma classique de la comédie romantique, avec jeu de séduction, idylle compromise, clash puis retrouvailles sur fond de violons. C’est du mélo fondant, du mélo marshmallow.

Les malheurs de Sophie (Marceau) sont du même calibre. “Ouh là là, si je deviens grand-mère, adieu ma liberté et adieu les mecs, car personne ne s’intéressera à moi !”. En même temps, cela l’incitera peut-être à arrêter ses plans de cougar avec des petits minets qui sont plus doués pour jouer à la console que pour se lancer dans des étreintes torrides. Ne serait-elle pas plus heureuse avec un quinquagénaire qui s’assume, comme Vincent (Vincent Elbaz), le type qu’elle a croisé dans un parc ? Mais Anne n’a rien envie de voir venir et surtout pas ce bébé qu’on veut déjà lui mettre dans les pattes alors qu’il n’est même pas né. Elle fait sa crise de la soixantaine avant l’heure, se comporte comme une gamine et surjoue la souffrance. Telle mère, telle fille…
Ce qui aurait pu être intéressant à creuser, c’est le fossé générationnel entre Anne, en fin de carrière, et ses jeunes collègues millennials, des pestes qui critiquent les boomers pour leur inconséquence, mais sont souvent elles-mêmes extrêmement irrespectueuses vis à vis des autres. Une partie de l’intrigue (un bien grand mot) tourne autour d’un projet d’architecture où la future grand-mère doit évoluer en binôme avec une pimbêche. Mais elle est finalement très peu exploitée. A peine quelques joutes verbales. Dans un scénario de Lisa Azuelos, c’est normal. On s’accroche un peu, mais on se rabiboche vite. Le monde est beau, et même bobo. C’est du Zola, mais aussi du Marc Lévy !

Bref, vous aurez compris que ce LOL 2.0 ne brille pas par son scénario. En même temps, je ne me souviens pas trop du premier opus – avec l’âge, la mémoire commence à flancher – mais le script n’était peut-être guère plus évolué… Pour le 3.0, il faudra peut-être laisser l’IA écrire l’histoire… C’est dommage, car la mise en scène de Lisa Azuelos sait se montrer efficace par moments, tout comme le montage de Baptiste Druot. Le rythme est assez soutenu et il y a quelques beaux moments, grâce à l’utilisation des écrans qui viennent souligner les différences de génération ou, au contraire, ce qui rapproche de façon universelle. Et, à condition de ne pas être trop exigeant, on peut se laisser gagner par le final, où le happy-end est évidemment de rigueur.


LOL  2.0
LOL 2.0

Réalisatrice : Lisa Azuelos
Avec : Thaïs Alessandrin, Sophie Marceau, Nathan Japy, Vincent Elbaz, Françoise Fabian, Alexandre Astier, Victor Belmondo, Isaline Prévost Radeff, Théo Augier, Oscar Al Hafiam, Théo Delincak, Sylvie >Testud, Pauline Briand
Genre : Petits bobos, grandes douleurs
Origine : France
Durée : 1h45
Date de sortie France : 11/02/2026

Contrepoints critiques :

Un reflet juste et sensible de notre époque. Et une comédie drôlement réussie.”
(Nathalie Dupuis – Elle)

”Une suite tendre et optimiste, portée par un duo mère-fille pétillant.”
(Jean-Luc Wacthausen – Le Point)

”De la psychologie de comptoir où, derrière la caméra, la fille de Marie Laforêt offre le premier rôle à sa propre fille, Thaïs Alessandrin. En soi, cela ne serait pas problématique si la performance de cette dernière était a minima correcte, ce qui n’est absolument pas le cas.”
(Cédric Coppola – Nice Matin)

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