Aucun Autre Choix (2026) de Park Chan-Wook

Réalisateur phare de la Corée du Sud avec sa trilogie de la Vengeance (2002-2005), "Stoker" (2013) ou "Mademoiselle" (2016), Park Chan-Wook revient avec une nouvelle adaptation du roman "La Couperet" (1997) de Donald E. Westlakequi avait déjà été porté sur grand écran en France avec "Le Couperet" (2005) de Costa Gravas dont, d'ailleurs, le fils et la veuve, Alexandre Gravas et Michèle Ray-Gravas sont les co-producteurs aux côtés de Park Chan-Wook lui-même. Ce dernier explique : "C'est une histoire qui traite à la fois du monde intérieur brûlant d'un individu et des grandes problématiques sociétales qui l'entourent. L'adapter me permettait d'explorer ces deux dimensions de façon totalement fluide, ce c'est exactement le type de sujet cinématograhique que recherchent les réalisateurs. J'ai aussi immédiatement eu des idées sur des choses que j'avais envie de modifier oud'ajouter durant le processus d'adaptation. La tragédie du livre me fascinait, mais j'y voyais aussi un potentiel de comédie noire, ce qui pouvait donner un film à la fois dramatique et jubilatoire. J'ai aussi eu l'idée d'ajouter une couche supplémentaire : que la femme et le fils du protagoniste finissent par comprendre les choses terribles qu'il a faites. Souvent, quand quelqu'un se dit : "Je le fais pour ma famille", c'est précisément cette chose-là, ou la poursuite de celle-ci, qui finit pas détruire ou abîmer sa famille. Quel paradoxe tragique..." Producteur-Réalisateur-Scénariste, Park Chan-Wook co-signe son scénario avec Lee Ja-Hye qui vient de signer le scénario de "Soulèvement" (2024) de Sang-Man Kim, Lee Kyong-Mi lui-même réalisateur-scénariste de "Miss Hongdangmu" (2008) et "The Truth Nebeath" (2016), puis avec Don McKella réalisateur-scénariste de "Last Night" (1998) ou "La Grande Séduction à l'Anglaise" (2013), et parfois juste scénariste comme pour "Le Violon Rouge" (1998) de François Girard ou "Blindness" (2008) de Fernando Meirelles. Film interdit au moins de 12 ans... 

Cadre dans une usine de papier, Yoo Man-Soo estun homme heureux, il aime sa femme, ses enfants, ses chiens, sa maison mais lorsqu'l est soudainement licencié sa vie bascule. Il ne supporte pas l'idée de perdre son statut social et la vie aisée qui va avec. Pour retrouver sa place, il ne voit qu'un moyen, pas d'autre choix que d'éliminer ses concurrents... Yoo Man-Soo est incarné par Lee Byung-Hunqui retrouve son réalisateur après des années après "Joint Security Area" (2000) et "Trois Extrêmes" (2004), avant de devenir une star avec "A Bittersweet Life" (2005), "Le Bon la Brute et le Truand" (2008), "J'ai Rencontré le Diable" (2010) tous trois de Kim Jee-Woon, cinéaste qu'il retrouve pour "The Age of Shadows" (2016) où il retrouve aussi son partenaire Park Hee-Soon se retrouvant encore dans "The Fortress" (2017) de Hwang Dong-Hyeok, tandis que Le Byung-Hun retrouve également après "L'Homme du Président" (2020) de Woo Min-Ho l'acteur Lee Sung-Min vu dans "Morsures" (2012) de Ha Yu ou "The Spy gone North" (2017) de Yoon Jong-Bin. Citons ensuite Son Ye-Jin vue dans "Ivre de Femmes et de Peinture" (2002) de Im Kwon-Taek, "Open City" (2007) de Lee Sang-Gi ou "The Last Princess" (2016) de Hur Jin-Ho, Yeon Hye-Ran vu dans "Memories of Murder" (2003) de Bong Joon-Ho ou "Sea Fog" (2014) de Shim Sung-Ho et retrouve après "71 : Into the Fire" (2010) de Lee Jae-Han son partenaire Cha Seung-Won vu dans "Man on High Hills" (2014) de Jang Jin ou "Night in Paradise" (2020) de Park Joon-Jeong, Yoo Yeon-Seok aperçu dans "Vanishing" (2021) de Denis Dercourt, et enfin Yoon Ga-I révélé dans la série TV "All of Us are Dead" (2022-...)... Le film débute comme une image d'épinal, la famille parfaite et idéale, dont la situation sociale est aisée et confortable, une scène qui impose d'emblée un contraste fort puisqu'on sait que le licenciement arrive. Le scénario prend son temps pour mettre en place l'intrigue, montrant d'abord une société sud-coréenne avec ses particularités, les petits détails sur la réorientation professionnelle ou le déclin social qui reste une humiliation, avec un prémice d'humour noir entre dérision et ironie..

La façon dont l'idée insidieuse vient à Man-Soo/Byung-Hun est savoureuse, mais le ton devient bien plus absurde puis caustique au fil du récit en se reposant aussi sur un fait indéniable : devenir tueur n'est ni naturel ni facile. Le réalisateur met en place tout un style dont un visuel façon papier glacé qui appuie le côté anxiogène, qui est aussi atténué par le côté satirique, mordant qui offre 2-3 rires dans un drame social qu'on aurait aimé encore plus jubilatoire. Evidemment, on ne peut s'empêcher de comparer avec  "Le Couperet" (2005) ; le film de Costa Gravas est fidèle au roman, plus sérieux et plus tragique malgré une dose d'ironie, Park Chan-Wook se détache du roman, il prend plus de liberté pour accentuer l'absurde et le cynisme dans un humour noir très réussi sans tomber non plus dans le grotesque. On préfère cette version aussi parce que la dénonciation politico-sociale est plus subtile et moins appuyée. L'acteur Lee Byung-Hun est très bon (comme d'habitude) mais il se fait presque voler la vedette par son épouse jouée par Son Ye-Jin qui est absolument épatante, très bon casting par ailleurs. Park Chan-Wook signe sans doute son film le plus drôle, ce qui ne dit pas hilarant, dans un humour noir et acerbe efficace et maîtrisé sur le monde impitoyable du travail.

Note :                 

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15/20