Cinéaste culte s'il en est, essentiellement avec les trilogies "Evil Dead" (1981-1992) et "Spider-Man" (2002-2007), on oublie souvent que les meilleurs films de Sam Raimi sont aussi des one shot avec "Un Plan Simple" (1998) ou "Intuitions" (2000). Après des années chez Disney et Marvel le cinéaste revient à ses premières amour avec le film d'horreur, genre qu'il n'avait plus abordé depuis le très bon "Jusqu'en Enfer" (2009). Ayant appris que Sam Raimi cherchait justement un thriller horrifique, deux scénaristes qui ont signé auparavant les films d'horreur "Freddy contre Jason" (2003) de Ronny Yu et "Vendredi 13" (2009) de Marcus Nispel mais aussi "Baywarch - Alerte à Malibu" (2017) de Seth Gordon, Damian Shannon et Mark Swift ont ressorti de leur carton un scénario sur une femme humiliée dans le monde de l'entreprise, ils l'ont retravaillé avant de le proposer au réalisateur : "J'ai aussi adoré toutes les possibilités dramaturgiques offertes par le scénario. Que se passerait-il si une femme était flouée par une bande de collègues hommes à son boulot, si la direction la malmenait et si son patron, à la fois malveillant et méprisant, la traitait comme une moins que rien ? Et si elle était incapable de progresser dans sa carrière en raison de ce profond dysfonctionnement ? Et si tous deux s'écrasaient en avion sur une île et que leurs rôles soient inversés ?" Film interdit au moins de 12 ans... Un groupe de collègues voyagent en avion où ils accompagnent leur patron Bradley Preston. Mais l'avion se crashe et deux seuls passagers sont rescapés, le patron Bradley et son employée Linda Liddle. Ils se retrouvent coincés sur une île déserte, Bradley est blessé et ne peut se mouvoir, tandis que Linda s'avère une adepte des méthodes de survie. Alors que Bradley demeurent aussi abject et condescendant que dans leur relation professionnelle, bientôt Linda va lui faire savoir que dans ce nouveau contexte, elle est la patronne au grand désespoir de Bradley. Leur survie en dépend, mais leur relation va s'envenimer...
Le patron Bradley est joué par Dylan O'Brien révélation de la saga "Le Labyrinthe" (2014-2018) de Wes Ball et vu ensuite dans "Love and Monsters" (2020) de Michael Matthews ou "The Outfit" (2022) de Graham Moore. L'employée survivante Linda est incarnée par Rachel McAdams vue notamment dans "N'Oublie Jamais" (2004) de Nick Cassavetes, "Spotlight" (2015) de Thomas McCarthy ou "Désobéissance" (2017) de Sebastian Lelio et retrouve son réalisateur après "Doctor Strange in the Multiverse of Madness" (2022) à l'instar d'un certain Bruce Campbell, acteur fétiche du réalisateur depuis la trilogie "Evil Dead" (1981-1992) et de quasi tous les films du cinéaste retrouvant aussi Emma Raimi, fille de, déjà apparue devant la caméra de son père dans "Spider-Man 3" (2007), "Jusqu'en Enfer" (2009) et "Le Monde Fantastique d'Or" (2013). Citons ensuite Edyll Ismail qui retrouve après la série TV "La Brea" (2021-2024) l'actrice Kristy Best aperçue auparavant dans "Osiris la 9ème Planète" (2016) de Shane Abbess, Dennis Haysbert vu dans "Heat" (1995) de Michael Mann, "Loin du Paradis" (2002) de Todd Haynes ou "Goodbye Bafana" (2007) de Bille August, Xavier Samuel remarqué dans "Anonymous" (2011) de Roland Emmerich, "Perfect Mothers" (2013) de Anne Fontaine, "Love and Friendship" (2016) de Whit Stillman ou "Blonde" (2022) de Andrew Dominik, Chris Pang apparu dans "Demain quand la Guerre a commencé" (2010) et "I Frankenstein" (2014) tous deux de Stuart Beattie ou "Crazy Riche Asians" (2018) de Jon .M Chu, puis enfin Thaneth Warakulnukrog apparu dans "Bad Genius" (2017) de Nattawut Poonpiriya et "Pop Aye" (2017) de Kirsten Tan... D'ores et déjà, le film est présenté comme une savoureux mélange entre "Misery" (1980) de Rob Reiner et "Seul au Monde" (2000) de Robert Zemeckis et c'est plutôt bien vu. Le film impose à la fois un contraste et un cliché presque caricatural, où une employée laide et peu soigneuse mais néanmoins une pro indispensable à sa société se fait voler son poste par copinage du patron playboy. Ainsi d'emblée on se dit évidemment que le jeune patron est aussi abject qu'infect à la façon du mâle alpha exacerbé, tandis qu'on a forcément de l'empathie pour la pauvre employée spoliée pour des raisons nullement professionnelles même si son apparence peut être une problématique indéniable vis à vis de l'image de sa société. Un contraste homme vs femme dans un milieu professionnel avec un curseur poussé au max jusque dans des détails (le thon !) aussi acerbes que grotesques mais tout à fait plausibles. Les réactions de l'une comme de l'autre lors de leurs faces à faces au bureau sont en cela savoureux.
Le crash aérien donne soudain le ton, le gore s'invite par à coup, soudainement et sans crier gare, à la fois horreur réaliste et ridiculement risible, ce qui se confirmera par la suite. L'île magnifique (tourné majoritairement sur l'île de Koh Long en Thaïlande) s'impose comme le troisième personnage principal, une île paradisiaque, un eden qui permet effectivement d'imaginer une survie éternelle mais qui regorge aussi de pièges naturels. D'ailleurs, les acteurs ont été formés par Ky Furneaux, un experte en survie afin que tout ce qu'on voit dans le film sur le paramètre de la survie est réaliste et factuel. Le scénario est imparable, l'inversion des rôles devient logique et naturel même si le PDG/O'Brien a bien du mal à se faire à son "déclassement social". C'est jubilatoire. Le scénario est malin, instille des indices alors qu'au fur et à mesure les actions-réactions se font plus complexes et ambigus créant un twist qui se dévoile sur la longueur. Le gore s'invite par petite touche plus ou moins efficace ou même gratuit mais toujours sur la ligne jaune, en équilibre avec l'apothéose finale même si 1-2 passages méritaient plus de mesure... ATTENTION SPOILERS !... pour la conclusion finale, on aurait aimé qu'elle porte un cache-oeil façon pirate, ça aurait été stylé et plus réaliste au vu de ce qu'elle a subit... FIN SPOILERS !... Sam Raimi signe son meilleur film depuis "Jusqu'en Enfer" (2009), un thriller fun, violent, savoureux et jubilatoire sur la vengeance d'une femme juste un chouïa psychopathe. Un très bon moment cinoche.
Note :