Couronnée des succès de ses premiers films "Promising Young Woman" (2020) et "Saltburn" (2023) la britannique Emerald Fennell revient avec un film en costume, un genre en soi dont elle a déjà écumé plusieurs films lorsqu'elle était actrice avec entre autre "Anna Karénine" (2012) de Joe Wright ou "Danish Girl" (2015) de Tom Hooper voir la série TV "The Crown" (2019-2020). Cette fois pour son troisième projet elle s'attaque à un monument de la littérature en adaptant le roman "Les Hauts de Hurlevent" (1847) de Emily Brontë qui a déjà connu plusieurs adaptations et pas des moindres avec le chef d'oeuvre "Les Hauts de Hurlevent" (1939) de William Wyler, la version hispanique éponyme (1954) de Luis Bunuel, la version française transposée dans les années 30 "Hurlevent" (1986) de Jacques Rivette, le japonais "Onimaru" (1988) de Yoshishige Yoshida, puis les versions "Les Hauts de Hurlevent" (1992) de Peter Kosminsky et le récent éponyme (2011) de Andrea Arnold. Réalisatrice-scénariste, Emerald Fennell explique : "Je voulais voir si j'étais capable d'en proposer une adaptation que moi-même, en tant que fan absolue, j'aurais envie de voir au cinéma. C'était vraiment exaltant." Ainsi la cinéaste avoue vouloir en faire une version plus "érotique et quelques peu sacrilèges". Le film est doté d'un budget de 62 millions de dollars, ce qui n'est pas excessif pour une telle production en costumes... Dans une contrée reculée de l'Angleterre, le riche propriétaire M. Earnshaw, déjà père de Hindley et Catherine, rentre à la propriété familiale avec Heatcliff, qu'il présente comme son fils adoptif. Une forte rivalité s'instaure entre les deux garçons tandis que Catherine et Heatcliff tombe amoureux. Mais quand Catherine en épouse un autre une ambition farouche va s'éveiller en Heatcliff qui va préparer une vengeance impitoyable...
Catherine Earnshaw est jouée par Margot Robbie vue dernièrement dans "Babylon" (2022) de Damien Chazelle ou "A Big Bold Beautiful Journey" (2025) de Kogonada, mais surtout "Barbie" (2023) de Greta Gerwig où elle a tourné avec Emerald Fennell, qu'elle retrouve aussi pour la troisième fois en tant que productrice après ses deux premiers films, à l'instar de son partenaire, alias Heatcliff, incarné par Jacob Elordi qui était donc dans "Saltburn" (2023) et depuis en pleine ascension avec les films "Priscilla" (2023) de Sofia Coppola, "Les Indomptés" (2024) de Daniel Minahan ou "Frankenstein" (2025) de Guillermo Del Toro. La jeune Catherine est jouée par Charlotte Mellington dans son premier rôle, tandis que le jeune Heatcliff est joué par Owen Cooper révélé dans la série TV "Adolescence" (2025). Après "Saltburn" (2023), ils se retrouvent avec ses partenaires Alison Oliver vue ensuite dans "The Order" (2025) de Justin Kurzel, puis Ewan Mitchell vu auparavant dans "High Life" (2018) de Claire Denis. Citons ensuite Hong Chau vue dans "Le Menu" (2022) de Mark Mylod, "The Whale" (2023) de Darren Aronofsky, ou "Kinds of Kindness" (2024) de Yorgos Lanthimos et retrouve Margot Robbie après "Asteroid City" (2023) de Wes Anderson, Shazad Larif apparu dans "Indian Palace : Suite Royale" (2015) de John Madden, "The Passenger" (2018) de Jaume Collet-Serra ou "Et l'Amour dans Tout ça ?" (2022) de Shekar Kapur, puis Martin Clunes apperçu dans "Shakespear in Love" (1998) de John Madden ou "Goodbye Mr. Chips" (2002) de Stuart Orme mais surtout connu pour la série TV "Doc Martin" (2004-...)... D'emblée on peut saluer le travail sur le visuel, d'abord via les costumes sublimes entre autre de la star Margot Robbie en Catherine grâce à Jacqueline Durran Chef costumière parmi les plus réputées avec des titres à son actif du calibre de "Eyes Wide Shut" (1999) de Stanley Kubrick, "Anna Karénine" (2012) de Joe Wright, "Spencer" (2021) de Pablo Larrain et justement "Barbie" (2023), sans oublier la qualité de l'image et des plans signés du Directeur Photo Linus Sandgren qui est un fidèle de Damien Chazelle depuis "La La Land" (2016) et qui retrouve sa réalisatrice après "Salburn" (2023)... A contrario, le premier soucis va avec le choix de casting, certe deux stars mais qui ont tout de même 7 ans d'écart, et désolé mais Margot Robbie fait bel et bien plus âgée avec ses 35 ans, alors que les personnages dans le roman ont sensiblement le même âge, et tandis que le film se focalise sur la partie du roman où ils ont 18-19 ans au départ, la réalisatrice précise qu'elles les auraient vieilli apparemment plus vers les 25 ans pour un récit sur six années... Ce qui ne change pas grand chose à la problématique visuelle sur l'âge. Il faut donc être capable d'accepter ce changement notable que Margot Robbie soutient : "Emmerald a vieilli les personnages et elle a aussi fait évoluer certains enjeux du film. Comme ils sont plus âgés et qu'ils font des choix qui sont les leurs, on ne peut sans doute pas leur trouver d'excuse en se disant "Ce sont de grands gamins un peu idiots qui n'ont pas encore vécu, et ils ne savent pas ce qu'ils font." Je crois que d'une certaine façon, ils sont davantage responsables." Tout un buzz plus ou moins polémique a précédé le film sur sa dimension érotique ce qui est un bad buzz, encore un énième débat aussi vain qu'inepte. Le film a certe une dimension érotique moins si soft et sage qu'il n'y a pas lieu de créer au loup. Aucune scène dénudée, à peine une épaule, tout est suggestion et/ou hors champs. Dont acte. La réalisatrice-scénariste a fait le choix de simplifier l'histoire pour se focaliser essentiellement sur le couple Catherine-Heathcliff... ATTENTION SPOILERS !... Pas de frère Hindley alcoolique mais un père aimant qui devient ici l'alcoolique qui ruine la famille, pas d'enfants, tandis que le palfrenier n'est plus un bigot... FIN SPOILERS !... Des changements qui peuvent heurtés les fans du roman plus que le pseudo-érotisme.
Pourtant l'esprit et l'âme du roman est bien retranscrit, cette continuelle dualité amour-haine entre les uns et les autres, la jalousie ou l'orgueil s'ajoute dans un melting-pot malsain, fiévreux et funeste. Le couple phare est magnifiquement incarnée avec une Catherine/Robbie pourrie gâtée malgré les sévices, mais aussi belle et fausse rebelle qui se plie malgré tout aux convenances, tandis que Heathcliff/Elordi est un beau ténébreux que la jalousie pousse à être un être abject. L'histoire d'un amour fou et maudit parce que les vices parasitent les sentiments. On aime aussi le travail sur les costumes et les décors ; dans les paysages brumeux, venteux des landes un manoir perdu de style intemporel d'une austérité à la fois baroque et moderne. Le manoir de l'époux Linton se fait plus luxueux, mais est aussi une sorte de tombeau de solitude qui va se ternir au fil du récit. Les tons ternes d'un climat sauvage du nord britannique évolue ensuite avec une importance toujours plus importante de la couleur rouge, symbole de passion mais aussi des couleurs de l'enfer. Emerald Fennell offre une version passionnante, magnifiquement épurée et visuellement de toute beauté. Très beau moment.
Note :
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