“Retour à Silent Hill” de Christophe Gans

Par Boustoune

Réalisée par Christophe Gans en 2006, la première adaptation du célèbre jeu de Konami, Silent Hill, était assez correcte. Avant de voir son scénario basculer dans une certaine confusion dans son dernier tiers, c’était un film d’horreur efficace, fidèle à l’ambiance du matériau original et offrant quelques scènes terrifiantes.
La suite, Silent Hill: Revelation 3D signée par M.J. Bassett, était beaucoup moins convaincante, pour ne pas dire catastrophique : scénario bâclé avec retournements de situation ridicules, dialogues grotesques, acteurs en roue libre, mise en scène abominable et séquences horrifiques complètement ratées, essayant de capitaliser sur les effets du premier film, mais sans jamais y parvenir, faute de talent. Game Over.
On aurait probablement évité ce Retour à Silent Hill si Christophe Gans n’avait repris le contrôle, finalisant le projet qu’il avait prévu dès la sortie de Silent Hill (1) et adaptant le second jeu de la franchise

L’intrigue suit le retour de James Sunderland (Jeremy Irvine) à Silent Hill. C’est dans cette petite ville montagneuse qu’il avait rencontré la femme de sa vie, Mary Crane (Hannah Anderson) (2). Ils avaient vécu quelque temps, heureux, avant que la situation ne se dégrade et qu’ils se séparent. Depuis, James est une épave. Il est dépressif, alcoolique, en proie à des maux de tête brutaux et son état inquiète beaucoup sa psychothérapeute (Nicola Alexis). Un soir, après une énième soirée de beuverie, il trouve une lettre de Mary l’invitant à venir la rejoindre où ils se sont rencontrés. Il prend illico la route pour partir la retrouver. Mais en arrivant sur les lieux, l’ambiance est étrange, irréelle. Silent Hill est plongée dans le brouillard et il pleut des cendres. Aux portes de la ville, James croise une jeune femme, Angela, qui ressemble étrangement à Mary. Elle lui explique que la population a été décimée par une mystérieuse maladie et qu’il est fort peu probable qu’il puisse trouver des survivants. Cela n’empêche pas James de poursuivre sa quête. Il ne tarde pas à retrouver des lieux familiers, qui réveillent ses souvenirs, mais tout semble être une version corrompue de ce qu’il a vécu. Les rues semblent désertes. Les bâtiments sont désaffectés, tombent en décrépitude. Mais surtout, ils abritent quelques créatures monstrueuses : des formes humanoïdes blanches sans visage, crachant un liquide corrosif depuis une plaie à la poitrine, des insectes mutants, des vermines effrayantes, sans oublier un colosse dont la tête est enfermée dans une sorte de pyramide métallique. Et plus James s’aventure profondément dans ces lieux labyrinthiques, plus l’atmosphère devient cauchemardesque.

Petit soulagement, Retour à Silent Hill est nettement plus regardable que Silent Hill : Revelation 3D. En même temps, ce n’est pas l’exploit du siècle au vu du niveau de ce dernier. Il faut reconnaître qu’on ne passe pas un mauvais moment face à cette histoire aux forts accents psychanalytiques, qui emprunte autant au jeu qu’à des oeuvres à l’atmosphère insolite, comme Le Carnaval des âmes. Cela étant dit, ce n’est pas l’extase cinématographique non plus.
Déjà, il est bien difficile de s’identifier au personnage principal, assez insupportable et joué de façon caricaturale par Jeremy Irvine. Dès la première scène, on le voit rouler à tombeau ouvert dans des routes en lacets, fumer un joint au volant et provoquer un accident. Peu après, il se pochetronne dans un bar, provoquant une altercation avec les vigiles. Et une fois à Silent Hill, il est trop rincé pour se rendre compte que les rares femmes qu’il croise ont toutes le visage de Mary (c’est sans doute plus économique, niveau casting). On a envie de le secouer pour qu’il sorte de sa torpeur dépressive et arrête son délire. Surtout que si James ne saisit pas bien ce qui lui arrive, les spectateurs, eux, seront sans doute plus clairvoyants et comprendront assez vite les tenants et aboutissants de l’histoire, plongée au coeur d’une psyché tourmentée ou sorte de fugue psychogénique. Ce huis clos mental aurait pu être l’atout majeur du film, comme il l’était dans le jeu, mais le cinéaste et ses co-scénaristes, Sandra Vo-Anh et Will Schneider, ne parviennent pas à l’exploiter comme il faut. Ils ont beau essayer de retarder l’échéance en fractionnant l’intrigue, entre flashbacks et exploration des lieux, ou en multipliant les fausses pistes, un bric-à-brac où l’on trouve virus exterminateur, secte illuminée et histoire familiale complexe, rien n’y fait. Le mystère se trouve bien vite éventé, la progression du film devient poussive et l’ennui s’installe peu à peu. Les rares séquences horrifiques permettent à peine de redonner de l’intérêt au récit. La plupart ne sont que des déclinaisons du premier film (la première apparition de Pyramid-head, la rencontre avec les infirmières…) et l’effet de surprise ne joue plus.

C’est dommage, car l’équipe artistique démontre un talent certain. L’ambiance visuelle est réussie, tout comme les entités monstrueuses, que ce soit les figures habituelles de la saga ou de nouvelles créations, parmi lesquelles une créature arachnoïde terrifiante ou une métamorphose en papillon de nuit majestueux. Comme pour le premier opus, les créatures conçues par Patrick Tatopoulos ont été incarnées par des acteurs et danseurs portant des prothèses en latex, pour plus de réalisme. L’utilisation de technologies numériques n’a servi que pour accentuer leur étrangeté et leur intégration à l’image. Il y a une vraie volonté de privilégier le côté artisanal, les effets spéciaux à l’ancienne, de créer une ambiance grâce à la mise en scène, les décors, la partition musicale d’Akira Yamaoka, compositeur historique de la série de jeux. Tout cela témoigne de l’amour sincère du réalisateur pour le cinéma fantastique et la construction d’univers imaginaires. Christophe Gans maîtrise le langage cinématographique et possède un certain style, ce qui lui permet de nous offrir de beaux moments, pleins de poésie noire. Hélas, ils sont trop épisodiques pour nous satisfaire pleinement.

Au final, le bilan est mitigé. Ce Retour à Silent Hill n’est pas le voyage cinématographique que l’on attendait, mais il a au moins le mérite de remettre la franchise sur de bons rails, privilégiant l’horreur psychologique à l’action frénétique. On peut cependant s’interroger sur la pertinence de porter à l’écran des jeux vidéo cultes sans chercher à comprendre pourquoi ils ont tant séduit les joueurs. Christophe Gans est assurément un fan du jeu original, et il a voulu lui rester le plus fidèle possible, mais ce qui fonctionne avec un mécanisme de jeu, une identification au personnage principal, n’est pas forcément évident à rendre directement dans un film de fiction. Avec davantage d’efforts d’écriture ou de mise en scène, il aurait probablement signé une oeuvre plus efficace. Dans la même veine, on lui préfère par exemple un film comme Re-cycle des frères Pang ou, comme cité plus haut, Le Carnaval des âmes.

(1) : Retour à Silent Hill avait été commandé par Sony dès la sortie du premier film. Gans et Roger Avary avaient commencé à rédiger le scénario, mais les engagements du premier sur d’autres projets et la condamnation du second pour un homicide involontaire suite à un accident de la route ont fait capoter le projet et décidé les producteurs à lancer le film de M.J. Bassett, adapté du troisième jeu de la saga.
(2) : Probablement un hommage à Psychose d’Alfred Hitchcock, dont l’un des personnages principaux était Marion Crane.


Retour à Silent Hill
Return to Silent Hill

Réalisateur : Christophe Gans
Avec : Jeremy Irvine, Hannah Anderson, Evie Templeton, Pearse Egan, Robert Strange, Emily Carding, Eve Macklin, Nicola Alexis
Genre : Horreur psychologique
Origine : Etats-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Serbie
Durée : 1h46
Date de sortie France : 4 février 2026

Contrepoints critiques :

”On le dira jamais assez. Un film peut s’apprécier pour ses capacités à tenir ses promesses. Retour à Silent Hill laisse entendre qu’on va retrouver les moments clefs du jeu et ressentir de bons gros frissons bien dosés. Christophe Gans n’est avare ni des uns, ni des autres ce qui offre une fort belle expérience aux images dignes de la meilleure séance vidéo ludique.”
(Caroline Vié – 20 minutes)

”Par delà ses qualités et défauts, voire tout simplement sa rationalité, Retour à Silent Hill est un objet étrange, informe, plus bancal que son prédécesseur mais néanmoins parcouru de visions et d’instincts inspirés, doublé d’une dimension intimiste éclairante à propos de ses lacunes mêmes.”
( Vincent Nicolet et Jean-François Dickeli – Culturopoing)

”Le long-métrage est frappé d’une violente crise de surexplication aiguë, commentant chaque élément de scénario comme s’il avait constamment peur de perdre le spectateur. C’est exactement ce qui était reproché à Révélation et salué dans Silent Hill (2006). Là où le mystère devrait s’installer, le film passe son temps à dissiper le brouillard, s’assurant que l’on a bien compris ses intentions.”
(Allan Blanvillain – Le Journal du Geek)

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