Poétiser la banalité du péri urbain
Le deuxième long-métrage de Martin Jauvat confirme le goût de son réalisateur pour l’absurde. Un jeune banlieusard de Chelles, Corentin, dit Sprite (interprété par Martin Jauvat lui-même) qui d’un côté a besoin du permis pour avoir un travail ; de l’autre, a besoin d’un travail pour payer le permis. Une boucle de paradoxe pour tous les banlieusards victime des transports. Sprite décroche malgré tout avec l’aide de son beau-frère Walid (William Lebghil) un job dans le nettoyage de fêtes à domicile, qui va lui permettre de payer les séances d’auto-école. Mais comment être frais aux leçons du matin quand on travaille de nuit? D’après sa monitrice Marie-Charlotte (Emmanuelle Bercot), il doit trouver un moyen d’éviter les trajets nocturnes en RER et noctiliens. Cette trame simpliste ouvre la voie à un ensemble de situations rocambolesques et à une photographie pas misérabiliste mais si réaliste de la vie en banlieue.
Avec ces couleurs vives kawaï très enfantines qui répondent idéalement à un personnage principal type Droopy, cette comédie gentiment déjantée est un bol d’air frais avec son atmosphère cartoonesque à la palette chromatique tout droit sortie d’un dessin animé japonais. On retrouve aussi ce côté cartoonesque dans les bruitages super appuyés en post production et la bande son avec une boucle musicale très proche de celles des comédie pour lesquelles officiait Wladimir Cosma. L’atout majeur de ce film est donc son atmosphère graphique, mais aussi aux accents burlesques de son scénario qui va en faire une pépite du feel good movie. Et question atmosphère, ce n’est pas tout ; la première scène, celle où Corentin (Martin Jauvat) rencontre la monitrice d’auto-école donne le ton ; ce sera un conte cash, optimiste et désopilant. Rarement vu une salle autant rire durant une heure trente, et toujours un rire bienveillant car Martin Jauvat ne tombe pas dans le piège de l’humour gras et évite toujours l’écueil du mauvais goût et du grotesque. Au-delà de l’écriture, dialogues et scènes décalées, c’est bien la caractérisation des personnages qui transcende aussi le film ; jusqu’à tous les seconds rôles qui ne sont pas négligés. Martin Jauvat est ce jeune nonchalant, anti-héros immature et candide, mais plein de bonne volonté, qui se trouve embarqué dans des mésaventures inattendues qui se voie mettre en contrepoint la tornade Emmanuelle Bercot (la professeure d’auto-école) qui semble s’amuser comme rarement. Ce duo fonctionne comme de la mécanique de précision ; mais nous tournerions un peu en rond si ne s’y adjoignait pas des seconds rôles superbement écrits ; jusque dans les partitions très secondaires, tous participent sans faute à cette sonate comique.
Pour ceux qui ont aimé « Aimer Perdre » l’an dernier, foncez… Un bol d’air frais dans la comédie française qui sent parfois la naphtaline.
En prime, on a pu échanger avec Martin au terme de la séance; ce jeune homme sous ses airs nonchalant sait ou il veut aller et j'ai adoré son franc parler. Pas de langue de bois, c'était un bonheur.
Sorti en 2026
Ma note: 17/20