Chroniques d'Haïfa- Histoires Palestiniennes

Chroniques d'Haïfa- Histoires Palestiniennes
Radiographie des conflits et tabous de la communauté Palestienne d’Israël

Ces chroniques d’Haïfa comme le nom l’indique sont un puzzle de réalités palestiniennes en Israël. Ce film aurait pu prendre la forme d’un film à sketch ou de séquences bien distinctes ; mais en traitant de quatre histoires d’une même famille arabe au travers de 4 de ses membres de sexe et de générations différentes, c’est plutôt un film chorale. C’est aussi un magnifique travail de montage et de mise en scène afin de faire cohabiter harmonieusement ces quatres histoires personnelles avec le souci de les entremêler plutôt que de les conter de manière séparée. Scandar Copti, au travers d’une famille arabe bourgeoise, bien insérée et détachée du dogme religieux, montre avec beaucoup d’acuité la difficulté des arabes palestiniens qui vivent en Israël. Et plus largement, la difficulté de dialoguer, de vivre ensemble, de faire société. Son scénario est habile et décortique de manière assez chirurgicale les problématiques de domination ; avec près de 50% d’arabes israélien, on se pose même la question du comment cette société tient encore. Il n’angélise rien et, n’épargne personne ; l’intolérance est partout, le pire est qu’elle s’infiltre même au plus profond des liens familiaux. Mêlant intime et politique, c’est un récit fort, utile et émouvant avec une actrice qui crève littéralement l’écran. Manar Shehab, dans le rôle de Fifi, joue une merveilleuse héroïne en quête d’émancipation et de liberté ; elle est lumineuse. Elle est le souffle magnifique de la fin du film. Film parfois maladroit, mais surtout virtuose, il a bien mérité son prix au festival de Venise.

Pour conclure Xavier Leherpeur dont je ne suis pas habituellement fan de ses critiques fait une belle critique du film : « L’auteur d’« Ajami », unanimement salué en 2009 par la critique française, reprend le canevas du récit choral comme révélateur de la complexité sociale et humaine d’une cohabitation sans avenir. Les quatre voix qu’il fait entendre, les deux générations qu’il confronte ainsi que le contexte social et politique au cœur duquel il articule son récit disent sans raccourcis ni schématisation sommaire les fractures incoercibles et les écueils ravivés du vivre-ensemble. »

A voir impérativement

Sorti en 2025

Ma note: 16/20