Nouveau long métrage de la cinéaste japonaise Mitsuyo Miyazaki aussi connue sous le nom de Hikari, après son dernier film "Dan and Sam" (2020) et son intermède télévisuel avec la série TV "Acharnés" (2023). Le sujet peut paraître bizarre ou étrange dans nos contrées, mais les sociétés de familles de location existent bel et bien au Pays du Soleil Levant comme l'explique la cinéaste née à Osaka : "Il existe actuellement environ 300 entreprises de ce type au Japon. Dans une grande ville comme Tokyo, ou même à la campagne, on peut se sentir très isolé..." La cinéaste s'est plongée elle-même dans cet univers pendant plusieurs mois afin de nourrir son histoire. Réalisatrice-scénariste, Mitsuyo Miyazaki co-écrit son scénario avec Stephen Blahut, américain qu'elle retrouve après "37 Seconds" (2019) où il était Directeur de la Photographie. Ce scénariste américain signe donc là son premier film comme producteur-scénariste... Tokyo, de nos jours, un acteur américain qui s'est exilé au Japon depuis quelques années n'arrive plus à trouver de rôle et multiplie les castings. Mais un jour, on lui propose un rôle insolite qui le pousse à ouvrir les portes d'une agence de "familles à louer". D'abord réticent, il commence à s'investir dans ses missions, mais bientôt les relations qu'ils tissent brouillent peu à peu la frontière entre travail et réalité. Plus le temps passe et plus il comprend que les émotions ne sont pas si facile à gérer...
L'acteur américain Phillip est incarné par Brendan Braser, acteur au sommet entre "George de la Jungle" (1997) de Sam Weisman et "Collision" (2004) de Paul Haggis avec évidemment la franchise "La Momie" (1999-2008) initié par Stephen Sommers et qui a connu une longue traversée du désert avant de refaire parler de lui avec sa performance dans "The Whale" (2022) de Darren Aronofsky pour un retour confirmé avec "Killers of the Flower Moon" (2023) de Martin Scorcese et "Bothers" (2024) de Max Barbakow. La patron de l'agence est interprété par Takehiro Hira remarqué dans "Hara-Kiri : Mort d'un Samouraï" (2011) de Takashi Miike et vu dernièrement surtout dans des productions américaines avec "Snake Eyes" (2021) de Robert Schwentke, "Gran Turismo" (2023) de Neill Blomkamp ou "Captain America : Brave New World" (2025) de Julius Onah, tandis que les collègues sont joués par Mari Yamamoto apparue dans "Jimami Tofu" (2017) de Jason Chan et Christian Lee ou "Kate" (2021) de Cédric Nicolas-Troyan, puis Kimura Bun remarqué dans "Akashi" (2025) de Mayumi Yoshida. Parmi les "clients" ou "cibles" principales citons la mère et sa fille jouées par Sino Shinozaki et la jeune Shannon Mahina Gorman dans leurs premiers rôles sur grand écran, et surtout Akira Emoto, grand acteur remarqué dans "La Rivière Dotonbori" (1982) de Kinji Fukasaku, "L'Anguille" (1997) de Shôhei Imamura, "Zatoichi" (2003) de et avec Takeshi Kitano, "John Rabe, le Juste de Nankin" (2009) de Florian Gallenberger, "Une Affaire de Famille" (2018) de Hirokazu Kore-Eda ou "A Man" (2022) de Kei Ishikawa. Citons ensuite Paolo Andrea Di Pietro chanteur-acteur italien expatrié au Japon depuis de nombreuses années, surtout vu dans des séries TV mais aussi aperçu dans le film "Matinee" (2019) de Hiroshi Nishitani, Shinji Ozeki surtout présent à la télévision mais vu sur grand écran dans "Inju, la Bête dans l'Ombre" (2008) de Barbet Schroeder, "Nude" (2010) de Yuichi Onuma, "Joji" (2013) de Yôichirô Hayama, Takao Kin vu essentiellement à la télévision mais aussi apparu dans "Drive my Car" (2021) de Ryûsuke Hamaguchi, Glan Furukawa aperçu dans de nombreuses séries TV et remarqué dans "Perfect Days" (2023) de Wim Wenders, Yuki Kimura remarquée dans "Notre Petite Soeur" (2015) de Hirokazy Kore-Eda, Yoji Komatsu vu dans "Godzilla Minus One" (2023) de Takashi Yamazaki, Sonoe Mizoguchi vu dernièrement dans "Melancholic" (2018) de Seiji Tanaka, "Noten Paradise" (2020) de Masachi Yamamoto et "My Mother's Eyes" (2023) de Takeshi Kushida, Shôhei Uno vu récemment dans "Ishiko" (2023) de Akihiro Toda, "Shoutai" (2024) de Michihito Fujii, "Broken Rage" (2024) de et avec Takeshi Kitano, "Hiraba no Tsuki" (2025) de Nobuhiro Doi, "The Alien Next Door" (2025) de Uûjirô Ozeki... La problématique du film réside avant tout sur les différences culturelles entre l'Occident et le Japon, et comment comprendre ou accepter que de tels sociétés existent. Pourtant rappelons que des films occidentaux ont déjà abordé ce genre d'entreprises sur des locations d'acteurs, par exemple "L'Arnacoeur" (2010) de Pascal Chaumeil, la saga "Baby-Sitting" (2017-2023) de et avec Phillippe Lacheau ou encore "La Belle Epoque" (2019) de Nicolas Bedos, et c'est sans doute ce dernier qui se rapproche le plus de l'esprit des sociétés japonaises, si tant est qu'elles aient des principes honnêtes et morales. En effet, dans le film de Mitsuyo Miyazaki la société de location de familles se parent de toutes les vertus humaines car il est bien entendu que c'est pour le bien-être, la santé morale ou pour lutter contre touts types de solitudes que ces sociétés existent. La cinéaste précise d'ailleurs : "Chaque personne à qui j'ai parlé cherchait à créer des liens. Même en payant pour le service, ils nouent une amitié au cours de ces deux ou trois heures passées ensemble. Et les acteurs qui deviennent des substituts s'investissent à 100 % dans la relation et trouvent leur propre lien au sein de la communauté. Les rôles peuvent sembler artificiels mais l'émotion est réelle."...
Outre le décalage culturel avec l'acteur américain, qui reste un paramètre sympathique mais nullement essentiel, le récit raconte surtout comment le travail de l'acteur s'avère bien différent dans un tel contexte, puis enfin comment une démarche de location d'acteurs peut avoir des conséquences terribles quand c'est à l'insu du principal intéressé. Après une carrière où l'acteur joue aux côtés de confrères sur les planches ou les plateaux de tournage, soudain il se retrouve seul auprès de gens qui eux ne jouent pas, soit ils sont clients lucides et acceptent forcément le concept, soit ils croient à cette rencontre organisée par un tiers ; ainsi on pourrait facilement tomber dans le cliché de la caméra caché si ce n'était pas aussi sérieux et vital pour les clients. L'acteur américain est magnifiquement interprété par un Brendan Fraser qui confirme son retour au premier plan, mais en même temps on a bien du mal croire que cet homme si réservé, si timide, si introverti soit un acteur. Evidemment, dès le départ on se demande comment la société peut assurer un Service Après-Vente... ATTENTION SPOILERS !... un faux mariage ok, mais comment la mariée va-t-elle pouvoir cacher le mensonge à ses parents dans le futur ?! Un journaliste qui écrit un article, mais le sujet (un vieil homme ancien star du cinéma) va forcément attendre de le lire ensuite dans la presse (?!), et enfin la fillette, évidemment qu'il va falloir faire une promesse intenable... etc... FIN SPOILERS !... Un côté invraisemblable nous hante légèrement, seulement légèrement car le fait est là, il existe bel et bien 300 sociétés de ce genre au Japon et prouve donc que qu'il y a de la demande et que ça fonctionne. La mise en scène est subtile et notamment on savoure l'aspect visuel discret, par exemple l'appartement de Philippe/Fraser qui devient de plus en plus coloré au fur et à mesure qu'il s'attache à ses "clients". Le film reste une comédie dramatique particulièrement tendre et attachante. Un joli moment.
Note :
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