Chris Raven (Chris Pratt) a été l’un des principaux artisans de sa mise en place. Officier du LAPD, il a participé à l’arrestation du premier criminel jugé – et exécuté – par Mercy, démontrant ainsi l’utilité de ce tribunal d’un nouveau genre. Mais ce matin-là, quand il se réveille attaché à une chaise, dans la salle d’audience, face à la juge Maddox, il n’est plus tout à fait aussi adepte du concept. Arrêté après une nuit de beuverie, il ne se souvient pas du tout des heures précédentes et ne comprend donc pas pourquoi il est là. Maddox lui explique qu’il est jugé pour le meurtre de son épouse, Nicole (Annabelle Wallis), qu’il est reconnu coupable par défaut et qu’il a pile 90 minutes pour prouver son innocence.
Les preuves sont accablantes. Le policier a été filmé par des caméras de surveillance qui prouvent qu’il est passé à son domicile dans le créneau horaire correspondant à la mort de Nicole. Et il n’en est reparti que peu de temps avant que sa fille Britt (Kylie Rogers) ne découvre le corps. Personne d’autre ne semble avoir été vu près du lieu du drame. Les empreintes de Chris sont sur l’arme du crime, un couteau de cuisine. Des témoins l’ont entendu se disputer avec son épouse la veille, signe de la déliquescence de leur couple. La puissance de l’IA, qui a accès à tous les contenus digitaux des protagonistes, montre que Nicole avait un amant et voulait divorcer, ce qui fournit un mobile sérieux à Chris. Et, après avoir passé le reste de sa journée à boire, il a résisté à son arrestation en causant quelques dégâts. Affaire presque classée…
Cependant, la juge l’autorise à utiliser tous les outils permettant d’explorer le dossier, de parler aux témoins éventuels et lui fournir ainsi des faits nouveaux susceptibles de faire évoluer son verdict initial. Le timing est court et la perte de mémoire de Chris n’arrange rien à son sort, mais il a encore une chance de faire éclater la vérité, peut-être bien différente de ce que le logiciel a analysé.
L’idée du scénario de Marco van Belle est brillante. Elle permet de composer un thriller avec trois fois rien : des enregistrements vocaux, des vidéos de caméras de surveillance, des images de drone, des appels vidéos, et les interactions entre l’accusé et la juge, dont la froideur d’algorithme se retrouve perturbée par les rebondissements de l’enquête. Le suspense vient du compte à rebours affiché sur un coin de l’écran. Chris n’a que 90 minutes pour reconstituer le puzzle et sauver sa peau. Et plus l’enquête avance et plus la tension monte, jusqu’à se transformer en un véritable thriller d’action haletant, toujours filmé par le biais de caméras embarquées ou de dispositifs de surveillance.
Pour mettre en scène tout cela, il fallait un cinéaste à la fois capable de piloter un thriller efficacement et habile avec les sources d’images modernes. Timur Bekmambetov est celui-là. Il est connu pour être l’auteur de deux blockbusters de science-fiction russes spectaculaires, filmés avec moins de 5 M € de budget (Night Watch et Day Watch) ou du déjanté Wanted, avec James McAvoy et Angelina Jolie. Mais il est aussi l’un des pionniers du “Screenlife” (1), nom donné à cette façon de composer des oeuvres avec des images issues d’ordinateurs, de smartphones ou de tablettes. On se souvient notamment de l’excellent Profile, thriller qu’il avait tourné uniquement à partir de webcams et de vidéos internet et qui montrait comment les terroristes jihadistes réussissent à recruter sur les réseaux sociaux. En tant que producteur, il a aussi contribué, entre autres, à Searching d’Aneesh Chaganty ou Unfriended de Levan Gabriadze.
Reconnu coupable est filmé de façon percutante, passant du thriller judiciaire (peu conventionnel) au film d’action nerveux. C’est assurément une bonne série B, mais c’est aussi plus que cela. En filigrane, le long-métrage dresse le constat d’une société de plus en plus violente et déshumanisée, qui risque bien, un jour, de déboucher sur des solutions comme Mercy, assez peu miséricordieuses. Cela peut aussi, et là, c’est déjà le cas, conduire à des dérives autoritaires du pouvoir. On a pu le voir récemment à Minneapolis, avec les bavures contre des manifestants pacifiques, ou, pour évoquer le pays d’origine du cinéaste, avec la politique interne de Vladimir Poutine vis-à-vis de ses opposants (2).
Bekmambetov nous invite également à réfléchir aux limites de l’IA, qui ne repose sur des schémas ultra-formatés et des probabilités. Ici, les calculs évaluent en temps réel la situation du personnage et grimpent jusqu’à un indice de culpabilité de 98%, seuil maximal du logiciel qui indique une condamnation irréfragable. Il reste donc 2% de doute, qui correspondent à ce que l’algorithme ne peut pas analyser. Chris a pour lui une chose que la machine n’aura sans doute jamais : l’instinct de flic, ce don irrationnel qui lui permet de déceler plus rapidement une piste et de la creuser, même sans preuve matérielle. Ces 2%, c’est sa chance et c’est ce qui distingue encore – heureusement – l’IA de l’être humain.
Alors réjouissons-nous de voir des cinéastes humains et talentueux continuer de signer des oeuvres de ce type, à la fois divertissantes et ancrées dans des problématiques contemporaines.
(1) : “Films d’écrans”
(2) : Timur Bekmambetov a depuis longtemps dénoncé le côté autoritaire de Vladimir Poutine et a critiqué l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Reconnu coupable
Mercy
Réalisateur : Timur Bekmambetov
Avec : Chris Pratt, Rebecca Ferguson, Kali Reis, Kylie Rogers, Ross Gosla, Annabelle Wallis, Jamie McBride, Haydn Dalton
Genre : Thriller judiciaire 3.0
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h41
Date de sortie France : 28/01/2026
Contrepoints critiques :
”Un thriller efficace et anxiogène, qui pousse le spectateur à s’interroger sur un futur qui n’a, au fond, rien de si lointain.”
(Quentin Fréour – Le Parisien)
”La dernière prouesse de Timur Bekmambetov a au moins le mérite d’être cohérente avec son thème, puisqu’il s’agit sans doute du meilleur équivalent filmique d’une dissertation d’étudiant rédigée par Chat GPT : c’est sans effort et sans âme.”
(Antoine Desrues – Ecran Large)
On renonce à vous proposer la bande-annonce, car celle-ci contient beaucoup trop de spoilers, ce qui est criminel pour un film comme celui-ci.
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