
Mémoires individuelles et collectives
Un énième film de fantôme, que nenni !!! On est loin des « Ghost », « Ghostbusters », « Madame Muir » ; car ce film est une immersion dans la vision asiatique des esprits. Ratchapoom Boonbunchachoke, pour son premier film primé à Cannes avec le « Grand Prix » de la Semaine de la critique, convoque les fantômes, les mythes et légendes thaïlandaises pour traiter de la mémoire. Son film est découpé en trois parties et la première sera consacrée à une histoire d’amour. Un homme perd sa femme et a du mal à faire son deuil, elle réapparaitra réincarnée en aspirateur ; car dans ce film, les esprits errants reprennent vie dans de l’électroménager. Faut accepter l’idée de départ ; je préfère la version Spike Jonze (« Her ») qui donne vie à un robot si proche de l’homme ; même si ce dernier traite plutôt des problématiques liées à l’IA qu’à la mémoire. La société refuse d’admettre, au même titre que ‘l’homosexualité, que l’on puisse perpétuer une histoire d’amour avec une machine et il faudra effacer toute trace de la personne décédée pour tuer l’esprit réincarné. Et c’est bien le thème du film qui m’a le plus touché : on est vivant tant que les gens pensent à nous même si nous sommes morts ; par la pensée, on continue de les faire vivre. Là, il va plus loin, il faut effacer les défunts de la mémoire des proches avec des électrochocs ce qui donne lieu à une séquence proche de « Orange Mécanique ». Le propos devient alors plus politique et renvoie à « 1984 » où la répression s’empare de la mémoire collective pour reformuler l’Histoire. Et c’est ce que conteront les deux autres histoires, sous forme de pamphlet politique des repressions en Thaïlande, et qui pour moi occidental ne fera que peu d’écho. On comprend bien que les régimes dictatoriaux réécrivent l’Histoire et refondent la mémoire collective ; la première scène le montre très bien, mais c’est traité avec trop distance pour me captiver. Donc même si on peut trouver le concept novateur, le décalage culturel et le côté hermétique du film, rendent les 2h10 un peu longues.
A réserver uniquement aux cinéphiles curieux d’autres cultures et donc d’autres expressions cinématographiques.
Sorti en 2025
Ma note: 11/20