Un grand merci à Sidonis Calysta ainsi qu’à Arcadès pour m’avoir permis de découvrir et de chroniquer le DVD du film « Arc de triomphe » de Lewis Milestone.
« Vous aurez votre revanche, ce crime ne restera pas impuni »
À la veille de la Seconde Guerre mondiale, traqué et torturé par von Haake, un agent de la Gestapo également coupable du meurtre de sa femme, le chirurgien de renom Ravic, quitte l’Allemagne pour se réfugier à Paris où il exerce illégalement son métier. Il y fait la connaissance de Joan Madou, une veuve à la dérive qu’il sauve du suicide. Amoureux l’un de l’autre, ils se réfugient sur la Côte d’Azur. Extradé, Ravic revient à Paris à l’issue de plusieurs mois, désagréablement surpris d’y reconnaître von Haake au moment où la Wehrmacht se prépare à envahir la Pologne…
« Pour la police, lorsqu’un homme est mort, il devient très important »
L’horreur des tranchées de la première guerre mondiale fera émerger tout un courant d’artistes et notamment d’auteurs résolument pacifistes. De Henri Barbusse à Otto Dix. Mais le plus célèbre d’entre eux restera sans doute l’allemand Erich Maria Remarque, qui connait alors un succès mondial dès son premier roman, « A l’ouest rien de nouveau ». Un succès amplifié grâce à l’adaptation cinématographique quasi instantanée réalisée par Lewis Milestone. Mais qui lui vaudra une profonde et durable inimitié des dirigeants allemands (et notamment des nazis, qui finiront par exécuter la sœur de l’auteur en représailles), le contraignant à prendre rapidement la route de l’exil. Celle-ci le mènera de Suisse aux Etats-Unis en passant par Paris. Ce qui ne l’empêchera pas de poursuivre sa riche carrière d’écrivain. Ni d’inspirer l’industrie cinématographique américaine, qui adaptera à l’écran la plupart de ses romans, de l’immense « Trois camarades » (Wellman, 1938) à « L’orchidée blanche » ( André de Toth en 1947; qui sera adapté une seconde fois par Sidney Pollack avec « Bobby Deerfield ») en passant par « Le temps d’aimer et le temps de mourir » de Douglas Sirk.
« L’espoir est un luxe que nous ne pouvons nous offrir »
Sur le papier, « Arc de triomphe » aurait pu n’être qu’un mélodrame tout ce qu’il y a de plus ordinaire. Une romance contrariée dans laquelle un homme perdu dans Paris tombe éperdument et vainement amoureux d’une femme qu’il va sauver du suicide. Mais c’était sans compter sur le talent de Remarque qui va transcender ce postulat très classique en l’insérant dans un contexte historique complexe tourmenté. En effet, ce roman publié en 1946 et adapté à l’écran dans la foulée, nous replonge quelques années plus tôt, juste avant le début de la Seconde guerre mondiale, dans une Europe au bord du précipice, car déjà en proie aux violences et aux ségrégations. C’est d’ailleurs là au fond le vrai sujet du film que celui de l’exil et de la déshumanisation qu’il engendre : autrefois chirurgien réputé (et prospère) dans son pays d’origine, le héros a vu sa situation sociale se dégrader du fait du fascisme qui a gangréné son pays. Traumatisé par le souvenir des tortures subies auxquelles son épouse n’a pas survécu, il erre ainsi dans Paris où il n’est plus qu’un immigré clandestin et précaire, survivant en exerçant illégalement la médecine. Mais deux rencontres antagonistes viendront bouleverser son errance : celle de son ancien bourreau d’abord, dont il n’aura de cesse de vouloir se venger, et celle de Joan, jeune femme aussi perdue qui lui laisse entrevoir la possibilité d’un avenir. La confrontation d’Eros et de Thanatos en quelque sorte, dont il ne ressort au final que le malheur de personnages qui ne maitrisent plus leur destin et la sensation d’une humanité désabusée. A l’évidence, Milestone rêvait là d’une grande fresque romanesque et déchirante sur les destinées brisées par la guerre, à la façon du « Casablanca » de Michael Curtis (la présence à l’écran d’Ingrid Bergman accentuant cette comparaison). Mais les coupes imposées par la production à son scénario, jugé trop long, auront en partie du moins raison de ses ambitions. Ce qui aura pour conséquence de déséquilibrer le film, à la fois trop long et en même temps un peu désincarné du fait de personnages secondaires (Joan, son amant, le tortionnaire nazi) qui ne sont jamais pleinement développés. On appréciera surtout la restitution de ce Paris où cohabitent toutes sortes de communautés de réfugiés plus ou moins clandestins (allemands, italiens, républicains espagnols, russes blancs…) qui témoignent des remous qui ont secoué l’Europe au cours des années précédentes et qui a été rarement montré au cinéma. Pour le reste, et en dépit de la force de son sujet, force est de constater qu’« Arc de triomphe » n’atteint jamais vraiment les sommets de l’émotion. Un mélodrame formellement classique, pas déplaisant à regarder mais, sommes toutes, assez mineur.
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Le DVD : Le film est présenté dans un Master Haute-Définition et proposé en version originale américaine (2.0) ainsi qu’en version française (2.0, toutefois, certains passages de la VF n’ayant pas été retrouvés, ils sont remplacés par une VO sous-titrée français). Des sous-titres français sont également proposés.
Côté bonus, le film est accompagné de deux présentations signées respectivement par Olivier Père (25 min.) et Noël Simsolo (16 min.). Le documentaire « Ingrid » de Gene Feldman (1984, 52 min.), avec narration française par Jean-Claude Brialy, vient compléter cette édition.
Édité par Sidonis Calysta, « Arc de triomphe » est disponible en DVD ainsi qu’en édition combo blu-ray + DVD depuis le 1er juillet 2025.
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